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 4 septembre

Qu’il imite plutôt l’exemple de tendresse du bon Pasteur…
(Règle de Saint Benoît 27,8)



La Règle de Saint Benoît…

RB Prologue 21-32

²¹Ceignons donc nos reins de la foi et de la pratique des bonnes œuvres; sous la conduite de l'Evangile, avançons dans ses chemins, afin de mériter de voir Celui qui nous a appelés dans son royaume. ²²Si nous voulons habiter dans la demeure de ce royaume, sachons qu'on n'y parvient que si l'on y court par les bonnes actions. ²³Mais interrogeons le Seigneur en lui disant avec le prophète: « Seigneur, qui habitera dans ta demeure? Qui reposera sur ta montagne sainte? » ²⁴Après cette demande, mes frères, écoutons la réponse du Seigneur; il nous montre la route de cette demeure en disant: ²⁵« C'est celui qui marche sans tache et accomplit la justice; ²⁶celui qui dit la vérité du fond de son cœur, qui n'a pas prononcé de parole trompeuse, ²⁷qui n'a pas fait de tort à son prochain, qui n'a pas accueilli des discours injurieux contre lui. » ²⁸C'est celui qui rejette loin des regards de son cœur l'esprit malin qui le tente, et les suggestions qu'il lui souffle, les réduit à rien, saisit les premiers rejetons de la pensée diabolique et les brise contre le Christ. ²⁹Ce sont ceux qui, craignant le Seigneur, ne s'enorgueillissent pas de leur bonne observance, mais qui, reconnaissant que le bien qui se trouve en eux ne peut venir d'eux-mêmes mais du Seigneur, ³⁰glorifient le Seigneur qui agit en eux, et lui disent avec le prophète: « Non pas à nous, Seigneur, non pas à nous, mais à ton nom donne la gloire. » ³¹De même l'apôtre Paul ne s'est rien attribué du succès de sa prédication, mais dit: « C'est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis », ³²et encore: « Que celui qui se glorifie, se glorifie dans le Seigneur. »


… pour chaque jour

Voilà pourquoi nous ne pouvons pas nous contenter d’être, il nous faut devenir, aller et venir, quitter le cocon de nos peurs et de nos habitudes, nous insurger contre la tristesse et le mal qui nous défont. « Être, c'est être en route », dit le philosophe Paul Ricœur. Et de fait, la plupart des figures bibliques sont des êtres du chemin, constamment en train de passer d’une rive à l'autre. C'est d’ailleurs la belle étymologie du nom que porte le peuple de la Bible. L´"hébreu", ivri, c'est l’homme du passage, le pèlerin du sens, celui qui traverse vers le versant caché des êtres et des choses.
On ne s'étonnera pas que les verbes de la spiritualité biblique soient des verbes de mouvement qui mettent en jeu le corps et la posture qu’on adopte dans la vie: lève-toi, quitte, marche, ne regarde pas en arrière, va au-devant de ce qui t'attend, écoute ce qui parle dans le visage de l'autre…

(FRANCINE CARRILLO, Pour une spiritualité de l´insurrection, Coédition Ouverture-Olivétan-Opec, Son mot à dire…, 2014, p.14)









 11 avril

Les offices des Laudes et des Vêpres
ne devront jamais se conclure sans que le supérieur dise,
en dernier lieu, en entier, et au milieu de l’attention générale, 
l’oraison dominicale,
à cause des épines de querelles
qui ont accoutumé de se produire.
(Règle de Saint Benoît 13,12)



La Règle de Saint Benoît…

RB 58,1-16 (La manière de recevoir les frères)

¹On n'accordera pas facilement l'entrée à celui qui vient s'y engager dans la vie religieuse ; ²mais on fera ce que dit l'Apôtre: « Eprouvez les esprits pour discerner s'ils sont de Dieu. » ³Si le postulant persévère à frapper à la porte, et s'il supporte patiemment les rebuffades et les difficultés qui lui sont faites à son entrée, et s'il persiste dans sa demande depuis quatre ou cinq jours, ⁴il obtiendra alors la permission d'entrer. Il passera quelques jours dans le logis des hôtes. ⁵Ensuite, il passera dans le logis des novices, où ils méditent, mangent et dorment. ⁶On lui donnera, pour le conduire, un ancien qui soit apte à gagner les âmes et qui veillera sur lui très attentivement. ⁷Il examinera avec attention si le novice cherche vraiment Dieu, s'il est attentif à l'Œuvre de Dieu, à l'obéissance et aux humiliations. ⁸On lui fera connaître toutes les choses dures et âpres par lesquelles on va à Dieu. ⁹S'il promet de persévérer en sa résolution, alors, après deux mois, on lui lira cette Règle tout au long, ¹⁰et on lui dira: « Voici la loi sous laquelle tu veux militer. Si tu peux l'observer, entre; sinon, tu es libre de te retirer. » ¹¹S'il persiste, on le reconduira au susdit logement des novices, et on se remettra à éprouver de toute manière sa patience. ¹²Au bout de six mois, on lui lira encore la Règle, afin qu'il sache à quoi il s'engage. ¹³S'il persévère toujours, après quatre autres mois, on lui relira encore une fois la même Règle. ¹⁴Si enfin, après mûre délibération, il promet de la garder dans tous ses points et d'observer tout ce qui est commandé, il sera reçu dans la communauté, ¹⁵sachant au surplus que, en vertu de la Règle, il ne lui est plus permis, à partir de ce jour, de sortir du monastère, ¹⁶ni de secouer le joug de cette Règle, qu'après une aussi longue délibération il a été à même de refuser ou d'accepter.



… pour chaque jour

Ceux et celles qui sont un jour interpellés par une parole décisive ne peuvent qu'entrer en insurrection. Ils ne se contentent plus de ce qu'ils ont vécu jusqu'ici, ils abandonnent leur jarre (cf. Samaritaine Jn 4), parce qu’ils ont goûté au Souffle et à la Vérité et qu’ils ont commencé à respirer autrement.
Le Souffle donne de ne pas rester assis dans sa vie, mais d’aller et venir à travers le flux et le reflux symbolisés par l’inspir et l’expir. Et la vérité, si l'on en croit les étymologies hébraïque et grecque, représente à la fois la solidité (en hébreu èmèt, ce qui fonde, ce à quoi on peut se fier; de la même racine qu’Amen!) qui nous donne un ancrage, le rocher sur lequel poser nos pieds et le non-sommeil, la vigilance (en grec a-lètheia, signifie le non-oubli, la sortie de la léthargie).
Entrer en insurrection, c'est obéir au Souffle; il nous réveille de cette mauvaise somnolence qui est le propre de ceux qui subissent leur vie au lieu de l’agir. Ce n’est pas simplement "accueillir ce qui est", mais c'est opérer des fractures dans les déterminismes de tous ordres. C'est choisir d'affronter le mensonge, la lâcheté, la peur, la convoitise, la tristesse, la laideur, toutes ces réalités qui nous tirent vers le bas. Entrer en insurrection, c'est devenir veilleurs, c'est parier sur l'avenir toujours plus grand, toujours autre que nos petites attentes. Et l’avenir commence au-dedans, là où nous pouvons le plus immédiatement changer quelque chose! 

(FRANCINE CARRILLO, Pour une spiritualité de l´insurrection, Coédition Ouverture-Olivétan-Opec, Son mot à dire…, 2014, p. 35-36)









 21 janvier

Tenir pour certain qu’en tout lieu Dieu nous regarde.
(Règle de Saint Benoît 4,49)



La Règle de Saint Benoît…

RB 4,63-78 (Les instruments des bonnes œuvres)

⁶³Accomplir, tous les jours, par ses œuvres les préceptes de Dieu.
⁶⁴Aimer la chasteté.
⁶⁵Ne haïr personne.
⁶⁶Ne pas avoir de jalousie.
⁶⁷Ne pas agir par envie.
⁶⁸Ne pas aimer à contester.
⁶⁹Fuir l'élèvement.
⁷⁰Vénérer les anciens.
⁷¹Aimer les plus jeunes.
⁷²Par amour du Christ, prier pour ses ennemis.
⁷³Se réconcilier avant le coucher du soleil, avec qui on est en discorde.
⁷⁴Et ne jamais désespérer de la miséricorde de Dieu.
⁷⁵Voilà quels sont les instruments de l'art spirituel.
⁷⁶Si, jour et nuit, sans relâche, nous nous en servons, quand, au jour du jugement, nous les remettrons, le Seigneur nous donnera la récompense qu'il a promise lui-même:
⁷⁷« Ce que l'œil n'a pas vu, ce que l'oreille n'a pas entendu, ce que Dieu a préparé pour ceux qui l'aiment. »
⁷⁸Or l'atelier où nous devons travailler diligemment avec tous ces instruments, c'est le cloître du monastère avec la stabilité dans la communauté.


Ms Abbaye de Maredret

… pour chaque jour

L’un des grands chantiers spirituels de notre temps passe assurément par une réconciliation avec ce que le temps nous offre et qui va de pair avec la conscience de notre mortalité. Que nous soyons voués à disparaître devrait nous apprendre la légèreté, alors que nous passons notre vie à l’alourdir de regrets et d’objets encombrants! Nous sommes passants sur cette terre et vivre est un perpétuel travail de dessaisissement, de renoncement à tout avoir, à tout pouvoir. C'est aussi une longue ténacité, quand l'arbre tarde à donner son fruit ou que la tempête l'anéantit.
La patience est un art de l’espérance. Elle croit ce qu’elle ne voit pas, elle espère là où la plupart baissent les bras. Elle ressemble à l’homme de la parabole qui, alors que son maître lui ordonne de couper le figuier sur lequel il ne trouve plus de figues depuis trois ans, propose de s’en occuper encore une année en bêchant tout autour et en lui donnant du fumier. 
« Peut-être donnera-t-il du fruit à l'avenir? »(Lc 13,6-9) 
Peut-être… ce petit mot devrait nous habiter plus souvent. Il est la signature de qui s'annonce et dont nous n'avons pas idée. Il n'y a pas que le présent à vivre, il n'y a pas que les flashs et les instantanés à accumuler, il y a aussi à cultiver la petite persévérance qui nourrit le quotidien en nous orientant fidèlement au "clignotement d'un peut-être".

(FRANCINE CARRILLO, Pour une spiritualité de l´insurrection, Coédition Ouverture-Olivétan-Opec, Son mot à dire…, 2014, p. 42-44)










 25 mai

Qu’il imite plutôt l’exemple de tendresse du bon Pasteur…
(Règle de Saint Benoît 27,8)



La Règle de Saint Benoît…

RB 6,1-8 (La retenue dans le langage)

¹Faisons ce que dit le prophète: « J'ai résolu de surveiller toutes mes voies, pour ne pas pécher par ma langue; j'ai placé une garde à ma bouche, je me suis tu et humilié, et je me suis abstenu même de parler de choses bonnes. » ²Le prophète nous montre par là que, si l'on doit quelquefois s'interdire de bons discours par amour du silence, à plus forte raison faut-il retrancher les paroles mauvaises pour éviter la peine due au péché. ³C'est pourquoi, étant donnée l'importance du silence, on n'accordera que rarement aux disciples, fussent-ils parfaits, la permission de parler même de choses bonnes, saintes et édifiantes. ⁴Il est écrit, en effet: « Tu n'éviteras pas le péché en parlant beaucoup » ; ⁵et ailleurs: « La mort et la vie sont au pouvoir de la langue. » ⁶De fait, s'il appartient au maître de parler et d'enseigner, il convient au disciple de se taire et d'écouter. ⁷En conséquence, s'il faut demander quelque chose au supérieur, on le fera en toute humilité, soumission et respect. ⁸Quant aux bouffonneries, aux paroles oiseuses et qui portent à rire, nous les bannissons pour jamais et en tout lieu, et nous ne permettons pas au disciple d'ouvrir la bouche pour de tels propos.



… pour chaque jour

C'est peu dire que le langage est malmené dans notre société. Les multiples moyens de communication qui sont désormais à notre portée font que nous parlons beaucoup, que nous parlons tout le temps, mais paradoxalement, cet incessant bavardage pollue les relations plus qu’il ne les sert. Nous communiquons pour nous vendre ou pour acheter l’autre, très peu pour le rencontrer.
 
« Voici que les hommes s'échangent maintenant les mots comme des idoles invisibles, ne s’en forgeant plus qu’une monnaie: nous finirons un jour muets à force de communiquer… » (Valère Novarina, Devant la parole, P.O.L., 2010, p. 13)
 
Si nous ne voulons pas finir muets, il nous faut entrer en insurrection contre cette instrumentalisation du langage porté par le système marchand de notre société. Nous pouvons réapprendre à nous taire et à écouter. Nous pouvons cultiver le silence, c'est même un incontournable, si nous ne voulons pas perdre pied et sens.

« C'est dans le silence que la question du sens se pose; 
c'est dans le même silence, qu’elle se résout. » 
(François Cassingena-Trévedy, Étincelles II, 2007, p.285.)
 
Il y a bientôt septante ans, Marcel Duchamp tenait à Denis de Rougemont le propos suivant: 
« Tout l'effort de l’avenir sera d’inventer, 
par réaction à ce qui se passe maintenant, 
le silence, la lenteur et la solitude. »
 
Force est de constater que nous balbutions toujours dans cet effort! Et pourtant, le silence est précieux, car il est la métaphore de l'intériorité chère à toute notre tradition philosophique et théologique occidentale telle qu'elle remonte à saint Augustin :
« Ne t’en va pas au-dehors, 
retourne en toi-même, 
la Vérité habite en l'être intérieur. » 
(De vera religione, 39,72)
 
Seuls les mots qui s'articulent sur une réserve de silence sont capables de faire de la lumière. Le silence permet de retrouver le chemin d'une parole qui soigne et qui console, d'une parole qui sauve le mystère et la dignité des êtres, d'une parole qui s'insurge contre de multiples manières d’étiqueter l'humain ou de l'enfermer dans un diagnostic médico-social. 
En matière de spiritualité et dans les églises, le silence devrait s'imposer en face de la langue de bois qui dissuade souvent d'écouter vraiment. Le philosophe Jean-Luc Marion rappelle avec humour que « Le silence sur Dieu est une forme de politesse ! » 
Faire silence permet de retrouver la fraîcheur de ce qui parle dans les textes, il nous fait rencontrer des « mots qui ne font pas leur âge » (Gilles Baudry, cité par Ringlet, Effacement de Dieu, p.112.)
 
Les poètes sont peut-être ceux qui nous parlent le mieux de Dieu, parce qu’ils savent se taire et écouter la vibration du mystère au fond des choses, sans la nommer "trop haut". Je pense ici au beau titre d’un petit livre de Jean Grosjean intitulé "Si peu". Il y parle de ce Dieu à la fois si peu là et si intime: 
« Ce que je reconnais de lui quand il parle, c'est son silence. Un silence pareil à celui des  textes: il me prend par l'épaule pour me faire remarquer qu'il s'en va, comme un texte à mesure qu'on lit, comme la vie à mesure qu'on vit. » (Si peu, Bayard, 2001, p.15-16.) 

(FRANCINE CARRILLO, Pour une spiritualité de l´insurrection, Coédition Ouverture-Olivétan-Opec, Son mot à dire…, 2014, p. 38-40.)

* Enluminure - Ms Abbaye de Maredret











 10 avril

… L’abbé se conduira avec discernement et modération.
(Règle de Saint Benoît 64,17)



La Règle de Saint Benoît…

RB 57,1-9 (Les artisans du monastère)

¹S'il y a des artisans dans le monastère, ils exerceront leur métier en toute humilité, à la condition que l'abbé le leur permette. ²Si l'un d'eux venait à s'enorgueillir de ce qu'il sait faire, se persuadant qu'il apporte quelque profit au monastère, ³on lui interdira l'exercice de son métier et il ne s'en occupera plus, à moins qu'il ne se soit humilié et que l'abbé ne lui ait commandé d'y retourner. ⁴Si l'on doit vendre des ouvrages de ces artisans, ceux qui feront la transaction se garderont bien de commettre aucune fraude. ⁵Ils se souviendront toujours d'Ananie et de Saphire, de peur que la mort que ceux-ci subirent dans leur corps, ils ne la subissent dans leur âme, ⁶eux et tous ceux qui commettraient de la fraude au sujet des biens du monastère. ⁷Pour ce qui concerne les prix, on verra à ce que l'avarice ne s'y glisse pas. ⁸Au contraire, on vendra un peu moins cher que les séculiers, ⁹ « afin qu'en tout Dieu soit glorifié. »

❈ ❈ ❈

… pour chaque jour

ans notre société marchande où tout se vend et s'achète, la gratuité apparaît tout au plus comme un rêve de prophète ou de poète! Pourtant, si le mot nous retient, c'est peut-être qu’il contient comme une invitation à diverger, à sortir de l’hypnose des diktats de tous ordres, à refuser la conquête de l’être par l’avoir. 
La gratuité n’est pas loin de la grâce… il y a là une hauteur qu'on pourrait se risquer à explorer. Si l’on en croit la tradition biblique, la grâce s’enracine dans une largesse qui vient d’en haut. Elle indique une profusion qui se répand largement et pour tous.
(...)
Le don divin vient (ici) interrompre l'ingratitude humaine. Il reste immérité, il est pure gratuité. Il y aurait donc à écouter que tout est don… et c'est là la richesse qu'évoque le mot gratuité! Ce qui est essentiel à la vie n'a pas de prix. C'est hors de prix, car hors marché. On ne peut acheter la brise du soir, le feu dans l'âtre, la rose qui fleurit sans pourquoi. Si on monnaie l’amour, est-il encore l’amour? La caresse, l’arc-en-ciel, l’éclat de rire, le poème… nos existences sont peuplées de ces réalités hors de prix qui nous mettent en joie et en mouvement. Les marchander, c'est les dénaturer. On ne peut que s'y ouvrir dans le geste de rendre grâce. 
La réponse humaine au don de Dieu est dans cette ouverture du dedans qui demande qu'on se souvienne de ce qui a été donné. 

(FRANCINE CARRILLO, Pour une spiritualité de l´insurrection, Coédition Ouverture-Olivétan-Opec, Son mot à dire…, 2014, p. 45-46) 

* Initiale - Ms Abbaye de Maredret







 11 mars

Les offices des Laudes et des Vêpres
ne devront jamais se conclure sans que le supérieur dise,
en dernier lieu, en entier, et au milieu de l’attention générale, 
l’oraison dominicale,
à cause des épines de querelles
qui ont accoutumé de se produire.
(Règle de Saint Benoît 13,12)



La Règle de Saint Benoît…

RB 33,1-8 (Si les moines doivent avoir quelque chose en propre)

¹Avant tout, il faut retrancher du monastère jusqu'à la racine ce vice de la propriété. ²Que personne n'ait donc la témérité de rien donner ou recevoir sans l'autorisation de l'abbé ; ³ni de rien posséder en propre, quoi que ce puisse être, ni livres, ni tablettes, ni stylet pour écrire, en un mot absolument rien, ⁴puisqu'il n'est même plus licite aux moines d'avoir à leur disposition ni leur corps ni leurs volontés. ⁵Ils doivent espérer et attendre du père du monastère tout ce qui leur est nécessaire. Et personne ne pourra avoir quelque chose que l'abbé n'ait donné ou permis. ⁶Que tout soit commun à tous, ainsi qu'il est écrit. Que personne ne dise que quelque chose lui appartient, ni n'ait la témérité de se l'approprier. ⁷Si quelqu'un se complaisait en ce vice détestable, on l'admonesterait une et deux fois ; ⁸s'il ne s'amendait pas, on le corrigerait.

✥ ✥ ✥

… pour chaque jour

eux qui travaillent à se désencombrer de leurs mauvais attachements, de tout ce qui les retient au pays de l’étroitesse (dans la Bible, l’Égypte figure symboliquement un lieu sans issue, un étau qui asphyxie, d'où le lien avec l’angoisse.), à commencer par la voracité de leur "moi", ceux-là sont en route vers leur "terre de promesse" (plutôt que "Terre promise", qui suppose un dû) qui est dite "bonne et large" parce qu’on y respire au Souffle dont on ne sait ni d'où il vient, ni où il va.

Élaguer dans ce qui nous alourdit, choisir, comme Marie aux pieds de Jésus, l'Unique nécessaire qui nous donne de savourer la profondeur de la vie, voilà encore un chemin de dissidence qui nous enrichit de ce que nous ne possédons pas.
« L'étendue de notre royaume coïncide
avec celle de nos dépossessions. »
(François Cassingena-Trévedy, Étincelles II, 2007, p.235.)

(Francine Carrillo, Pour une spiritualité de l´insurrection, Coédition Ouverture-Olivétan-Opec, Son mot à dire…, 2014, p. 50-51)

* Initiale - Ms Abbaye de Maredret









 23 janvier

En tout lieu, c’est un seul Seigneur que l’on sert…
(Règle de Saint Benoît 61,10)




La Règle de Saint Benoît...

RB 5,14-19 (L'obéissance)

¹⁴Mais cette obéissance ne sera bien reçue de Dieu et agréable aux hommes, que si l'ordre est exécuté sans trouble, sans retard, sans tiédeur, sans murmure, sans parole de résistance. ¹⁵Car l'obéissance rendue au supérieur, c'est à Dieu qu'on la rend, puisqu'il a dit: « Qui vous écoute, m'écoute. » ¹⁶Et c'est de bon cœur que les disciples doivent obéir parce que « Dieu aime celui qui donne joyeusement. » ¹⁷Si, au contraire, le disciple obéit, mais s'il le fait de mauvais gré, s'il murmure non seulement de bouche mais encore dans son cœur, ¹⁸même s'il exécute l'ordre reçu, cet acte ne sera pas agréé de Dieu, qui voit le murmure dans sa conscience. ¹⁹Bien loin d'en être récompensé, il encourt la peine des murmurateurs, s'il ne se corrige et ne fait satisfaction.

❈❈❈
... pour chaque jour

e discours de plainte est très répandu aujourd'hui. On se plaint de tout, ce qui est propre des nantis obnubilés par ce qu’ils n´ont pas encore. Mais plutôt que d'ajouter de la plainte à la plainte, plutôt que de nourrir le négatif et d'entretenir l'anxiété, pourrait-on imaginer une autre posture? Il y a là une insurrection à mener qui commence en nous par une vigilance de langage. Nos mots nous façonnent, nous sommes de la couleur de ce que nous disons.
(...)
Plutôt que de se laisser submerger, il y a donc lieu de choisir! Au matin, choisir le psaume au lieu de la complainte, choisir de célébrer d'abord l’envers lumineux des êtres et des choses, parce que, comme nous le rappelle Maître Eckhart, « c'est chaque jour la plus grande fête: celle de l’existence de Dieu ».
 
« Réjouis-toi, ris de tout ton cœur… YHWH ton Dieu est au milieu de toi… il danse et crie de joie à cause de toi. » (So 3,14ss)

Rabbi Nachman de Breslau, grande figure du hassidisme, a magnifiquement parlé de la joie, non pas la joie à bon marché, mais la joie qui choisit en toute conscience de laisser dehors la tristesse et l’amertume: 
« C'est une grande mitsva (précepte) d’être toujours dans la joie, de se renforcer et d’éloigner la tristesse et l'amertume de toutes ses forces. Toutes les maladies qui viennent sur l'homme, toutes viennent de la dégradation de la joie. (...) Quand la joie et le chant sont abîmés, la maladie s’empare de l’homme. La joie est un grand remède. Il s’agit de trouver en soi un seul point positif qui nous rende joyeux et de s’y attacher. »

(Francine Carrillo, Pour une spiritualité de l´insurrection, Coédition Ouverture-Olivétan-Opec, Son mot à dire…, 2014, p.52-53)

* Initiale - Ms Abbaye de Maredret








 22 janvier

On n’accordera pas facilement l’entrée du monastère
à celui qui vient s’y engager
dans la vie religieuse…
(Règle de Saint Benoît 58,1)




La Règle de Saint Benoît...

RB 5,1-13 (L'obéissance)

¹Le premier degré d'humilité est l'obéissance sans délai. ²Elle convient à ceux qui n'ont rien de plus cher que le Christ. ³Mus par le service sacré dont ils ont fait profession, ou par la crainte de l'enfer, et par le désir de la gloire de la vie éternelle, ⁴dès que le supérieur a commandé quelque chose, ils ne peuvent souffrir d'en différer l'exécution, tout comme si Dieu lui-même en avait donné l'ordre. ⁵C'est d'eux que le Seigneur dit: « Dès que son oreille a entendu, il m'a obéi. » ⁶Et il dit encore à ceux qui enseignent: « Qui vous écoute, m'écoute. » ⁷Ceux qui sont dans ces dispositions, renonçant aussitôt à leurs propres intérêts et à leur propre volonté, ⁸quittent ce qu'ils avaient en mains et laissent inachevé ce qu'ils faisaient. Ils suivent d'un pied si prompt l'ordre donné que, ⁹dans l'empressement qu'inspire la crainte de Dieu, il n'y a pas d'intervalle entre la parole du supérieur et l'action du disciple, toutes deux s'accomplissant au même moment. ¹⁰Ainsi agissent ceux qui aspirent ardemment à la vie éternelle. ¹¹C'est pour cela qu'ils entrent dans la voie étroite dont parle le Seigneur, lorsqu'il dit: « Étroite est la voie qui conduit à la vie. » ¹²Aussi, ne vivant plus à leur gré et n'obéissant plus à leurs désirs ni à leurs inclinations, ils marchent au jugement et au commandement d'autrui, et désirent se soumettre à un abbé en vivant dans un monastère. ¹³Assurément les hommes de cette trempe imitent le Seigneur qui dit dans cette sentence: « Je ne suis pas venu faire ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé. »

❈❈❈
... pour chaque jour

Voilà l'impératif premier adressé à l'humain: faire silence pour écouter en lui la vie qui se donne comme UNE, unifiée, pacifique, la vie reliée à la Source. Et choisir d'aimer cette vie qui coule plus profond que les divisions, les dissensions, les distractions. 
Écouter ce qui parle vraiment demande d'être chez soi. C'est un travail subtil, car sur le chemin vers soi-même, on peut en effet ne rencontrer que soi! D’où l’appel à se désencombrer, à descendre en dessous des bruits et des émotions qui brouillent l'entente, provoquent la mésentente et font qu´on n´entend que ce que l'on veut bien entendre! On prête si facilement à Dieu, à l’autre, ses propres pensées! Il faut aller jusqu'à se détacher de Dieu lui-même, dirait Maître Eckhart qui prie ainsi: « Je demande à Dieu de me libérer de Dieu ». 

(Francine Carrillo, Pour une spiritualité de l´insurrection, Coédition Ouverture-Olivétan-Opec, Son mot à dire…, 2014, p.10)

* Initiale - Ms Abbaye de Maredret








 5 janvier

Une bonne parole vaut mieux qu’un don excellent.
(Règle de Saint Benoît 31,14)



La Règle de Saint Benoît...

RB Prologue 33-38

³³Aussi le Seigneur dit dans l'Evangile: « Celui qui écoute mes paroles et les accomplit, je le comparerai à un homme sage qui a bâti sa maison sur la pierre; ³⁴les fleuves ont débordé, les vents ont soufflé et se sont déchaînés sur cette maison; mais elle n'est point tombée, parce qu'elle était fondée sur la pierre. » ³⁵Pour achever, le Seigneur attend de nous que nous répondions chaque jour par nos œuvres à ses saintes leçons. ³⁶S'il prolonge comme une trêve les jours de notre vie, c'est pour l'amendement de nos péchés, ³⁷selon cette parole de l'Apôtre: « Ignores-tu que la patience de Dieu te convie à la pénitence? » ³⁸Car ce doux Seigneur affirme: « Je ne veux pas la mort du pécheur, mais qu'il se convertisse et qu'il vive. »

❈❈❈

... pour chaque jour

« Quand j’ai fait sortir vos pères du pays d’Egypte, je ne leur ai rien dit, rien demandé en fait d’holocauste et de sacrifice; je ne leur ai demandé que ceci "Écoutez ma voix et je deviendrai Dieu pour vous, et vous, vous deviendrez un peuple pour moi, suivez bien la route que je vous trace et vous serez heureux." Mais ils n'ont pas écouté; mais ils n'ont pas tendu l'oreille, ils ont agi à leur guise dans leur entêtement exécrable, ils m'ont tourné le dos au lieu de tourner vers moi leur visage. » (Jr 7,22-24)

Cette dernière expression parle fort! Tourner le dos, c'est perdre son orient et son allant. C'est rétrograder au lieu d´avancer. C'est oublier la seule chose que la Vie nous demande: devenir, être en devenir, répondre à l'appel d´être vivant.

(Francine Carrillo, Pour une spiritualité de l´insurrection, Coédition Ouverture-Olivétan-Opec, Son mot à dire…, 2014, p.11)

* Initiale - Ms Abbaye de Maredret