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 2 janvier

Les frères donneront leur avis
en toute humilité et soumission.
(Règle de Saint Benoît 3,4)



La Règle de Saint Benoît…

RB Prologue 8-13

⁸Levons-nous donc, enfin, l'Ecriture nous y incite: « L'heure est venue, dit-elle, de sortir de notre sommeil. » ⁹Ouvrons les yeux à la lumière divine. Ayons les oreilles attentives à la voix de Dieu qui nous crie chaque jour cet avertissement: ¹⁰« Aujourd'hui, si vous entendez sa voix, n'endurcissez pas vos cœurs », ¹¹et ailleurs: « Qui a des oreilles entende ce que l'Esprit dit aux Eglises ». ¹²Et que dit-il? « Venez, mes fils, écoutez-moi, je vous enseignerai la crainte du Seigneur ». ¹³« Courez pendant que vous avez la lumière de la vie, de peur que les ténèbres de la mort ne vous saisissent. »

… pour chaque jour

L’Église n’est rien d’autre que le monde en voie de déification. Il n’y a pas un brin d’herbe qui ne pousse dans l’Église, pas une galaxie qui ne célèbre dans l’Église la liturgie cosmique. Il n’y a pas un geste créateur qui ne manifeste l’Église, qui ne fasse jaillir dans le monde de la mort la lumière du Huitième Jour. Tout acte profondément religieux est créateur ; l’ascète, au désert, se recrée dans la lumière divine, résorbe la face ténébreuse de la terre dans sa face transfigurée. 

(OLIVIER CLÉMENT [°1921 – 〸2009], L’autre soleil – quelques notes d’autobiographie spirituelle, Desclée de Brouwer, 2010, p. 114)









 3 mai

Qu’en tout Dieu soit glorifié.
(Règle de Saint Benoît 57,8)



La Règle de Saint Benoît…

RB Prologue 8-13

⁸Levons-nous donc, enfin, l'Ecriture nous y incite: « L'heure est venue, dit-elle, de sortir de notre sommeil. » ⁹Ouvrons les yeux à la lumière divine. Ayons les oreilles attentives à la voix de Dieu qui nous crie chaque jour cet avertissement: ¹⁰« Aujourd'hui, si vous entendez sa voix, n'endurcissez pas vos cœurs », ¹¹et ailleurs: « Qui a des oreilles entende ce que l'Esprit dit aux Eglises ». ¹²Et que dit-il? « Venez, mes fils, écoutez-moi, je vous enseignerai la crainte du Seigneur ». ¹³« Courez pendant que vous avez la lumière de la vie, de peur que les ténèbres de la mort ne vous saisissent. »


… pour chaque jour

Certains jours de fin d’hiver, les souffles de la mer et de la terre s’équilibrent, tout s’immobilise. Les premiers amandiers ont fleuri, beauté absolue et fragile dans le gouffre paisible de l’azur. Les fleurs sortent comme directement du bois, fleurs sans feuilles, naissant du dur, du sec, du mort, squelettes noirs fleurissant au premier souffle comme les ossements dans la prophétie d’Ézéchiel. En hébreu, l’amandier est appelé le veilleur. Le veilleur, l’éveilleur. Éveillé de l’hiver, nous éveillant à la toute beauté.

(OLIVIER CLÉMENT, L’autre soleil – quelques notes d’autobiographie spirituelle, Desclée de Brouwer, 2010, p. 32)









 18 janvier

Ne point rendre le mal pour le mal.
(Règle de Saint Benoît 4,29)



La Règle de Saint Benoît…

RB 4,1-21 (Les instruments des bonnes œuvres)

¹Avant tout, aimer le Seigneur Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa force.
²Ensuite, le prochain comme soi-même.
³Ensuite, ne point tuer.
⁴Ne point commettre d'adultère.
⁵Ne point voler.
⁶Ne point convoiter.
⁷Ne point porter faux témoignage.
⁸Honorer tous les hommes.
⁹Ne point faire à autrui ce qu'on ne veut pas qu'on nous fasse.
¹⁰Se renoncer à soi-même pour suivre le Christ.
¹¹Châtier son corps.
¹²Ne pas embrasser les délices.
¹³Aimer le jeûne.
¹⁴Soulager les pauvres.
¹⁵Vêtir qui est nu.
¹⁶Visiter les malades.
¹⁷Ensevelir les morts.
¹⁸Secourir qui est dans la tribulation.
¹⁹Consoler les affligés.
²⁰Rompre avec les affaires du monde.
²¹Ne rien préférer à l'amour du Christ.


Ms Abbaye de Maredret

… pour chaque jour


Sommet de la toute-puissance de Dieu, la création implique en même temps – ce que le christianisme occidental, me semble-t-il, n’a jamais osé dire – un risque du Créateur, et comme une limitation de sa toute-puissance pour que l’autre ait l’espace de sa liberté. Evdokimov résumait ce mystère en deux formules : « Dieu peut tout, sauf contraindre l’homme a l’aimer » ; et : « Tout grand amour est nécessairement crucifié. » 

(OLIVIER CLÉMENT, L’autre soleil – quelques notes d’autobiographie spirituelle, Desclée de Brouwer, 2010, p. 157)










 24 décembre

Qu’il imite plutôt l’exemple de tendresse du bon Pasteur…
(Règle de Saint Benoît 27,8)



La Règle de Saint Benoît…

RB 66,1-8 (Les portiers du monastère)

¹À la porte du monastère on placera un sage vieillard, qui sache recevoir et rendre un message, et dont la maturité le préserve de toute oisiveté. ²Le portier devra avoir sa cellule près de la porte, afin que ceux qui viennent trouvent toujours à qui parler. ³Et aussitôt qu'on aura frappé ou qu'un pauvre aura appelé, il répondra Deo gratias ou Benedic. ⁴Puis, avec toute la mansuétude que donne la crainte de Dieu, il s'empressera de donner réponse avec une charité fervente. ⁵Si le portier a besoin d'aide, on lui donnera un frère plus jeune. ⁶Le monastère doit, autant que possible, être disposé de telle sorte que l'on y trouve tout le nécessaire: de l'eau, un moulin, un jardin et des ateliers pour qu'on puisse pratiquer les divers métiers à l'intérieur de la clôture. ⁷De la sorte les moines n'auront pas besoin de se disperser au-dehors, ce qui n'est pas du tout avantageux pour leurs âmes. ⁸Et nous voulons que cette Règle soit lue souvent en communauté afin qu'aucun frère ne s'excuse sous prétexte d'ignorance.


Ms Abbaye de Maredret

… pour chaque jour

La transparence possible de la vieillesse. Il est des étapes de la vie qui n’ont de sens que par une ouverture à la transcendance. Ainsi l’enfance, si tourmentée par la finitude. Et toute fidélité, virginale ou nuptiale, qui déchiffre en Dieu le visage de l’autre, qui décèle en Christ le visage de Dieu. Mais surtout la vieillesse. Serait-elle libérée de la ségrégation qui la menace et déjà l’isole, serait-elle entourée de tendresse et de toute la diversité des âges et des conditions dans une vie communautaire retrouvée, si la mort n’est pas acceptée, transfigurée, la vieillesse n’a pas de sens. La vieillesse a besoin de sens, et non de prolongements mécaniques où la mort s’anticipe sans s’intérioriser. Seul un abandon confiant à la mort descellée par l’Amour peut donner au grand âge sa force de bénédiction. Sa gratuité et sa connivence avec l’enfance. Sinon, il n’y a que méchanceté jalouse devant la jeunesse des autres, mesquinerie qui monnaie en soucis, en menues obsessions, l’angoisse fondamentale, ou cette longue souffrance silencieuse, ces désespoirs cachés, ces suicides discrets parce que la vie tarit et qu’on n’a pas trouvé, dans le Souffle venu d’ailleurs, un autre souffle. 

(OLIVIER CLÉMENT, L’autre soleil – quelques notes d’autobiographie spirituelle, Desclée de Brouwer, 2010, p. 63-64)










 3 avril

à celui qui vient s’y engager dans la vie religieuse…
(Règle de Saint Benoît 58,1)



La Règle de Saint Benoît…

RB 52,1-5 (L'oratoire du monastère)

¹L'oratoire sera ce que signifie son nom. On n'y fera et on n'y déposera rien d'étranger à sa destination. ²Après l'Œuvre de Dieu, tous les frères sortiront dans un profond silence, et ils auront pour Dieu la révérence qui lui est due ; ³de la sorte, si peut-être un frère veut y prier en son particulier, il n'en sera pas empêché par l'importunité d'autrui. ⁴D'ailleurs, si, à d'autres moments, un moine veut faire discrètement oraison, qu'il entre simplement et qu'il prie: non pas avec des éclats de voix, mais avec larmes et ferveur du cœur. ⁵À qui ne se conduirait pas ainsi, on ne permettra donc pas de demeurer à l'oratoire après l'Œuvre de Dieu, de peur, comme il a été dit, qu'il ne gêne autrui.

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… pour chaque jour

« Les pierres mêmes crieront » a dit Jésus à ceux qui lui demandaient de faire taire les enfants qui l’acclamaient lorsqu’il entrait à Jérusalem. Aujourd’hui, on a fait taire les enfants et les pierres crient. Je tiens une pierre dans la main et elle crie silencieusement la souffrance et la joie de Dieu qui parle et se tait à la fois pour la faire exister. Je marche au bord de la mer un galet salé dans la bouche et ma bouche silencieuse crie Dieu. J’entre dans une église romane et je connais le silence de Dieu. Car il a fallu l’architecture adorante des hommes pour instaurer ce silence, la nature la plus déserte crépite de mille bruits. J’entre et l’espace devient incarnation. Je descends dans la crypte et le silence redoublé se fait mon origine et ma fin, et ce n’est plus celui du néant : il me guérit d’être né et de devoir mourir.

(OLIVIER CLÉMENT, L’autre soleil – quelques notes d’autobiographie spirituelle, Desclée de Brouwer, 2010, p. 74)

* Initiale - Ms Abbaye de Maredret









 24 janvier

Ce que tu ne veux pas qu’on te fasse,
ne le fais pas à autrui.
(Règle de Saint Benoît 61,14)




La Règle de Saint Benoît...

RB 6,1-8 (La retenue dans le langage)

¹Faisons ce que dit le prophète: « J'ai résolu de surveiller toutes mes voies, pour ne pas pécher par ma langue; j'ai placé une garde à ma bouche, je me suis tu et humilié, et je me suis abstenu même de parler de choses bonnes. » ²Le prophète nous montre par là que, si l'on doit quelquefois s'interdire de bons discours par amour du silence, à plus forte raison faut-il retrancher les paroles mauvaises pour éviter la peine due au péché. ³C'est pourquoi, étant donnée l'importance du silence, on n'accordera que rarement aux disciples, fussent-ils parfaits, la permission de parler même de choses bonnes, saintes et édifiantes. ⁴Il est écrit, en effet: « Tu n'éviteras pas le péché en parlant beaucoup » ; ⁵et ailleurs: « La mort et la vie sont au pouvoir de la langue. » ⁶De fait, s'il appartient au maître de parler et d'enseigner, il convient au disciple de se taire et d'écouter. ⁷En conséquence, s'il faut demander quelque chose au supérieur, on le fera en toute humilité, soumission et respect. ⁸Quant aux bouffonneries, aux paroles oiseuses et qui portent à rire, nous les bannissons pour jamais et en tout lieu, et nous ne permettons pas au disciple d'ouvrir la bouche pour de tels propos.

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... pour chaque jour

orsqu’Élie se rend sur la montagne au rendez-vous de Dieu, Dieu n’est pas dans le fracas de l’orage et de la tempête, mais dans un murmure « à la limite du silence » (1 R 19,12). Dans l’homme né de l’Esprit, Dieu chante à bouche close et le monde est musique. L’Esprit repose sur Jésus et le fait tressaillir de joie. Le Silence est à l’intérieur de la Parole. L’Esprit est l’onction du Fils et le royaume du Père. L’Esprit révèle la face cachée de la terre. L’Esprit est la Terre des Vivants. 

(OLIVIER CLÉMENT, L’autre soleil – quelques notes d’autobiographie spirituelle, Desclée de Brouwer, 2010, p.103)

* Initiale - Ms Abbaye de Maredret








 3 janvier

Qu’il imite plutôt l’exemple de tendresse
du bon Pasteur…
(Règle de Saint Benoît 27,8)


La Règle de Saint Benoît...

RB Prologue 14-20

¹⁴Le Seigneur, cherchant son ouvrier dans la foule du peuple à laquelle il crie, dit encore: ¹⁵« Quel est l'homme qui veut la vie et désire voir des jours heureux? » (Ps 33,13). ¹⁶Que si, à cette demande, tu lui réponds: « C'est moi », Dieu te réplique: ¹⁷« Si tu veux avoir la vie véritable et éternelle, interdis le mal à ta langue et à tes lèvres toute parole trompeuse; détourne-toi du mal et fais le bien; cherche la paix avec ardeur et persévérance. ¹⁸Et lorsque vous agirez de la sorte, mes yeux seront sur vous et mes oreilles attentives à vos prières, et avant même que vous ne m'invoquiez, je vous dirai: ‘Me voici.' » ¹⁹Quoi de plus doux, frères très chers, que cette voix du Seigneur qui nous invite? ²⁰Voyez comme le Seigneur lui-même, dans sa bonté, nous montre le chemin de la vie.

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... pour chaque jour

(…) Quelqu’un m’a regardé. Lui, sur l’icône. Je ne jouerai pas les illuminés. Tout était silence, paroles du silence. Mais silence de lui, paroles de lui, dans une profondeur plus grande que celle du Soi, dans une profondeur où je n’étais plus seul. Il m’a dit que j’existais, qu’il voulait que j’existe, et donc que je n’étais pas rien. Il m’a dit que je n’étais pas tout, mais responsable. Que le mal était celui que je faisais. Mais que, plus profond encore, lui était là. Il m’a dit que j’avais besoin d’être pardonné, guéri, recrée. Et qu’en lui j’étais pardonné, guéri, recrée. « Voici, je suis à la porte et je frappe. » Et j’ai ouvert.
 
« Je suis à la porte et je frappe. »
Plus profond que notre désespoir, il est là.
Plus haut que notre plus haute joie. Plus haut que cette « tension vers la plus haute vie » dont parle Denys le Mystique, car, dit-il, « même celui qui tend vers la pire des vies, s’il est tout entier tendu vers la vie… dans cette tension même, il participe au réel ».
Plus bas : et l’angoisse même devient le lieu de la confiance.
Plus haut : et notre liberté créatrice trouve dans l’Esprit un espace infini.
Devant le Défiguré, Visage de l’amour sacrificiel du Père, devant le crucifié du flanc percé duquel se lève l’aube de l’Esprit, qui oserait parler de père sadique ou de relation maître-esclave ?
Devant le Transfiguré, dont la lumière pénètre l’humanité et l’univers, devant le Père libérateur qui donne l’Esprit pour que l’homme devienne un vivant (…).

(OLIVIER CLÉMENT, L’autre soleil – quelques notes d’autobiographie spirituelle, Desclée de Brouwer, 2010, p. 129-130)

* Initiale - Ms Abbaye de Maredret








 24 décembre

Ne pas vouloir être appelé saint avant de l’être,
mais le devenir d’abord,
alors on le sera appelé avec plus de vérité.
(Règle de Saint Benoît 4,62)




La Règle de Saint Benoît...

RB 66,1-8 (Les portiers du monastère) 

¹À la porte du monastère on placera un sage vieillard, qui sache recevoir et rendre un message, et dont la maturité le préserve de toute oisiveté. ²Le portier devra avoir sa cellule près de la porte, afin que ceux qui viennent trouvent toujours à qui parler. ³Et aussitôt qu'on aura frappé ou qu'un pauvre aura appelé, il répondra Deo gratias ou Benedic. ⁴Puis, avec toute la mansuétude que donne la crainte de Dieu, il s'empressera de donner réponse avec une charité fervente. ⁵Si le portier a besoin d'aide, on lui donnera un frère plus jeune. ⁶Le monastère doit, autant que possible, être disposé de telle sorte que l'on y trouve tout le nécessaire: de l'eau, un moulin, un jardin et des ateliers pour qu'on puisse pratiquer les divers métiers à l'intérieur de la clôture. ⁷De la sorte les moines n'auront pas besoin de se disperser au-dehors, ce qui n'est pas du tout avantageux pour leurs âmes. ⁸Et nous voulons que cette Règle soit lue souvent en communauté afin qu'aucun frère ne s'excuse sous prétexte d'ignorance.


St Benoît - E. Weinert



... pour chaque jour

J’aime, dans l’Orient chrétien, qui se soucie peu des modes, ce respect, cette admiration du vieillard. Un homme engagé dans les voies de la vie spirituelle est nommé, quel que soit son âge, un « beau vieillard », et la beauté, ici, ne se dissocie pas de la sagesse et de l’amour ; elle monte du cœur. Regardez les moines de l’Athos ou de Moldavie, quand l’âge les libère d’une réserve qui souvent nous semble affectée, mais constitue le cocon de la chrysalide : les lèvres s’affinent et s’intériorisent, le front se dilate et se nacre, la blancheur des cheveux et de la barbe témoigne d’une transfiguration, les yeux retrouvent le grave étonnement de l’enfance, mais avec quelque chose de mat, d’impassible, au-delà de toute passion et de toute peur. La main, sa chair même, devient sèche, légère, pure, comme la main d’un très jeune enfant.

(…)

Il m’a fallu connaître l’Orient chrétien (mais je sais maintenant que l’Occident, dans ses monastères surtout, a ses orients secrets) pour rencontrer à nouveau, cette fois dans la conscience de la résurrection, des vieillards lumineux, dont la simple présence aide à vivre, à mourir, à se transformer par la mort. Tel était le patriarche Athénagoras. Il avait plus de quatre-vingts ans quand je l’ai connu. C’était un être de bénédiction, et les jeunes ne s’y trompaient pas. Il avait une capacité enfantine de s’émerveiller : quand il saluait, en février, le premier arbre qui fleurit dans le jardin du patriarcat, quand il observait longuement l’écriture des oiseaux sur le ciel, de la Marmara à la Corne d’Or ; ou celle des fourmis sur la terre. La désappropriation du sage le rendait capable d’écouter, d’accueillir, de plonger dans « l’océan intérieur d’un regard ». Il n’avait plus peur, l’angoisse en lui s’était changée en confiance. Un don de prophétie lui était venu. Il savait que, puisque le Christ est ressuscité, toute situation historique, si tragique soit-elle, est une situation d’enfantement. Il savait que l’angoisse de l’Occident constitue désormais le lieu où doit éclater l’annonce, et l’exemple, de la résurrection, de la vie plus forte que la mort.

Quand le moment est venu, il savait qu’il allait mourir. Le métropolite Méliton, son ami, lui parla d’un voyage à Vienne pour une intervention chirurgicale. « Non, a-t-il répondu, c’est à un autre voyage que je dois me préparer. » Après avoir reçu la communion, il a refusé toute nourriture, il a remercié chacun puis demandé à rester seul. Il est mort ainsi, ans seul à Seul où l’on n’est plus séparé de rien.

(…)

Dans l’Orient chrétien, le moine est celui qui veut entrer vivant dans la mort pour devenir, dès ici-bas, un ressuscité. Parmi ceux qui marchaient avec moi, en ce soir de mai, il m’a semblé qu’il y avait deux « ressuscités » (nous le sommes tout, mais eux consciemment, d’une conscience transformante), dont la mort ne serait pas une agonie, mais une simple « dormition » : on passe de l’autre côté des choses et l’on continue de servir l’amour. L’un des deux, puissant maître d’œuvre, parlait plus volontiers. L’autre ne disait presque rien. Mais d’être près de lui faisait fondre le cœur d’une douceur qui ne peut se dire.

(OLIVIER CLÉMENT, L’autre soleil – quelques notes d’autobiographie spirituelle, Desclée de Brouwer, 2010, p.64-65.)







 12 décembre

Les frères donneront leur avis
en toute humilité et soumission.
(Règle de Saint Benoît 3,4)




La Règle de Saint Benoît...

RB 58,17-29 (La manière de recevoir les frères) 

¹⁷Avant d'être reçu, il promettra donc publiquement, dans l'oratoire, stabilité , vie religieuse et obéissance ¹⁸en la présence de Dieu et de ses saints, en sorte que, si jamais il fait autrement, il sache qu'il sera damné par celui dont il se moque. ¹⁹De cette promesse, il fera une demande écrite au nom des Saints dont les reliques sont en ce lieu, et de l'abbé présent. ²⁰Il écrira cette demande de sa propre main, ou du moins, s'il est illettré, il priera un autre de l'écrire pour lui. Le novice lui-même la signera, et de sa main la déposera sur l'autel. ²¹Lorsqu’il l'y aura placée, il entonnera aussitôt ce verset: « Reçois-moi, Seigneur, selon ta parole, et je vivrai, et ne me confonds pas dans mon attente. » ²²Toute la communauté répétera trois fois ce verset, et conclura par le Gloria Patri. ²³Le novice se prosternera alors aux pieds de chacun des frères, afin qu'ils prient pour lui. A dater de ce jour, on le tiendra pour membre de la communauté. ²⁴S'il possède quelque avoir, ou bien il le distribuera auparavant aux pauvres, ou bien il l'attribuera au monastère par une donation solennelle, sans rien se réserver du tout ; ²⁵car il sait que, dès cet instant, il ne peut plus même disposer de son propre corps. ²⁶On le dépouillera donc immédiatement dans l'oratoire de tous les effets personnels dont il était vêtu, et on le revêtira d'habits appartenant au monastère. ²⁷Les vêtements qu'il aura quittés seront conservés au vestiaire, ²⁸afin que si, un jour, à l'instigation du diable, il voulait sortir du monastère - ce qu'à Dieu ne plaise - on puisse lui ôter les habits du monastère et le chasser. ²⁹On ne lui rendra pas néanmoins sa demande écrite, que l'abbé a prise jadis sur l'autel, mais on la gardera dans le monastère.


St Benoît - E. Weinert


... pour chaque jour

Seul compte, me semble-t-il, ce retournement du cœur qui rend possible l’avenir. « Va et ne pèche plus », dit Jésus à la femme adultère, après l’avoir sauvée de la lapidation. Tout est neuf à nouveau. Il n’y a plus de mort. Or, la mort est le miroir où, sans cesse, nous nous regardons. C’est pourquoi il me semble impossible de parler de moi. Le miroir est brisé. Mais je voudrais tenter de parler de Lui. Comment Il nous cherche. Comment Il m’a cherché, trouvé.

Dans L’Adolescent, de Dostoïevski, un homme qui a tout perdu, sa jeunesse, sa femme, sa maison, et va, et va, sans feu ni lieu, vivant de rien, dormant l’été à la belle étoile, purifiant son cœur, marchant vers le « lieu du cœur », et il faut beaucoup de temps, beaucoup d’espace pour parvenir à ce « centre perdu », comme dit Lorentzatos ; cet homme se réveille en plein champ, un matin très tôt, quand tout est léger, neuf, originel. Quand l’autre soleil éclaire, comme pour un jour sans déclin. Et pour la première fois sans doute, cet homme voit, entend, perçoit tout, reçoit tout « dans le mystère ». Il s’était éveillé au soleil. Il s’éveille à l’autre soleil. Et voici : la prière est l’essence des choses, et l’homme la recueille et l’énonce. « L’herbe pousse – pousse, petite herbe de Dieu ! » Un effroi sacré creuse le cœur, creuse le sable, le gravier, comme j’aimais, enfant, creuser la plage déserte, en hiver, jusqu’à ce que le ciel se renverse et qu’apparaisse, tout au fond, l’eau ronde, l’autre lumière. « Oui, il y a des mystères. C’est terrible pour le cœur, et c’est merveilleux, et cet effroi même réjouit le cœur. » Et l’errant Macaire, ce qui veut dire le « bienheureux », au sens des Béatitudes – « Bienheureux les doux, car ils hériteront la terre », ils l’héritent déjà – le pèlerin Macaire conclut : « Tout est en toi, Seigneur, je suis moi-même en toi, reçois-moi ! »

L’absence apparente de Dieu ouvre l’espace de ce « reçois-moi ». Jusqu’au jour où nous comprenons que c’est Dieu notre liberté, et que son silence, justement, nous rend libres : « Tout est en toi, reçois-moi. »

(OLIVIER CLÉMENT, L’autre soleil – quelques notes d’autobiographie spirituelle, Desclée de Brouwer, 2010, p. 7-8)








 3 décembre

Ayons les oreilles attentives à la voix de Dieu…
(Règle de Saint Benoît – Prologue 9)




La Règle de Saint Benoît...

RB 52,1-5 (L'oratoire du monastère) 

¹L'oratoire sera ce que signifie son nom. On n'y fera et on n'y déposera rien d'étranger à sa destination. ²Après l'Œuvre de Dieu, tous les frères sortiront dans un profond silence, et ils auront pour Dieu la révérence qui lui est due ; ³de la sorte, si peut-être un frère veut y prier en son particulier, il n'en sera pas empêché par l'importunité d'autrui. ⁴D'ailleurs, si, à d'autres moments, un moine veut faire discrètement oraison, qu'il entre simplement et qu'il prie: non pas avec des éclats de voix, mais avec larmes et ferveur du cœur. ⁵À qui ne se conduirait pas ainsi, on ne permettra donc pas de demeurer à l'oratoire après l'Œuvre de Dieu, de peur, comme il a été dit, qu'il ne gêne autrui.



Ste Hildegard - E. Weinert


... pour chaque jour

Plus tard, en lisant Le Pèlerin russe, j’ai reconnu cette première – et sans doute universelle – prière : « Il est dit dans le Nouveau Testament… que tout soupire et tend vers la liberté des enfants de Dieu : ce mystérieux mouvement de la création, ce désir inné dans les âmes, c’est la prière intérieure… elle est en tous et en tout ! »

(OLIVIER CLÉMENT, L’autre soleil – quelques notes d’autobiographie spirituelle, Desclée de Brouwer, 2010, p.34)