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 31 décembre

Tenons-nous pour psalmodier
de manière que notre esprit soit en accord avec notre voix.
(Règle de Saint Benoît 19,7)



La Règle de Saint Benoît…

RB 73,1-9 (Toute la pratique de la justice n'est pas contenue dans cette règle)

¹Cette Règle, que nous venons d'écrire, il suffira de l'observer dans les monastères pour faire preuve d'une certaine rectitude morale et d'un commencement de vie monastique. ²Quant à celui qui aspire à la vie parfaite, il a les enseignements des saints Pères, dont la pratique amène l'homme jusqu'aux sommets de la perfection. ³Est-il, en effet, une page, est-il une parole d'autorité divine, dans l'Ancien et le Nouveau Testament, qui ne soit une règle toute droite pour la conduite de notre vie ? ⁴Ou encore, quel est le livre des saints Pères catholiques qui ne nous enseigne le droit chemin pour parvenir à notre Créateur ? ⁵Et de même, les Conférences des Pères, leurs Institutions et leurs Vies ainsi que la Règle de notre Père saint Basile, ⁶sont-elles autre chose que des instruments de vertus pour moines vraiment bons et obéissants ? ⁷Il y a là pour nous, relâchés, inobservants et négligents, de quoi rougir de confusion. ⁸Qui donc que tu sois, qui te hâtes vers la patrie céleste, accomplis, avec l'aide du Christ, cette toute petite Règle, écrite pour les débutants. ⁹Cela fait, tu parviendras avec la protection de Dieu, aux plus hautes cimes de la doctrine et des vertus, que nous venons de rappeler. Amen.



… pour chaque jour

Le Christ monte dans une barque : n’est-ce pas lui qui a découvert le lit de la mer après avoir rejeté ses eaux, afin que le peuple d’Israël passe à pied sec comme en une vallée ? (Ex 14,29) N’est-ce pas lui qui a affermi les vagues de la mer sous les pieds de Pierre, de sorte que l’eau fournisse à ses pas un chemin solide et sûr ? (Mt 14,29)
Il monte dans la barque. Pour traverser la mer de ce monde jusqu’à la fin des temps, le Christ monte dans la barque de son Église pour conduire ceux qui croient en lui jusqu’à la patrie du ciel par une traversée paisible, et faire citoyens de son Royaume ceux avec qui il communie en son humanité. Certes, le Christ n’a pas besoin de la barque, mais la barque a besoin du Christ. Sans ce pilote venu du ciel, en effet, la barque de l’Église agitée par les flots n’arriverait jamais au port.
 

(SAINT PIERRE CHRYSOLOGUE [°406 – 〸450], Sermon 50,1.2.3 ; PL 52,339-340, trad. Bouchet, Lectionnaire, p. 324)









 27 mai

Ne jamais désespérer de la miséricorde de Dieu.
(Règle de Saint Benoît 4,74)



La Règle de Saint Benoît…

RB 7,5-9 (L'humilité)

⁵Si donc, mes frères, nous voulons atteindre au sommet de l'humilité parfaite, et parvenir rapidement à cette hauteur céleste, à laquelle on monte par l'humilité dans la vie présente, ⁶il nous faut monter et dresser par nos actions cette échelle qui apparut en songe à Jacob. Il y voyait des anges descendre et monter. ⁷Cette descente et cette montée assurément ne signifient pas autre chose pour nous sinon que l'on descend par l'élèvement et que l'on monte par l'humilité. ⁸L'échelle en question, c'est notre vie en ce monde, que le Seigneur dresse vers le Ciel, si notre cœur s'humilie. ⁹Les côtés de cette échelle figurent notre corps et notre âme; sur ces côtés, l'appel divin a disposé divers degrés d'humilité et de perfection à gravir.



… pour chaque jour

Dieu, voyant le monde ravagé par la crainte, agit sans cesse pour le rappeler à lui avec amour, le solliciter par la grâce, le soutenir par la charité, et l’envelopper de tendresse.
Voilà pourquoi il a purifié la terre qui vieillissait dans le péché par le châtiment du déluge ; il appelle Noé à engendrer un monde nouveau ; il le sollicite par d'affectueuses paroles, il lui donne confiance par sa familiarité, il l'instruit paternellement des événements présents, il le réconforte par la grâce en vue des épreuves futures. Il ne lui commande pas, mais en le faisant participer à son œuvre, il enferme dans l'arche tout l'avenir du monde, afin que cette association aimante chasse la crainte servile, et que cet amour commun conserve ce qui avait été sauvé par une œuvre commune.
Voilà pourquoi il appelle Abraham à sortir du paganisme, il anoblit son nom, il en fait le père de la foi ; il l'accompagne dans son voyage, il le protège des étrangers, il l'enrichit ; il en fait un vainqueur, il lui donne le gage de ses promesses, il le fait échapper aux outrages ; il devient aimablement son hôte, il l'émerveille en lui donnant un descendant qu'il n'espérait plus ; afin que comblé de tant de bienfaits, choyé par une telle douceur d'amour divin, il apprenne à aimer Dieu, non à le craindre ; à l'honorer en l'aimant, non en le redoutant.
Voilà pourquoi il réconforte par des songes Jacob fuyant son frère, il le provoque au combat lors de son retour, il le terrasse en l'étreignant comme fait un lutteur, afin qu’il aime le père qui lutte avec lui, au lieu de le craindre. Voilà pourquoi il appelle Moïse dans sa langue maternelle, il l'interpelle avec la tendresse d’un père, il l’invite à être le libérateur de son peuple.
Mais à cause de tous ces faits que nous avons rappelés, où la flamme de l'amour divin embrase les cœurs, où l'ivresse de l'amour de Dieu se répand dans tous les sentiments de l'homme, certains, de leur âme blessée, ont voulu voir Dieu par leurs yeux de chair.
Dieu que le monde ne peut contenir, comment le regard humain, si étroit, pouvait-il le saisir ? Mais le code de l'amour ne considère pas ce que celui-ci peut être, ce qu'il doit et ce qu'il peut faire. L'amour ignore le jugement, il manque de raison, il ignore la mesure. L'amour ne se laisse pas consoler par l’impossibilité, il n’admet pas que la difficulté soit un remède.
L'amour, s'il n'obtient pas l'objet de ses désirs, détruit celui qui aime, et c'est pourquoi il va là où il se laisse entraîner, non là où il doit aller. L'amour engendre le désir, s'enflamme d'ardeur, son ardeur le porte au-delà de ce qui lui est accordé. À quoi bon insister ?
Il est impossible que l'amour ne voie pas ce qu'il aime ; voilà pourquoi tous les saints ont jugé sans valeur tout ce qu'ils avaient obtenu, s'ils ne voyaient pas le Seigneur.
Voilà pourquoi l'amour qui désire voir Dieu, s'il manque de jugement, a pourtant une piété ardente.
Voilà pourquoi Moïse ose dire : Si j'ai trouvé grâce à tes yeux, montre-moi ton visage. Et le psalmiste : Montre-moi ton visage. Enfin, c'est pour cela que les païens ont fabriqué des idoles : afin de voir de leurs yeux, au milieu de leurs erreurs, ce qu'ils adoraient.
 

(SAINT PIERRE CHRYSOLOGUE [°406 – 〸450], Sermon sur l’Incarnation)









 29 octobre

L’homme estimera que Dieu, du haut du ciel,
le regarde à tout moment.
(Règle de Saint Benoît 7,13)



La Règle de Saint Benoît…

RB 22,1-8 (Comment dormiront les moines)

¹Les moines dormiront chacun dans un lit à part. ²Ils recevront une literie selon leur genre de vie et suivant qu'en aura disposé leur abbé. ³Si faire se peut, ils dormiront tous dans un même lieu. Si le trop grand nombre ne le permet pas, ils reposeront par dix ou par vingt, avec des anciens qui veilleront sur eux. ⁴Une lumière éclairera le dortoir continuellement jusqu'au matin. ⁵Ils dormiront vêtus, ceints d'une ceinture ou d'une corde. En dormant, ils n'auront point leurs couteaux à leur côté de peur que, pendant le sommeil, ils ne viennent à se blesser tout en dormant. ⁶Que les moines soient toujours prêts. Au signal donné, ils se lèveront aussitôt et s'empresseront à l'envi à l'Œuvre de Dieu, en toute gravité néanmoins et modestie. ⁷Les plus jeunes frères n'auront point leurs lits placés les uns près des autres, mais entremêlés parmi ceux des anciens. ⁸En se levant pour l'Œuvre de Dieu, les moines s'encourageront doucement les uns les autres, afin d'ôter tout sujet d'excuse aux somnolents.



… pour chaque jour

Toute lecture d’évangile nous est d’un grand profit aussi bien pour la vie présente que pour la vie future. Mais plus encore l’évangile de ce jour, car il contient la totalité de notre espérance et bannit tout motif de désespoir… Un chef de la synagogue conduisait le Christ auprès de sa fille et donnait en même temps l’occasion à une femme qui souffrait d’hémorragie de venir trouver Jésus… Le Christ connaissait l’avenir et n’ignorait pas que cette femme viendrait à sa rencontre. C’est elle qui ferait comprendre au chef des juifs que Dieu n’a pas besoin de se déplacer, qu’il n’est pas nécessaire de lui montrer le chemin ni de solliciter sa présence physique. Il faut croire, au contraire, que Dieu est présent partout, qu’il y est avec tout son être et pour toujours. Qu’il peut tout faire sans peine en donnant un ordre, qu’il envoie sa puissance sans la transporter ; qu’il met la mort en fuite par un commandement sans bouger la main ; qu’il rend la vie en le décidant, sans recourir à la médecine…
Dès que le Christ arrive à la maison et voit que les gens pleurent la jeune fille comme une morte, il veut amener à la foi leurs cœurs incrédules. Comme eux pensaient qu’on ne pouvait pas ressusciter d’entre les morts plus facilement que sortir du sommeil, le Christ déclare que la fille était endormie et non pas morte.
Et vraiment, pour Dieu, la mort est un sommeil. Car Dieu fait revenir un mort à la vie en moins de temps qu’un homme ne tire un dormeur de son sommeil… Écoute ce que dit l’apôtre Paul : « Instantanément, en un clin d’œil, les morts ressusciteront » (1 Co 15,52)… D’ailleurs, comment aurait-il pu condenser dans des mots la rapidité d’un événement dans lequel la puissance divine dépasse la rapidité même ? Comment le temps pourrait-il intervenir dans le don d’une réalité éternelle, non soumise au temps ?
 

(SAINT PIERRE CHRYSOLOGUE [°406 – 〸450], Sermon 34, CCL 24, 193s, trad. Delhougne, dans : Les Pères commentent, p. 261)









 21 septembre

S’empresser de donner réponse avec une charité fervente.
(Règle de Saint Benoît 66,4)



La Règle de Saint Benoît…

RB 4,63-78 (Les instruments des bonnes œuvres)

⁶³Accomplir, tous les jours, par ses œuvres les préceptes de Dieu.
⁶⁴Aimer la chasteté.
⁶⁵Ne haïr personne.
⁶⁶Ne pas avoir de jalousie.
⁶⁷Ne pas agir par envie.
⁶⁸Ne pas aimer à contester.
⁶⁹Fuir l'élèvement.
⁷⁰Vénérer les anciens.
⁷¹Aimer les plus jeunes.
⁷²Par amour du Christ, prier pour ses ennemis.
⁷³Se réconcilier avant le coucher du soleil, avec qui on est en discorde.
⁷⁴Et ne jamais désespérer de la miséricorde de Dieu.
⁷⁵Voilà quels sont les instruments de l'art spirituel.
⁷⁶Si, jour et nuit, sans relâche, nous nous en servons, quand, au jour du jugement, nous les remettrons, le Seigneur nous donnera la récompense qu'il a promise lui-même:
⁷⁷« Ce que l'œil n'a pas vu, ce que l'oreille n'a pas entendu, ce que Dieu a préparé pour ceux qui l'aiment. »
⁷⁸Or l'atelier où nous devons travailler diligemment avec tous ces instruments, c'est le cloître du monastère avec la stabilité dans la communauté.



… pour chaque jour

Je me lèverai et j'irai vers mon père. Celui qui dit ces paroles gisait à terre. Il prend conscience de sa chute, il se rend compte de sa ruine, il se voit enlisé dans le péché et il s'écrie : Je me lèverai et j'irai vers mon père. D'où lui vient cet espoir, cette assurance. Cette confiance ? Du fait même qu'il s'agit de son père. « J'ai perdu, se dit-il, ma qualité de fils ; mais lui n'a pas perdu celle de père. Il n'est point besoin d'un étranger pour intercéder auprès d'un père : c'est l'affection même de celui-ci qui intervient et qui supplie au plus profond de son cœur. Ses entrailles paternelles le pressent à engendrer de nouveau son fils par le pardon. Coupable, j'irai donc vers mon père ».
Et le père, à la vue de son fils, voile immédiatement sa faute. À son rôle de juge il préfère celui de père. Il transforme tout de suite la sentence en pardon, lui qui désire le retour du fils et non sa perte ~ Il se jeta à son cou et l'embrassa. Voilà comment le père juge et comment il corrige : il donne un baiser au lieu d'un châtiment. La force de l'amour ne tient pas compte du péché, et c'est pourquoi le Père remet d'un baiser la faute de son fils, il le couvre par ses embrassements. Le père ne dévoile pas le péché de son enfant, il ne flétrit pas son fils, il soigne ses blessures de sorte qu'elles ne laissent aucune cicatrice, aucun déshonneur. Heureux ceux dont la faute est ainsi remise et le péché pardonné. Gardons-nous donc de nous éloigner d'un tel Père. La seule vue de ce Père suffit pour mettre en fuite le péché, pour éloigner la faute et pour repousser tout mal et toute tentation. Mais si nous nous sommes éloignés du Père, si nous avons dissipé tout son bien par une vie dissolue, s'il nous est arrivé de commettre quelque faute ou méfait, si nous sommes tombés dans le gouffre sans méfait, si nous sommes tombés dans le gouffre sans fond de l'impiété et dans une ruine absolue, relevons-nous enfin et revenons à un tel Père, encouragés par un tel exemple.
Quand il le vit, il s'attendrit, courut se jeter à son cou et l'embrassa. Je le demande, quelle place y aurait-il ici pour le désespoir, quelle occasion pour une excuse ou pour un semblant de crainte ? À moins peut-être que la rencontre avec le Père ne nous fasse peur et que son baiser nous inspire de la crainte ; à moins peut-être que nous croyions que c'est pour prendre et se venger et non pour accueillir et pardonner que le Père vient et attire son enfant par la main, qu'il le serre contre son cœur et l'entoure de ses bras. Mais cette pensée destructrice de la vie, cette ennemie de notre salut est mise hors de combat par ce qui suit : Le Père dit à ses serviteurs : Mangeons et faisons liesse. Mon fils que voici était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et le voilà retrouvé. Après avoir entendu cela pouvons-nous encore retarder notre retour vers le Père ? 

(SAINT PIERRE CHRYSOLOGUE [°406 – 〸450], Homélie)









 1 septembre

Tenons-nous pour psalmodier de manière
que notre esprit soit en accord avec notre voix.
(Règle de Saint Benoît 19,7)



La Règle de Saint Benoît…

RB Prologue 1-7

¹Écoute, mon fils, les préceptes du Maître et prête l'oreille de ton cœur. Reçois volontiers l'enseignement d'un si bon père et mets-le en pratique, ²afin de retourner par l'exercice de l'obéissance à celui dont t'avait éloigné la lâcheté de la désobéissance. ³C'est à toi donc maintenant que s'adresse ma parole, à toi, qui que tu sois, qui renonces à tes volontés propres et prends les fortes et nobles armes de l'obéissance, afin de combattre pour le Seigneur Christ, notre véritable Roi. ⁴Avant tout, demande-lui par une très instante prière qu'il mène à bonne fin tout bien que tu entreprennes; ⁵ainsi, après avoir daigné nous admettre au nombre de ses enfants, il n'aura pas sujet, un jour, de s'affliger de notre mauvaise conduite. ⁶Car, en tout temps, il faut avoir un tel soin d'employer à son service les biens qu'il a mis en nous, que non seulement il n'ait pas lieu, comme un père offensé, de priver ses fils de leur héritage, ⁷mais encore qu'il ne soit pas obligé, comme un maître redoutable et irrité de nos méfaits, de nous livrer à la punition éternelle, tels de très mauvais serviteurs qui n'auraient pas voulu le suivre jusqu'à la gloire.


… pour chaque jour

« Venez, adorons », dit le psaume. Ce qui suit, frères, peut faire penser aux ignorants que le prophète ne se souvient plus de sa grande joie. Ceux qu’il avait invités à se réjouir, bientôt après il les excite à pleurer ! « Venez, adorons, prosternons-nous devant lui, pleurons en présence du Seigneur qui nous a faits. » Il avait dit : « Venez, exultons ». Ici assurément le prophète désire que nous versions avec lui des larmes de joie. Les larmes en effet sont produites aussi bien par la joie que par une grande douleur. Dans tous les cas, elles rendent visible le sentiment caché du cœur et en sont le témoignage. Ce Dieu, devant qui on se jetait à terre quand il avait l’aspect de la pierre et du bois, veut que nous l’adorions, maintenant que nous le connaissons comme Dieu, que nous nous prosternions, que nous compensions par des larmes et un service ininterrompu de notre piété notre trop longue et persistante négligence. Le psalmiste pleure en repentir du passé, il se réjouit du présent, il se trouble et redoute l’avenir. J’ai dit qu’il le redoute pare que je sais, moi qui jusqu’à présent suit dans les limites de mon corps, qu’il a chanté des sentiments de ce genre. Lui-même atteste ailleurs que dans son bonheur il verse des larmes de joie : « Celui qui sème dans les larmes moissonnera dans la joie » (Ps 125,5). Que ces pleurs soient l’expression d’une joie parfaite, il le fait voir par ces mots : « Venez, adorons, prosternons-nous devant lui : pleurons en présence du Seigneur qui nous a faits. » Et comme si on lui avait demandé : pourquoi ? il fournit des raisons, il met la cause en évidence : « Car c’est lui qui est notre Dieu, nous sommes le peuple de son pâturage et les brebis que sa main conduit. » Autant la joie prouve la piété, autant la tristesse révèle l’ingratitude. Écoutons maintenant ses avertissements avec plus d’attention encore (Ps 94,8-11). […] Lorsqu’il dit : « aujourd’hui », cela te concerne, c’est à toi que cette parole est adressée, qui que tu sois qui m’écoute.
 
(SAINT PIERRE CHRYSOLOGUE [°406 – 〸450], Sermon 46 sur le Psaume 94 [PL 52,328-330, CC 24, p.255-259], dans : Les Psaumes commentés par les Pères, Textes traduits, notes et tables par Sœur Baptista Landry osb, Introduction, choix et conseils de travail par A.-G. Hamman, Collection « Les Pères dans la foi », DDB, 1983, p. 258-259)









 26 juin

Nul ne cherchera ce qu’il juge utile pour soi,
mais bien plutôt ce qui l’est pour autrui.
(Règle de Saint Benoît 72,7)



La Règle de Saint Benoît…

RB 19,1-7 (Le maintien pendant la psalmodie)

¹Partout nous croyons fermement que Dieu est présent et que les yeux du Seigneur considèrent en tout lieu les bons et les méchants. ²Mais surtout il faut le croire fermement lorsque nous assistons à l'office divin. ³Ayons donc toujours dans la mémoire ce que dit le Prophète: « Servez le Seigneur dans la crainte. » ⁴Et encore: « Psalmodiez avec sagesse. » ⁵Et: « Je te chanterai en présence des anges. » ⁶Considérons donc comment nous devons nous tenir en présence de Dieu et de ses Anges, ⁷et tenons-nous pour psalmodier de manière que notre esprit soit en accord avec notre voix.

✥ ✥ ✥

… pour chaque jour

« Et par des psaumes chantons-lui notre joie. » Il ne faut pas donner à croire que notre chant de joie soit confié à des âmes privées de raison. C’est pourquoi nous l’exprimons par des psaumes, où sont démêlées les vérités à croire, où retentit le mystère de Dieu et tout ce qui peut faire progresser sur le chemin du salut les cœurs de ceux qui les écoutent. « Car c’est un grand Dieu que le Seigneur », dit le psaume. Ici il ouvre le mystère du corps du Seigneur : Dieu, même dans son incarnation est « un Seigneur grand et un Roi grand au-dessus de tous les dieux », selon cette parole : « Qui donc est semblable à Dieu parmi les fils de Dieu ? » (Ps 88,7).

(SAINT PIERRE CHRYSOLOGUE, Sermon 46 sur le Psaume 94 (PL 52,328-330, CC 24, p. 255-259), dans : Les Psaumes commentés par les Pères, Textes traduits, notes et tables par Sœur Baptista Landry osb, Introduction, choix et conseils de travail par A.-G. Hamman, Collection « Les Pères dans la foi », DDB, 1983, p. 257)









 14 mai

S’appliquer fréquemment à la prière.
(Règle de Saint Benoît 4,56)



La Règle de Saint Benoît…

RB 2,23-29 (Les qualités que doit avoir l'abbé)

²³Dans son enseignement, l'abbé doit toujours suivre le modèle que lui donne l'Apôtre quand il dit: « Reprends, supplie, menace. » ²⁴Ainsi doit-il varier sa manière selon les circonstances, mêlant douceurs et menaces, montrant tantôt la sévérité d'un maître, tantôt la tendresse d'un père. ²⁵Ainsi, encore, reprendra-t-il plus durement les indociles et les turbulents; il suppliera de progresser ceux qui sont obéissants, doux et patients; quant aux négligents et aux rebelles, nous l'avertissons de les menacer et de les corriger. ²⁶Qu'il ne ferme pas les yeux sur les péchés des délinquants. Mais qu'il les retranche autant qu'il le pourra, jusque dans les racines, aussitôt qu'il les verra naître, se souvenant du malheur d'Héli, grand-prêtre de Silo. ²⁷Pour ce qui est des âmes plus délicates et intelligentes, il lui suffira de les reprendre une fois ou deux par des admonitions ; ²⁸tandis qu'il doit punir par des verges et autres châtiments corporels les méchants, les opiniâtres, les superbes et les désobéissants, et cela dès qu'ils commenceront à mal faire, sachant qu'il est écrit :  « L'insensé ne se corrige point par des paroles » ; ²⁹et encore: « Frappe des verges ton fils et tu délivreras son âme de la mort. »


… pour chaque jour

« Poussons des cris de joie en l’honneur de Dieu notre Sauveur. » Ici ce n’est plus la voix des brebis, c’est celle du berger. Son appel doux et diversement modulé tantôt fait avancer le troupeau vers le pacage, tantôt maintient les brebis lasses dans un bois ombreux pour qu’elles puissent y prendre du repos ; tantôt, par l’attrait de l’herbe plus nourrissante des collines, il invite à gravir les lieux élevés ; tantôt il presse de descendre, quoique insensiblement, les pentes rapides des vallées. Heureuses sont ces brebis ! Dociles à la voix du berger, elles entrent en chaleur, elles allaitent, elles rassemblent des familles ! En vérité, elles sont dans la joie pour leur berger. Heureuses ces brebis qui se donnent du mal pour leur maître en accroissant la progéniture de son troupeau ! 

(PIERRE CHRYSOLOGUE – Sermon 46 sur le Psaume 94 [PL 52,328-330, CC 24, p. 255-259], dans : Les Psaumes commentés par les Pères, Textes traduits, notes et tables par Sœur Baptista Landry osb, Introduction, choix et conseils de travail par A.-G. Hamman, Collection « Les Pères dans la foi », DDB, 1983, p. 256)

* Enluminure - Ms Abbaye de Maredret











 11 février

Avant tout, demande à Dieu
par une très instante prière
qu’il mène à bonne fin
tout bien que tu entreprennes.
(Règle de Saint Benoît – Prologue 4)



La Règle de Saint Benoît...

RB 9,1-11 (Combien il faut dire de psaumes aux heures de nuit)

¹Au temps d'hiver, dont il a été parlé, on dira d'abord trois fois le verset: « Seigneur, ouvre mes lèvres et ma bouche annoncera ta louange. » ²On ajoutera le psaume trois et le Gloria; ³ensuite le psaume quatre-vingt-quatorze avec antienne, ou, du moins, chanté. ⁴Puis, suivent l'hymne et six psaumes avec antiennes. ⁵Ceci achevé et après le verset, l'abbé donnera la bénédiction. Puis, tous étant assis sur leurs bancs, les frères liront, à tour de rôle, dans le livre de chœur, sur le pupitre, trois leçons. Après chacune d'elles, on chantera un répons. ⁶Les deux premiers répons se diront sans Gloria, mais après la troisième leçon, celui qui chante dira le Gloria. ⁷Au moment où le chantre le commence, tous se lèveront de leurs sièges par honneur et révérence envers la Sainte Trinité. ⁸Aux Vigiles, on lira les livres d'autorité divine tant de l'Ancien que du Nouveau Testament, ainsi que les commentaires qui en ont été donnés par les Pères catholiques qualifiés pour leur orthodoxie. ⁹Après ces trois leçons accompagnés de leurs répons, on chantera six autres psaumes avec Alléluia. ¹⁰Suivront: une leçon de l'Apôtre, qui doit être récitée par cœur, le verset, et la prière de la litanie, c'est-à-dire Kyrie eleison. ¹¹Ainsi se terminera l'office de la nuit.

✽✽✽

... pour chaque jour

’invitation agréable et salubre d’une source fraîche rencontrée sur sa route par un homme accablé de chaleur et longuement brûlé par la soif, n’est-ce pas ce que produit aujourd’hui le chant du psaume : « Venez, exultons pour le Seigneur » en tous ceux qui parmi nous sont en proie au chagrin et écrasés sous le poids d’excessives épreuves ? Cette voix du prophète ne nous excite-t-elle pas à la joie ? « Venez, exultons pour le Seigneur. »

Venez, dit-elle. Mais d’où venir ? et pour aller où ?

Venir… de toi, mon ami ; et aller… en toi. Tu n’auras pas à te déplacer, mais à changer ta sensibilité. Les obstacles seront écartés, les chagrins mis en fuite, les désespérances jetées dehors et… défense à l’angoisse d’entrer ! Cette conversion apprête, dans la demeure d’un cœur purifié et à l’avance, l’éternel lieu de séjour de la divine allégresse.

Y aurait-il donc un lieu pour « Heureux ceux qui pleurent » (Mt 5,4) et pour « Malheur à vous qui riez » (Lc 6,25) ?

Oui, tout à fait heureux ceux qui pleurent ici-bas, malheureux ceux qui rient ici-bas. Heureux ceux qui exultent pour le Seigneur, pour Celui qui ignore tout des rapines, qui ne sait rien des tromperies, qui ne sait pas se réjouir des larmes d’autrui. « Venez, exultons pour le Seigneur. » Il exulte pour le Seigneur, celui qui par paroles, par gestes, par œuvres, non pour soi, mais pour son Créateur, bondit de joie. « Venez, exultons pour le Seigneur. » Il exulte pour le Seigneur, celui dont Dieu est en tout temps l’unique source de joie, tout l’allégresse.

(SAINT PIERRE CHRYSOLOGUE, Sermon 46 sur le Psaume 94 (PL 52,328-330, CC 24, p. 255-259), dans : Les Psaumes commentés par les Pères, textes traduits, notes et tables par Sœur Baptista Landry osb, Introduction, choix et conseils de travail par A.-G. Hamman, Collection « Les Pères dans la foi », DDB, 1983, p. 255-256)

* Initiale - Ms Abbaye de Maredret








 30 novembre

Tu parviendras avec la protection de Dieu…
(Règle de Saint Benoît 73,9)




La Règle de Saint Benoît...

RB 49,1-10 (L'observance du Carême)

¹La vie d'un moine devrait être, en tout temps, aussi observante que durant le Carême. ²Mais, comme il en est peu qui possèdent cette perfection, nous exhortons tous les frères à vivre en toute pureté pendant le Carême, ³et à effacer, en ces jours sacrés, toutes les négligences des autres temps. ⁴Nous le ferons dignement, si nous nous préservons alors de tous les vices, si nous appliquons à la prière avec larmes, à la lecture, à la componction du cœur et au renoncement. ⁵En ces jours donc, ajoutons quelque chose à la tâche accoutumée de notre service: oraisons particulières, restriction dans les aliments et la boisson. ⁶Chacun offrira de sa propre volonté à Dieu, dans la joie du Saint-Esprit, quelque pratique surérogatoire; ⁷il retranchera à son corps sur la nourriture, la boisson, le sommeil, les entretiens; et il attendra la sainte Pâque avec la joie du désir spirituel. ⁸Chacun cependant soumettra à son abbé ce qu'il se propose d'offrir à Dieu et n'agira qu'avec sa prière et son approbation : ⁹car tout ce qui se fait sans la permission du père spirituel sera imputé à présomption et à vaine gloire, non à mérite. ¹⁰Pourtant, tout doit se faire avec l'assentiment de l'abbé.


St Benoît - E. Weinert



... pour chaque jour

Il y a trois actes, mes frères, trois actes en lesquels la foi se tient, la piété consiste, la vertu se maintient : la prière, le jeûne, la miséricorde. La prière frappe à la porte, le jeûne obtient, la miséricorde reçoit. Prière, miséricorde, jeûne, les trois ne font qu'un et se donnent mutuellement la vie.

En effet, le jeûne est l'âme de la prière, la miséricorde est la vie du jeûne. Que personne ne les divise : les trois ne peuvent se séparer. Celui qui en pratique seulement un ou deux, celui-là n'a rien. Donc, celui qui prie doit jeûner ; celui qui jeûne doit avoir pitié ; qu'il écoute l'homme qui demande, et qui en demandant souhaite être écouté ; il se fait entendre de Dieu, celui qui ne refuse pas d’entendre lorsqu’on le supplie.

Celui qui pratique le jeûne doit comprendre le jeûne : il doit sympathiser avec l'homme qui a faim, s'il veut que Dieu sympathise avec sa propre faim ; il doit faire miséricorde, celui qui espère obtenir miséricorde ; celui qui veut bénéficier de la bonté doit la pratiquer ; celui qui veut qu'on lui donne doit donner. C'est être un solliciteur insolent, que demander pour soi-même ce qu’on refuse à autrui.

Sois la norme de la miséricorde à ton égard: si tu veux qu'on te fasse miséricorde de telle façon, selon telle mesure, avec telle promptitude, fais toi-même miséricorde aux autres, avec la même promptitude, la même mesure, la même façon.

Donc la prière, la miséricorde, le jeûne doivent former un patronage pour nous recommander à Dieu, doivent former un seul plaidoyer en notre faveur, une seule prière en notre faveur sous cette triple forme.
Ce que nous avons perdu par le mépris, nous devons le conquérir par le jeûne ; immolons nos vies par le jeûne parce qu'il n'est rien que nous puissions offrir à Dieu de plus important, comme le prouve le Prophète lorsqu'il dit : Le sacrifice qui plaît à Dieu, c'est un esprit brisé ; le cœur qui est broyé et abaissé, Dieu ne le méprise pas.

Offre à Dieu ta vie, offre l'oblation du jeûne pour qu'il y ait là une offrande pure, un sacrifice saint, une victime vivante qui insiste en ta faveur et qui soit donnée à Dieu. Celui qui ne lui donnera pas cela n'aura pas d'excuse, parce qu’on a toujours soi-même à offrir.

Mais pour que ces dons soient agréés, il faut que vienne ensuite la miséricorde. Le jeûne ne porte pas de fruit s'il n'est pas arrosé par la miséricorde ; le jeûne se dessèche par la sécheresse de la miséricorde ; ce que la pluie est pour la terre, la miséricorde l'est pour le jeûne. Celui qui jeûne peut bien cultiver son cœur, purifier sa chair, arracher les vices, semer les vertus : s'il n'y verse pas les flots de la miséricorde, il ne recueille pas de fruit.

Toi qui jeûnes, ton champ jeûne aussi, s'il est privé de miséricorde ; toi qui jeûnes, ce que tu répands par ta miséricorde rejaillira dans ta grange. Pour ne pas gaspiller par ton avarice, recueille par tes largesses. En donnant au pauvre, donne à toi-même ; car ce que tu n'abandonnes pas à autrui, tu ne l'auras pas.

(Saint Pierre Chrysologue, Homélie)