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 18 août

Dire la vérité de cœur comme de bouche.
(Règle de Saint Benoît 4,28)



La Règle de Saint Benoît…

RB 63,1-9 (Le rang à garder dans la communauté)

¹Les frères garderont dans le monastère la date que détermine leur entrée en religion, ou le mérite de leur vie et la décision de l'abbé. ²Celui-ci cependant ne troublera pas le troupeau qui lui est confié, et ne prendra aucune décision injuste comme s'il jouissait d'un pouvoir arbitraire. ³Il songera sans cesse au compte qu'il devra rendre à Dieu de toutes ses décisions et de tous ses actes. ⁴Ainsi donc, c'est selon le rang qu'il aura établi, ou celui que les frères tiennent à leur entrée, qu'ils iront au baiser de paix et à la communion, entonneront les psaumes et prendront place au chœur. ⁵Nulle part, il n'y aura avantage ou préjudice du simple fait de l'âge dans l'ordre à garder, ⁶puisque Samuel et Daniel, encore enfants, ont jugé les anciens. ⁷Donc, à l'exception de ceux que, comme nous l'avons dit, l'abbé aura promus pour des motifs supérieurs, ou qu'il aura fait déchoir pour des raisons fondées, tous les autres pendront rang à dater de leur entrée en religion : ⁸en sorte que, par exemple, celui qui sera arrivé au monastère à la seconde heure du jour, se reconnaîtra, quel que soit son âge ou sa dignité, le cadet de celui qui est arrivé à la première heure. ⁹Quant aux enfants, ils seront maintenus dans la Règle en tout et par tous.

… pour chaque jour

À l’arrière-plan du chapitre 63, se profilent les déclarations de saint Paul à tous ceux qui ont « revêtu le Christ » : « Il n’y a ni Juif ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme, car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus » (Ga 3,28). Ou encore : « Vous vous êtes dépouillés du vieil homme avec ses agissements, et vous avez revêtu le nouveau, celui qui s’achemine vers la vraie connaissance en se renouvelant à l’image de son Créateur…, il n’y a que le Christ, qui est tout en en tout » (Col 3,9-11). Les moines sont appelés à vivre ces affirmations de façon tout à fait concrète, réaliste. La communauté existe pour incarner cette vocation au cœur de la vie quotidienne. La suite du chapitre expliquera comment. 

(Extrait de : Sœur LOYSE MORARD osb [°1939 - …], « VIVRE EN FRÈRES, ‘Avant tout aimer Dieu de tout son cœur, ensuite le prochain comme soi-même’», Regard sur la Règle de saint Benoît n° 2, Saint-Léger éditions, 2017, p. 93-94)









 9 août

Que l’abbé ne fasse point
acception des personnes dans le monastère.
(Règle de Saint Benoît 2,16)



La Règle de Saint Benoît…

RB 56,1-3 (La table de l'abbé)

¹L'abbé prendra toujours ses repas avec les hôtes et les pèlerins. ²Quand les hôtes seront moins nombreux, il pourra appeler à sa table ceux des frères qu'il voudra. ³Toutefois il laissera toujours avec les frères un ou deux anciens pour le bon ordre de la discipline.




… pour chaque jour

Jésus lui-même réserve au moment du repas l’essentiel de ce qu’il veut révéler aux siens sur son Père et sur lui-même : l’amour de Dieu pour les pauvres et les pécheurs ; son pardon sans limite et la prodigalité de la réponse ; ses noces avec l’humanité et la joie qui interdit le jeûne tant que l’Époux est là ; la meilleure place qui consiste à l’écouter et la dernière qui est en réalité la première ; le service de l’amour qui s’abaisse jusqu’au bout, le don de sa propre chair qui apaise toute faim ; l’offrande de lui-même sur la croix, sa mort, la haine du monde et la persécution qui attendent ses disciples, mais surtout le don de l’Esprit Saint, la certitude que le Père lui-même les aime et les appelle ses amis, sa glorification auprès du Père… Toutes ces vérités, centrales, Jésus les a révélées non pas dans un enseignement théorique, mais comme des propos de table, commentant ce qu’il vivait lui-même, au fur et à mesure des événements. Après sa résurrection, c’est encore à table que les apôtres l’ont vu et reconnu.
Depuis lors, pour les croyants réunis en son nom, aucun repas n’est purement profane. Tous sont des signes qui anticipent le festin de la vie éternelle. Non seulement l’eucharistie, mais également le repas quotidien, qu’il soit familial ou communautaire. La table du Ressuscité n’est pas confinée au rite liturgique, si essentiel soit-il, puisque Jésus a promis d’être avec ses disciples « tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt, 28,20). 

(Extrait de : Sœur LOYSE MORARD osb [°1939 - …], « LES DÉFIS DU QUOTIDIEN, ‘Que les moines soient toujours prêts’ – ‘Que tout soit commun à tous’», Regard sur la Règle de saint Benoît n° 8, Saint-Léger éditions, 2017, p. 71-72)









 26 juillet

S’obéir à l’envie.
(Règle de Saint Benoît 72,6)



La Règle de Saint Benoît…

RB 46,1-6 (Ceux qui font des fautes en quelque autre chose)

¹Lorsqu'un moine dans un travail quelconque à la cuisine, au cellier, dans un service, à la boulangerie, au jardin, dans l'exercice d'un métier, ou en quelque lieu que ce soit, fait une faute, ²brise ou perd quelque chose, ou commet un autre délit, ³il ira aussitôt s'en accuser spontanément devant l'abbé et la communauté. S'il ne le fait pas ⁴et que son manquement soit connu par un autre, il subira une peine plus sévère. ⁵Mais s'il s'agit d'un péché secret de l'âme, il le manifestera seulement à son abbé ou aux pères spirituels, ⁶qui sachent guérir et leurs propres plaies et celles des autres sans les découvrir ni les divulguer.

… pour chaque jour

L’humilité se situe aux antipodes de la mauvaise culpabilité qui suppose un repli sur soi. Le coupable se mesure à un idéal qu’il s’est fixé ou que les autres lui ont imposé. L’humilité, elle, naît du regard jeté sur Dieu, non un Dieu qui juge à l’aune d’un règlement, mais le Dieu de l’Alliance, qui aime, attend, désire et pardonne toujours. L’humble ne compte pas ses fautes, il implore et reçoit la miséricorde de Dieu, à condition, bien sûr, qu’il s’accepte fautif et se déclare tel. Le disciple de saint Benoît n’attend pas que Dieu le confirme dans la justice qu’il se donne à lui-même, mais il espère être justifié par son pardon.
Reconnaître ses fautes par devers soi, intérieurement, même devant Dieu, ne coûte pas très cher. La vraie humilité appelle cette reconnaissance également devant les autres. Elle interdit de chercher à camoufler sa faiblesse, de faire semblant. Elle demande une mise à découvert qui exige toujours l’ouverture à l’Autre : à Dieu, aux autres, par un autre, la communauté ou l’abbé. Cette mise à découvert constitue, selon le chapitre 7 de la Règle, un principe essentiel de la vie spirituelle. Il repose sur la « crainte de Dieu », la conscience de son regard d’amour, et s’applique à tous les niveaux de la vie commune, extérieur autant qu’intérieur. 

(Extrait de : Sœur LOYSE MORARD osb, « LES DÉFIS DU QUOTIDIEN, ‘Que les moines soient toujours prêts’ – ‘Que tout soit commun à tous’», Regard sur la Règle de saint Benoît n° 8, Saint-Léger éditions, 2017, p. 132-133)









 24 juillet

Il est un mauvais zèle, un zèle amer,
qui sépare de Dieu et mène à l’enfer.
De même, il est un bon zèle
qui sépare des vices et mène à Dieu et à la vie éternelle.
C’est ce zèle que les moines pratiqueront
avec un très ardent amour.
(Règle de Saint Benoît 72,1-3)



La Règle de Saint Benoît…

RB 44,1-10 (Comment les excommuniés font satisfaction)

¹Celui qui, pour faute grave, aura été excommunié de l'oratoire et de la table commune, demeurera prosterné, devant la porte de l'oratoire, pendant qu'on y célèbrera l'Œuvre de Dieu, et ne dira mot ; ²mais il se tiendra le visage contre terre et le corps étendu, aux pieds de tous ceux qui sortent de l'oratoire. ³Il continuera cette pratique jusqu'à ce que l'abbé juge la satisfaction suffisante. ⁴Et lorsque l'abbé le lui aura commandé, il viendra se jeter à ses pieds et à ceux de tous les frères, afin qu'ils prient pour lui. ⁵Alors, si l'abbé l'ordonne, il sera reçu au chœur et occupera le rang que l'abbé aura déterminé. ⁶Il ne lui sera cependant pas permis, sans un nouvel ordre de l'abbé, ni d'entonner un psaume, ni de lire une leçon ou quoi que ce soit. ⁷De plus, à toutes les Heures, au moment où s'achève l'Œuvre de Dieu, il se prosternera à terre, à la place qu'il occupe, ⁸et fera ainsi satisfaction jusqu'à ce que l'abbé lui ordonne de cesser. ⁹Ceux qui, pour des fautes légères, sont excommuniés seulement de la table, satisferont dans l'oratoire; ils le feront jusqu'à ce que l'abbé les en dispense, ¹⁰en leur donnant sa bénédiction, et en disant : ‘Cela suffit.’

… pour chaque jour

[…] le rôle exclusif attribué à l’abbé. Lui seul décide de la durée de chacune des étapes de la satisfaction. À sept reprises, on le voit intervenir pour donner ordre au fautif de se relever, venir vers lui et vers les frères, être reçu dans le chœur, occuper telle place, se remettre à entonner ou à lire, et enfin se relever de la dernière prosternation. La réintégration est lente et progressive, et l’abbé, unique juge de son rythme. On pourrait craindre ici, de sa part, l’exercice d’un pouvoir arbitraire ou vengeur, si l’on ne savait, par ailleurs, le rôle pastoral et médical que saint Benoît lui attribue envers les frères fautifs, jusqu’à leur pleine réconciliation. Le supérieur n’est pas un maître de discipline, gardien d’un ordre extérieur fixé d’avance. La modalité exacte de la satisfaction n’est précisément pas déterminée a priori. Son rythme reste souple, adapté au besoin de l’intéressé ou de la communauté. L’abbé doit se comporter plutôt en maître de charité. S’il est seul juge de la manière d’appliquer la satisfaction, c’est parce qu’il est appelé à connaître et à respecter chaque personne dans sa différence. Ainsi peut-il construire, et toujours reconstruire, sa communauté. 

(Extrait de : Sœur LOYSE MORARD osb, « LES DÉFIS DU QUOTIDIEN, ‘Que les moines soient toujours prêts’ – ‘Que tout soit commun à tous’», Regard sur la Règle de saint Benoît n° 8, Saint-Léger éditions, 2017, p. 123-124)









 16 juillet

Ce que tu ne veux pas qu’on te fasse,
ne le fais pas à autrui.
(Règle de Saint Benoît 61,14)



La Règle de Saint Benoît…

RB 37,1-3 (Les vieillards et les enfants)

¹Bien que la nature nous porte assez par elle-même à avoir compassion des vieillards et des enfants, il est bon de pourvoir encore à leurs besoins par l'autorité de la Règle. ²On aura donc toujours égard à leur faiblesse, on ne les astreindra pas à la rigueur de la Règle en ce qui touche l'alimentation. ³Mais on usera envers eux d'une tendre condescendance et ils devanceront les heures régulières des repas.

… pour chaque jour

La communauté au temps de saint Benoît regroupe tous les âges de la vie. Adultes, enfants ou vieillards s’y retrouvent sur le chemin du Royaume de Dieu, accomplissant la vocation propre à leur état. La rencontre des générations, avec l’aide et le soutien mutuels qu’elles s’apportent, se trouve magnifiquement illustrée, dans l’évangile selon saint Luc, par le récit de la présentation de Jésus au Temple (cf. Lc 2,22-38). L’enfant est offert par ses parents, avec tout son futur encore incertain. Les adultes reconnaissent ainsi qu’il ne leur appartient pas. Sa vie leur est confiée par Dieu et ils la lui remettent d’avance. Grâce à  eux, loin d’étouffer sous leur emprise, il pourra grandir, devenir lui-même, se fortifier, s’ouvrir à la sagesse et à la grâce de Dieu. À cette fin, les parents acceptent de se soumettre à la Loi, de reconnaître l’autorité d’une instance autre, qui s’interpose entre eux et lui, celle de Dieu. Ils auront encore à recevoir la parole prophétique des vieillards. Ceux-ci n’attendent plus rien d’autre que « la Consolation » de rencontrer Dieu. Parce qu’ils sont libres, dépouillés du souci de l’avenir et du poids de la Loi, ils peuvent témoigner. Livrés à l’Esprit Saint, ils aperçoivent au-delà d’eux-mêmes le salut qui approche. Ils savent, pour en avoir traversées beaucoup, les souffrances qui attendent ceux qui les suivent, et qu’elles préludent à la délivrance.
La vieillesse, vécue comme une libération, coïncide avec le but même de la vie monastique : mener à Dieu. Tous ont besoin les uns des autres : les âgés pour précéder leurs frères sur les chemins de la liberté, les jeunes pour y aspirer en toute innocence, les adultes pour porter vaillamment et non sans peine, le fardeau de la Loi et de la réalité. Tous ont une vocation à accomplir, chacun selon son âge et selon ce qu’il est. Tous ont aussi à s’entraider dans cette tâche. « L’autorité de la Règle » y veille. 

(Extrait de : Sœur LOYSE MORARD osb, « LES DÉFIS DU QUOTIDIEN, ‘Que les moines soient toujours prêts’ – ‘Que tout soit commun à tous’», Regard sur la Règle de saint Benoît n° 8, Saint-Léger éditions, 2017, p. 58-60)









 15 juillet

En tout lieu, c’est un seul Seigneur que l’on sert…
(Règle de Saint Benoît 61,10)



La Règle de Saint Benoît…

RB 36,1-10 (Les frères malades)

¹On prendra soin des malades avant tout et par-dessus tout. On les servira comme s'ils étaient le Christ en personne, ²puisqu’il a dit: « J'ai été malade et vous m'avez visité », ³et « ce que vous avez fait à l'un de ces petits, c'est à moi que vous l'avez fait. » ⁴De leur côté, les malades considéreront que c'est en l'honneur de Dieu qu'on les sert. Aussi ils ne mécontenteront pas par des exigences superflues les frères qui les servent. ⁵Éventuellement, il faudrait cependant les supporter avec patience, parce qu'il en revient plus de mérite. ⁶L'abbé veillera donc avec un très grand soin à ce que les malades ne souffrent d'aucune négligence. ⁷On assignera aux frères malades un logis particulier et, pour leur service, un frère craignant Dieu, diligent et soigneux. ⁸On offrira aux malades l'usage des bains toutes les fois qu'il sera expédient; mais on l'accordera plus rarement aux bien-portants, principalement aux jeunes. ⁹On concédera également aux malades tout à fait débiles l'usage de la viande afin de réparer leurs forces; mais lorsqu'ils seront rétablis, ils s'en abstiendront tous, comme à l'ordinaire. ¹⁰L'abbé veillera donc avec un très grand soin à ce que les cellériers et les servants ne négligent point les malades; c'est lui-même, en effet, qui est responsable de tout manquement commis par ses disciples.

… pour chaque jour

Il s’agit toujours du Christ mais, ici, l’image montre le Christ servi dans la personne du malade. Le croyant est appelé à le reconnaître partout présent et à le rendre vivant en toute occasion. Le frère serviteur imite le Christ, le frère servi le représente. Toute la vie quotidienne est un service du Seigneur, tant offert que reçu (v.1-3).
Il n’est pas plus facile de recevoir un service que de le rendre. À cet égard, les malades occupent une place à la fois périlleuse et privilégiée. Le terme latin infirmus recouvre un sens plus étendu que le mot « malade ». Il peut s’appliquer à toute forme de faiblesse, physique ou autre. Il désigne ce qui est fragile, chancelant, à l’opposé de ce qui est sûr, solide, puissant. Le chapitre 36 concerne certes ceux qui souffrent de faiblesse physique. Mais il est possible de tirer des directives qu’il donne, des conseils beaucoup plus larges sur la manière de gérer les faiblesses en général. Chacun porte quelque infirmité, physique, psychologique ou morale, quelque « lieu » plus ou moins secret de sa personnalité où il se sent blessé, fragile, toujours menacé et souvent chancelant. Personne n’y échappe et qui croirait y échapper se révèlerait plus infirme que les autres. Saint Benoît le sait et l’un des traits du génie de sa Règle est de prendre cette réalité pleinement en compte. Il n’entend pas l’écrire pour des parfaits mais pour des débutants qui acceptent de l’être (cf. RB 73,8). 

(Extrait de : Sœur LOYSE MORARD osb, « LE TRAVAIL, ‘Consacrer certaines heures au travail des mains, d’autres à la lecture des choses divines’», Regard sur la Règle de saint Benoît n° 7, Saint-Léger éditions, 2017, p. 70-71)









 3 juillet

On prendra soin des malades avant tout et par-dessus tout.
(Règle de Saint Benoît 36,1)



La Règle de Saint Benoît…

RB 26,1-2 (Ceux qui sans la permission se joignent aux excommuniés)

¹Si un frère, sans la permission de l'abbé, ose se joindre, en quelque manière que ce soit, à un frère excommunié, ou lui parler, ou lui faire une commission, ²il subira le même peine de l'excommunication.


… pour chaque jour

La perspective de ces chapitres (23 à 30) n’est pas disciplinaire. Aussi est-il sans importance qu’on ne puisse plus aujourd’hui les appliquer à la lettre. Leur esprit cependant demeure tout à fait actuel. La correction des fautes doit viser à les soigner pour les guérir. Elle est une œuvre de la charité communautaire qu’il faut envisager dans la perspective du « jour du Seigneur ».
Les innombrables problèmes relationnels engendrés par la vie commune ne peuvent se résoudre qu’à ce niveau. Au regard de « la chair », ils s’avèrent souvent insolubles et susceptibles de s’envenimer au point de devenir mortifères. L’abbé et, avec lui, chaque membre de la communauté sont invités à exercer leur vigilance pour les replacer inlassablement sous la lumière de la foi. 

(Extrait de : Sœur LOYSE MORARD osb, « VIVRE EN FRÈRES, ‘Avant tout aimer Dieu de tout son cœur, ensuite le prochain comme soi-même’», Regard sur la Règle de saint Benoît n° 2, Saint-Léger éditions, 2017, p. 65.)









30 juin

Avant tout que jamais n’apparaisse le vice du murmure,
pour quelque raison que ce soit,
ni en paroles, ni en un signe quelconque.
(Règle de Saint Benoît 34,6) 



La Règle de Saint Benoît…

RB 23,1-5 (L'excommunication pour les fautes)

¹S'il se rencontre quelque frère récalcitrant ou désobéissant ou orgueilleux ou murmurateur ou qui viole en quelque point la sainte Règle ou les ordres de ses anciens, et cela avec mépris, ²il sera averti par ses anciens, une et deux fois selon le précepte de Notre-Seigneur, en particulier. ³S'il ne s'amende pas, on le réprimandera publiquement devant tous. ⁴Si, malgré cela, il ne se corrige pas, qu'il soit excommunié, s'il comprend la gravité de cette peine. ⁵Mais s'il est endurci, qu'il soit puni par un châtiment corporel.

… pour chaque jour

Quant à la nature du mal qui peut blesser la communauté, [Saint Benoît] l’évoque en cinq adjectifs qui marquent tous, de la part du fautif, une affirmation de soi aux dépens des autres, c’est-à-dire un mouvement directement contraire à l’amour, à l’ouverture, au don de soi. « S’il rencontre quelque frère récalcitrant ou désobéissant ou orgueilleux ou murmurateur ou qui viole en quelque point la sainte Règle et les ordres de ses anciens, et cela avec mépris, il sera averti par ses anciens… » (v.1-2). Il ne s’agit pas de manquements extérieurs purement disciplinaires, ni d’accusations fondées sur des soupçons ou des interprétations, mais de comportements déclarés qui traduisent la préférence pour soi. Non pas des futilités mais des prises de positions lourdes de conséquences pour le fautif lui-même et pour les autres, parce qu’elles menacent la charité communautaire. Elles risquent de ruiner le fondement sur lequel se construit le vivre ensemble, l’élan commun qui donne à chaque membre de pouvoir compter sur les autres pour soutenir sa marche vers Dieu. Les fautes contre la charité sont toujours graves, même si en apparence elles peuvent rester discrètes. 

(Extrait de : Sœur LOYSE MORARD osb, « VIVRE EN FRÈRES, ‘Avant tout aimer Dieu de tout son cœur, ensuite le prochain comme soi-même’», Regard sur la Règle de saint Benoît n° 2, Saint-Léger éditions, 2017, p. 47-48)








 28 juin

Que tout soit commun à tous…
(Règle de Saint Benoît 33,6)



La Règle de Saint Benoît…

RB 21,1-7 (Les doyens du monastère)

¹Si la communauté est nombreuse, on choisira quelques-uns d'entre les frères qui sont de bonne réputation et de sainte vie, et on les établira doyens. ²Ils veilleront en tout sur leurs décanies, conformément aux commandements de Dieu et aux ordres de leur abbé. ³On choisira pour doyens ceux des moines avec lesquels l'abbé puisse en toute sécurité partager son fardeau. ⁴On ne les choisira pas selon leur ancienneté dans la communauté, mais selon le mérite de leur vie et la sagesse de leur doctrine. ⁵Si, par hasard, l'un d'eux, enflé d'orgueil, mérite répréhension, on le corrigera une première, une deuxième et une troisième fois. S'il ne veut pas s'amender, on le déposera ⁶et on mettra à sa place un autre qui en soit digne. ⁷Nous établissons la même règle au sujet du prieur.

… pour chaque jour

L’abbé, comme Moïse, doit pouvoir compter sur ses aides pour « juger », pour exercer un discernement à la lumière de Dieu dans ces difficultés quotidiennes. La « sagesse » est un don du Saint-Esprit. Saint Benoît s’y réfère toujours comme telle. Elle donne à celui qui en est rempli la capacité de reconnaître l’action divine, de s’y soumettre et d’encourager les autres à faire de même. Sagesse et expérience vont de pair. Elles qualifient le genre de vie de celui qui est « converti », de cette « conversion » dont le moine fait profession et qui, à mesure qu’il grandit dans la foi, dilate son cœur. Pour soutenir les autres sur ce chemin, il faut le parcourir soi-même. La charge des collaborateurs de l’abbé n’a donc rien à voir avec l’exercice d’une fonction disciplinaire ou d’un pouvoir. Il s’agit plutôt pour eux de se laisser transformer par l’Évangile, de se convertir pour aider leurs frères à se convertir eux-mêmes. Tous les moines avancent sur le même chemin. Le pouvoir divise, la conversion partagée rassemble. Les doyens sont appelés à être des agents de l’unité communautaire.

(Extrait de : Sœur LOYSE MORARD osb, « L’ART DE GOUVERNER, ‘Servir plutôt que commander’ », Regard sur la Règle de saint Benoît n° 1, Saint-Léger éditions, 2017, p. 99-100)









 21 juin

Les offices des Laudes et des Vêpres
ne devront jamais se conclure sans que le supérieur dise,
en dernier lieu, en entier, et au milieu de l’attention générale, 
l’oraison dominicale,
à cause des épines de querelles
qui ont accoutumé de se produire.
(Règle de Saint Benoît 13,12)



La Règle de Saint Benoît…

RB 17,1-10 (Combien de psaumes il faut dire à ces mêmes heures)

¹Nous avons jusqu'ici réglé l'ordre de la psalmodie pour les Vigiles et les Laudes; voyons maintenant ce qui concerne les heures suivantes. ²À Prime, on dira trois psaumes séparément et non sous un seul Gloria ; ³mais avant de commencer ces psaumes on dira l'Hymne de la même Heure, après le verset « Dieu, viens à mon aide ». ⁴Après les trois psaumes, on récitera une leçon, le verset, le Kyrie eleison, et le renvoi. ⁵Les offices de Tierce, Sexte et None se célèbreront de la même manière, c'est-à-dire: le verset « Dieu, viens à mon aide », l'hymne de ces Heures, trois psaumes, une leçon, le verset, Kyrie eleison, puis le renvoi. ⁶Si la communauté est nombreuse, on dira les psaumes avec antiennes; sinon on psalmodiera d'un trait. ⁷La réunion de Vêpres se composera de quatre psaumes avec antiennes ; ⁸ensuite, on récitera la leçon, le répons, l'hymne, le verset, le cantique de l'Évangile (Magnificat), la litanie, et par l'oraison dominicale se fera le renvoi. ⁹À Complies, on récitera simplement trois psaumes d'un trait, sans antienne, ¹⁰puis l'Hymne de cette Heure, une leçon, le verset, le Kyrie eleison, et, par la bénédiction se fera le renvoi.

… pour chaque jour

Célébrer l’office régulièrement ne constitue pas un sujet de fierté, même légitime. S’en acquitter jusqu’au bout n’autorise personne à murmurer comme le pharisien : « Mon Dieu, je te rends grâce de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes » (Lc 18,11) qui aujourd’hui ne prient jamais… ; je prie sept fois par jour… ! 

(Extrait de : Sœur LOYSE MORARD osb, « LA PRIÈRE, ‘Qu’il entre simplement et qu’il prie…’ », Regard sur la Règle de saint Benoît, n° 6, Saint-Léger éditions, 2017, p. 58)









 15 juin

Ne pas vouloir être appelé saint avant de l’être,
mais le devenir d’abord,
alors on le sera appelé avec plus de vérité.
(Règle de Saint Benoît 4,62)



La Règle de Saint Benoît…

RB 12,1-4 (Comment célébrer la solennité des laudes)

¹Le dimanche, à Laudes, on dira d'abord sans antienne et d'un trait le psaume soixante-six. ²Ensuite le psaume cinquante avec Alléluia, ³et les psaumes cent-dix-sept et soixante-deux ; ⁴puis le cantique Benedicite et les psaumes Laudate, une leçon de l'Apocalypse par cœur, le répons, l'hymne, le verset, le cantique (Benedictus) de l'Evangile et la litanie, et l'office est achevé.

… pour chaque jour

Aux Laudes, elle s’exprime d’abord dans l’invitation à l’action de grâce (Ps 66), dans la confession et le repentir (Ps 50) et surtout, bien sûr, dans les Psaumes conclusifs, dits « Laudate », les trois derniers du recueil, où le psalmiste associe respectivement à sa louange toute la création d’abord (Ps 148), puis les humbles et les fidèles, aimés par Dieu et qui l’aiment gratuitement (Ps 149), enfin tous les êtres vivants enrichis de leur infinie capacité d’expression, vibrante, bruyante et triomphante (Ps 150). La « louange » rassemble tous les êtres dans la joie de l’Alliance. Elle est universelle et omniprésente. Deux Psaumes s’ajoutent aux premiers, chaque jour différents, appropriés à l’heure matinale où on les chante. Ils disent à leur façon que le Dieu de l’Alliance est présent, toujours et partout. À chacun de lui répondre au long du jour. Au moment où se dissipe la confusion de la nuit, ce rappel de la lumière et de la joie n’est pas sans évoquer la résurrection, victoire définitive et permanente du Christ sur les ténèbres.

(Extrait de : Sœur LOYSE MORARD osb, « LA PRIÈRE, ‘Qu’il entre simplement et qu’il prie…’ », Regard sur la Règle de saint Benoît, n° 6, Saint-Léger éditions, 2017, p. 40-41)