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 23 janvier

La prière doit être brève et pure,
à moins que peut-être la grâce de l’inspiration divine
ne nous incline à la prolonger.
(Règle de Saint Benoît 20,4)



La Règle de Saint Benoît…

RB 5,14-19 (L'obéissance)

¹⁴Mais cette obéissance ne sera bien reçue de Dieu et agréable aux hommes, que si l'ordre est exécuté sans trouble, sans retard, sans tiédeur, sans murmure, sans parole de résistance. ¹⁵Car l'obéissance rendue au supérieur, c'est à Dieu qu'on la rend, puisqu'il a dit: « Qui vous écoute, m'écoute. » ¹⁶Et c'est de bon cœur que les disciples doivent obéir parce que « Dieu aime celui qui donne joyeusement. » ¹⁷Si, au contraire, le disciple obéit, mais s'il le fait de mauvais gré, s'il murmure non seulement de bouche mais encore dans son cœurs, ¹⁸même s'il exécute l'ordre reçu, cet acte ne sera pas agréé de Dieu, qui voit le murmure dans sa conscience. ¹⁹Bien loin d'en être récompensé, il encourt la peine des murmurateurs, s'il ne se corrige et ne fait satisfaction.

… pour chaque jour

« Agréable aux hommes », il est sous-entendu : aux hommes bons. « Sans trouble », c’est-à-dire sans hésitation : le moine ne doit pas avoir d’hésitation quand il obéit : peut-il ou ne peut-il pas faire ? Et l’il est dit : « sans retard », c’est qu’ils sont nombreux ceux qui tardent à se mettre à obéir, ils ne s’exécutent pas immédiatement ; d’autres traînent au milieu de l’obéissance ; d’autres encore prennent du retard à la fin. « Sans tiédeur », c’est-à-dire négligemment, sans application. Nombreux sont ceux qui obéissent au père seulement avec trouble, mais sans retard ni tiédeur, sans murmure, sans parole de résistance. D’autres obéissent en murmurant, mais sans parole de résistance, sans tiédeur, sans retard, sans trouble ; d’autres obéissent, avec les paroles de résistance ; ils sont les pires de tous, mais sans trouble ni retard, ni tiédeur, ni murmure. Le « murmure » se pratique derrière le dos de l’abbé. La « parole de résistance » est le fait de qui répond en présence du supérieur qu’il ne veut pas.
(…) Le Bienheureux Benoît tire presque violemment le sens à lui, en présentant le disciple comme celui qui donne avec joie, qui est heureux d’obéir. Selon le sens de l’apôtre Paul, il s’agit de l’abbé qui doit enseigner avec joie ses auditeurs, et être heureux de leur distribuer ce qui leur est nécessaire. Pour Benoît, le sens concerne les moines, comme nous l’avons dit : c’est le cœur content que le moine montre son obéissance à son abbé. 

(HILDEMAR DE CORBIE [? – 〸v.850], Commentaire de la Règle de saint Benoît, Traduction française de Sœur Michèle-Marie Caillard osb d’après le texte latin édité par le Père Rupert Mittermüller osb, Préface par le Père Jean-Pierre Longeat osb, abbé émérite de Ligugé, Saint-Léger Éditions, 2015, p. 209-210)











 11 novembre

Tenons-nous pour psalmodier de manière
que notre esprit soit en accord avec notre voix.
(Règle de Saint Benoît 19,7)



La Règle de Saint Benoît…

RB 34,1-7 (Si tous doivent recevoir également le nécessaire)

¹Comme il est écrit: « On partageait à chacun selon ses besoins. » ²Par là, nous ne disons point qu'on fasse acception des personnes - ce qu'à Dieu ne plaise - mais qu'on ait égard aux infirmités. ³Celui qui aura besoin de moins, rendra grâces à Dieu et ne s'attristera point ; ⁴celui à qui il faut davantage, s'humiliera et ne s'élèvera point à cause de la miséricorde qu'on lui fait. ⁵Ainsi tous les membres seront en paix. ⁶Avant tout, que jamais n'apparaisse le vice du murmure, pour quelque raison que ce soit, ni en paroles, ni en un signe quelconque. ⁷Si quelqu'un est reconnu coupable, il sera soumis à une correction sévère.

… pour chaque jour

Comme si quelqu’un semblait avoir demandé à Saint Benoît si tous doivent recevoir également, il semble qu’il aurait répondu : « Non, comme il est écrit ». Comment ? « On partageait à chacun selon ce qui lui était nécessaire ». Ceci est écrit dans l’histoire des Actes des apôtres. Cette disposition, qui était celle de la primitive Église, est demeurée chez les moines. En effet tous ceux qui alors étaient croyants, mettaient tous leurs biens en commun. De là, il importe que le maître, de même qu’il avertit de renoncer à la propriété, comme dans la primitive Église, procède au partage, selon le besoin.
Pour ce passage, saint Benoît a adopté un bel ordre en disant d’abord de ne rien avoir en propre, et ensuite : qu’on partage à chacun selon son besoin ; comme je l’ai dit, que le maître, l’abbé invite à observer le principe de la sainte et primitive Église, renoncer à ses biens propres ; il convient encore tout à fait d’observer cette disposition de la sainte Église. 

(HILDEMAR DE CORBIE [? – v.850], Commentaire de la Règle de saint Benoît, Traduction française de Sœur Michèle-Marie Caillard osb d’après le texte latin édité par le Père Rupert Mittermüller osb, Préface par le Père Jean-Pierre Longeat osb, abbé émérite de Ligugé, Saint-Léger Éditions, 2015, p. 433)


Le Béguinage - Bruges







 13 septembre

On servira les malades
comme s’ils étaient le Christ en personne
puisqu’il a été dit : « J’ai été malade et vous m’avez visité ».
(Règle de Saint Benoît 36,2)



La Règle de Saint Benoît…

RB 2,23-29 (Les qualités que doit avoir l'abbé)

²³Dans son enseignement, l'abbé doit toujours suivre le modèle que lui donne l'Apôtre quand il dit: « Reprends, supplie, menace. » ²⁴Ainsi doit-il varier sa manière selon les circonstances, mêlant douceurs et menaces, montrant tantôt la sévérité d'un maître, tantôt la tendresse d'un père. ²⁵Ainsi, encore, reprendra-t-il plus durement les indociles et les turbulents; il suppliera de progresser ceux qui sont obéissants, doux et patients; quant aux négligents et aux rebelles, nous l'avertissons de les menacer et de les corriger. ²⁶Qu'il ne ferme pas les yeux sur les péchés des délinquants. Mais qu'il les retranche autant qu'il le pourra, jusque dans les racines, aussitôt qu'il les verra naître, se souvenant du malheur d'Héli, grand-prêtre de Silo. ²⁷Pour ce qui est des âmes plus délicates et intelligentes, il lui suffira de les reprendre une fois ou deux par des admonitions ; ²⁸tandis qu'il doit punir par des verges et autres châtiments corporels les méchants, les opiniâtres, les superbes et les désobéissants, et cela dès qu'ils commenceront à mal faire, sachant qu'il est écrit :  « L'insensé ne se corrige point par des paroles » ; ²⁹et encore: « Frappe des verges ton fils et tu délivreras son âme de la mort. »


… pour chaque jour

Menaces et douceurs, il n’est pas difficile de s’adapter selon les personnes : aux méchants, il doit inspirer la crainte, aux bons prodiguer des douceurs. Mais quand il doit faire tout cela pour une seule et même personne, c’est très difficile. (…)
« … Qu’il montre la sévérité d’un maître, et la tendresse d’un père. » D’autres livres disent : « qu’il montre les sentiments d’un maître sévère et d’un tendre père. » Selon la première formulation, cela signifie : qu’il montre parfois les dispositions sévères du maître, et parfois l’affection d’un tendre père. Selon la seconde : parfois qu’il montre les sentiments d’un maître sévère, et parfois les sentiments d’un père tendre ou encore : il doit se montrer parfois maître sévère, parfois tendre père. Sévère veut dire qui fait peur, cruel : c’est-à-dire qu’il doit convaincre avec plus de dureté les indociles et les turbulents.
« Indocile » a trois sens : d’abord est indocile celui qui ne comprend pas, n’a pas honte de la peine de l’excommunication. Est encore indocile, celui qui comprend et a honte de l’excommunication et pourtant, à cause de la violence du péché, il retombe dans ce péché-là. Enfin est indocile celui qui, comprenant ou ne comprenant pas, a honte, mais dit cependant ne pas vouloir se plier à la discipline. (…)
« Turbulents ». De même que le corps peut n’être pas en paix, de même l’esprit. « Le trouble » du corps, c’est le va-et-vient d’un endroit à un autre. L’agitation de l’esprit est une instabilité de l’esprit. Il y a quatre manières d’être turbulent : on peut avoir l’esprit et le corps agités ; l’esprit agité, mais le corps en paix : dans ce cas on ne peut le reprendre, car on ne sait pas s’il agit de simulation. On peut avoir l’esprit en paix, mais le corps agité : c’est bien et c’est pourquoi on ne doit pas l’accuser en raison de son obéissance, c’est son corps qui n’est pas en paix. Il y a encore deux manières d’avoir l’esprit et le corps inquiets. Tel a l’esprit et le corps inquiets, à cause de son obéissance. Le corps de tel autre est agité, cependant son esprit obéit avec joie : si on ne peut le reprendre, c’est qu’il cache l’agitation de son esprit sous le vêtement de l’obéissance. (…)
Il y a celui dont le corps et l’esprit sont agités : lui seul peut être jugé ; s’il n’est pas obéissant c’est parce que l’agitation de son esprit se manifeste en son corps ; quant à l’agitation de son corps, elle vient de celle de son âme. Celui-là non plus ne peut pas rester en un même lieu. Son agitation nécessite qu’il soit repris plus durement.
« Obéissants », c’est presque une manière de dire « ceux qui écoutent bien », car ce qu’ils ont entendu avec leurs oreilles, ils l’accomplissent par des actes. On parle de trois manières d’être obéissants : beaucoup obéissent seulement à l’abbé et aux autres supérieurs, par crainte ou par flatterie, ou autre chose de ce genre, et aux autres, ils refusent d’obéir. Leur obéissance n’est pas pure ; si elle l’était, c’est-à-dire si elle était à cause de Dieu, ils la montreraient aussi aux autres.
D’autres obéissent seulement à trois ou quatre frères, par flatterie ou toute autre cause : ils ne veulent obéir ni à l’abbé, ni à tous les autres supérieurs, mais seulement à ces autres (frères). Leur obéissance n’est pas pure : ils n’obéissent pas par amour de Dieu. S’ils obéissaient par amour, ils obéiraient aux autres. C’est pourquoi, il ne faut pas les « supplier (de progresser) », comme ceux dont il est question plus haut, mais les reprendre plus sévèrement.
Il y en a enfin qui obéissent, par amour de Dieu, aussi bien à l’abbé ou aux autres supérieurs qu’à tous les frères : ceux-là seulement on peut les « supplier (de progresser) ». 

(HILDEMAR DE CORBIE [? – v.850], Commentaire de la Règle de saint Benoît, Traduction française de Sœur Michèle-Marie Caillard osb d’après le texte latin édité par le Père Rupert Mittermüller osb, Préface par le Père Jean-Pierre Longeat osb, abbé émérite de Ligugé, Saint-Léger Éditions, 2015, p. 118-121)









 6 septembre

Une bonne parole vaut mieux qu’un don excellent.
(Règle de Saint Benoît 31,14)



La Règle de Saint Benoît…

RB Prologue 39-44

³⁹Lorsque nous avons demandé au Seigneur, mes frères, qui habitera dans sa demeure, nous avons appris ce qu'il faut faire pour y demeurer. Puissions-nous accomplir ce qui est exigé de cet habitant! ⁴⁰Il nous faut donc préparer nos cœurs et nos corps aux combats de la sainte obéissance à ses commandements. ⁴¹Quant à ce qui manque en nous aux forces de la nature, prions le Seigneur d'ordonner à sa grâce de nous prêter son aide. ⁴²Et si, désireux d'éviter les peines de l'enfer, nous voulons parvenir à la vie éternelle, ⁴³tandis qu'il en est temps encore et que nous sommes en ce corps et que nous pouvons accomplir tout cela à la lumière de cette vie, ⁴⁴courons et faisons, dès ce moment, ce qui nous profitera pour toute l'éternité.


… pour chaque jour

C’est maintenant comme si quelqu’un avait demandé à saint Benoît : Père Benoît ! tu m’as ordonné de manifester mon obéissance, voici : je vois que le commandement du Seigneur ou des maîtres spirituels dépasse mes forces, mais ce qu’il me faut faire, je le choisis, pour cette raison que tu l’as dit. Et lui, assurément répondrait à peu près : Mon fils ! « Quant à ce qui manque en nous aux forces de la nature, prions le Seigneur d’ordonner à sa grâce de mettre son aide à notre service ». En effet, il y a certaines choses qui sont impossibles au corps, comme construire une maison en un jour ou soulever un poids d’une taille énorme, et autres choses semblables. Mais si l’on doit regarder ce qui est impossible pour la nature du corps, on doit regarder bien davantage encore ce qui est impossible en raison de la faiblesse de l’âme ; Dieu a créé l’âme bonne, si donc elle était demeurée dans la dignité de sa création, il ne manquerait rien pour suffire à sa bonté ; mais parce qu’elle s’est éloignée de la dignité de sa création, maintenant, vers cette même bonté qu’auparavant elle gardait sans peine, elle n’a plus la force de monter sans peine. (…) [Le Bienheureux Benoît] a bien fait de dire : « prions le Seigneur » d’autant plus que ce que nous ne pouvons obtenir par nos mérites, souvent nous l’obtenons par des prières. Pourquoi dit-il de prier ? Il révèle en effet que ce que nous avons, ne vient pas de nous, mais du Seigneur. 

(HILDEMAR DE CORBIE [? – v.850], Commentaire de la Règle de saint Benoît, Traduction française de Sœur Michèle-Marie Caillard osb d’après le texte latin édité par le Père Rupert Mittermüller osb, Préface par le Père Jean-Pierre Longeat osb, abbé émérite de Ligugé, Saint-Léger Éditions, 2015, p. 71)









 22 août

Tenir pour certain qu’en tout lieu Dieu nous regarde.
(Règle de Saint Benoît 4,49)



La Règle de Saint Benoît…

RB 65,1-10 (Le prieur du monastère)

¹Bien souvent il arrive que l'établissement du prieur fasse naître de graves conflits dans les monastères. ²Il s'en trouve, en effet, qui, enflés d'un méchant esprit d'orgueil, s'imaginent être de seconds abbés, et qui, s'attribuant une autorité sans contrôle, entretiennent des conflits et causent des dissensions dans la communauté. ³Cela se produit surtout en ces lieux où le prieur est établi par le même évêque ou par les mêmes abbés que l'abbé lui-même. ⁴On voit aisément combien cette manière de faire est absurde. C'est elle, qui, dès le début de son institution, donne au prieur matière à s'enorgueillir. ⁵Elle lui suggère qu'il est soustrait au pouvoir de son abbé, ⁶puisque: « Toi aussi, se dira-t-il, tu as été établi par ceux-là mêmes qui ont institué l'abbé. » ⁷De là surgissent des jalousies, des conflits, des détractions, des rivalités, des cabales, les pires désordres. ⁸Or, si l'abbé et le prieur sont opposés de sentiments, il est impossible que, dans une telle discorde, leurs âmes ne se trouvent pas en danger. ⁹Ceux également qui vivent sous leur conduite, prenant partie pour l'un ou pour l'autre, vont à leur perte. ¹⁰De ce péril sont responsables au premier chef ceux qui se sont faits les auteurs d'un pareil dérèglement.

… pour chaque jour

Le Bienheureux Benoît a appris que la discorde est un grand mal ; et puisqu’elle est un grand mal, tout ce qui est bien peut se perdre à cause d’elle. C’est pourquoi il a pris soin de composer ce chapitre, afin que le corps du monastère puisse être uni ; s’il était divisé par le mal de la discorde, il ne pourrait pas tenir contre l’ennemi, de même qu’une cité, ou une armée divisée, combattant contre un adversaire, ne pourra vaincre : elle sera livrée aux mains de ses ennemis par ceux-là que tient le parti adverse. Il en serait de même si un monastère était divisé : non seulement les frères se perdraient, mais ceux-là qui peut-être auraient pu être bons, d’ordinaire se perdent. Saint Benoît pourchasse donc le mal de la discorde : il va jusqu’à ordonner de renvoyer du monastère le prieur lui-même, si celui-ci n’est pas humble, après avoir été démis de sa charge de prieur, pour que le diable, amoureux de la discorde, ne puisse avoir à l’intérieur de la communauté quelqu’un à lui par qui il puisse duper les autres.

(HILDEMAR DE CORBIE [? – v.850], Commentaire de la Règle de saint Benoît, Traduction française de Sœur Michèle-Marie Caillard osb d’après le texte latin édité par le Père Rupert Mittermüller osb, Préface par le Père Jean-Pierre Longeat osb, abbé émérite de Ligugé, Saint-Léger Éditions, 2015, p. 675)









 19 août

Ne point rendre le mal pour le mal.
(Règle de Saint Benoît 4,29)



La Règle de Saint Benoît…

RB 63,10-19 (Le rang à garder dans la communauté)

¹⁰Les plus jeunes honoreront donc leurs anciens; et les anciens auront de l'affection pour leurs cadets. ¹¹Lorsqu'ils se nommeront les uns les autres, il ne sera permis à personne de désigner quelqu'un par son seul nom, ¹²mais les anciens donneront aux plus jeunes le nom de Frères, et les plus jeunes à leurs anciens celui de Nonni, terme qui exprime la révérence à un père. ¹³Quant à l'abbé, parce qu'on croit fermement qu'il tient la place du Christ, il recevra l'appellation de Dominus et Abbé, non qu'il se l'arroge de lui-même, mais par honneur et amour du Christ. ¹⁴Aussi devra-t-il s'en pénétrer et se rendre digne d'un pareil honneur. ¹⁵Quand les frères se rencontreront, le plus jeune demandera à l'ancien sa bénédiction. ¹⁶Si un ancien vient à passer, le jeune se lèvera, lui fera place pour s'asseoir, et ne se permettra pas de se rasseoir que son ancien ne l'y ait invité. ¹⁷On accomplira ainsi ce qui est écrit: « Se prévenir d'honneur les uns les autres. » ¹⁸Les petits enfants et les adolescents garderont leur rang avec discipline, à l'oratoire et au réfectoire. ¹⁹Mais hors de là et en tout lieu, ils seront sous la garde et la surveillance de quelqu'un, jusqu'à ce qu'ils aient atteint un âge où domine la raison.

… pour chaque jour

Il faut remarquer et bien montrer comment les jeunes ont à honorer leurs anciens, et les plus jeunes révérer les anciens, car il ne vaut rien de le dire seulement avec des mots et de ne pas montrer comment on doit faire ; par exemple, comme un fils tendrement aimé manifeste du respect à son père, c’est-à-dire autant de respect que de tendresse, assurément ce jeune doit manifester à son ancien autant de respect que d’amour. D’un autre côté, autant qu’un père à son fils qu’il aime, manifeste avec tendresse, la profondeur de son amour, autant cet ancien doit manifester son affection au jeune qu’il aime.
(…)
Il importe de savoir que cette fraternité spirituelle est meilleure que la fraternité charnelle. Cassiodore dit que sont frères ceux qui aiment et sont aimés. 

(HILDEMAR DE CORBIE [? – v.850], Commentaire de la Règle de saint Benoît, Traduction française de Sœur Michèle-Marie Caillard osb d’après le texte latin édité par le Père Rupert Mittermüller osb, Préface par le Père Jean-Pierre Longeat osb, abbé émérite de Ligugé, Saint-Léger Éditions, 2015, p. 649-650)









 21 juillet

… L’abbé se conduira avec discernement et modération.
(Règle de Saint Benoît 64,17)



La Règle de Saint Benoît…

RB 42,1-11 (Que personne ne parle après complies)

¹Les moines doivent s'appliquer au silence en tout temps, mais principalement pendant la nuit. ²C'est pourquoi, en toute saison, soit que l'on jeûne, soit que l'on dîne, ³si c'est une époque où l'on dîne, aussitôt après le repas du soir, les frères iront s'asseoir tous ensemble en un même lieu: l'un d'eux lira les Conférences ou les Vies des Pères ou quelque autre chose qui puisse édifier les auditeurs. ⁴On ne lira pourtant pas alors l'Heptateuque ou le livre des Rois, parce qu'il ne serait pas bon pour les esprits faibles d'entendre, à cette heure-là, cette partie de l'Ecriture. On pourra la lire à d'autres moments. ⁵Donc, en période de jeûne, après le chant des Vêpres, suivi d'un court intervalle, les frères se rendront promptement à la lecture dont nous avons parlé. ⁶On lira quatre ou cinq feuillets, ou autant que l'heure le permettra, ⁷tandis que tous s'empressent de rejoindre la réunion pendant la durée de cette lecture, y compris ceux qui auraient été occupés à quelque obédience. ⁸Tous étant ainsi assemblés, on récitera Complies. Au sortir de cette Heure, il ne sera plus permis à personne de dire quoi que ce soit. ⁹Si quelqu'un viole cette règle du silence, il sera puni rigoureusement ; ¹⁰on excepte les cas urgents d'hospitalité ou un ordre de l'abbé. ¹¹Mais, même en ces circonstances, tout se fera avec une extrême gravité et une parfaite retenue.

… pour chaque jour

Il faut bien reconnaître que saint Benoît se donne beaucoup de mal à propos du silence. Parfois il demande de « parler avec gravité », comme on a au 11ième degré d’humilité. Parfois il demande de « ne pas parler jusqu’à ce qu’on soit interrogé », comme au 8ième degré d’humilité. Parfois il demande « un silence parfait », comme à table. Parfois, « surtout aux heures de la nuit », comme on vient d’avoir dans ce chapitre, parfois [il demande que les frères] ne se joignent pas aux heures indues, comme au chapitre 48 (vs 21). Quand il ajoute une précision au mot « silence », « parfait », « surtout » ou qu’il dit : « il ne sera plus permis à personne de dire quoi que ce soit » ou « que les frères ne se joignent pas », ou « avec quiconque », c’est qu’il veut qu’il n’y ait aucune requête, aucune demande, ni question. De même qu’il se donne du mal à propos de la volonté propre, il s’en donne aussi à propos du silence, car le silence représente une mortification. Comme le dit le prophète, le silence est le gardien de la justice : là où il n’y a pas le silence, aucune justice ne peut se rencontrer, car il y a murmure et autre mauvaise parole, c’est pourquoi il s’est donné tant de mal pour la garde du silence. 

(HILDEMAR DE CORBIE, Commentaire de la Règle de saint Benoît, Traduction française de Sœur Michèle-Marie Caillard osb d’après le texte latin édité par le Père Rupert Mittermüller osb, Préface par le Père Jean-Pierre Longeat osb, abbé émérite de Ligugé, Saint-Léger Éditions, 2015, p. 509)









 17 juillet

Se prévenir d’honneur les uns les autres.
(Règle de Saint Benoît 63,17)



La Règle de Saint Benoît…

RB 38,1-12 (Le lecteur de la semaine)

¹La lecture ne doit jamais manquer à la table des frères. Il ne faut pas que, au hasard, quelqu'un s'empare du livre et fasse la lecture; mais un lecteur désigné pour toute la semaine entrera en fonction le dimanche. ²Avant de commencer sa semaine, après la Messe et la Communion, il demandera à toute la communauté de prier pour lui afin que Dieu le préserve de l'esprit d'orgueil. ³À cet effet, tous diront trois fois dans l'oratoire ce verset après lui: « Seigneur, ouvre mes lèvres et ma bouche annoncera ta louange. » ⁴Et ayant ainsi reçu la bénédiction, il entrera en fonction. ⁵On gardera un silence parfait à table en sorte qu'on n'y entende aucun chuchotement ni parole, mais seulement la voix du lecteur. ⁶Quant aux choses nécessaires pour la nourriture et la boisson, les frères se les serviront mutuellement de façon que personne n'ait besoin de rien demander. ⁷Si toutefois il leur manque quelque chose, ils le demanderont plutôt par quelque signe que par la parole. ⁸Que personne n'ait la hardiesse de faire à ce moment des questions sur la lecture ou sur quelque autre sujet, pour ne donner aucun prétexte à la dissipation. ⁹Toutefois le supérieur pourra dire quelques mots pour l'édification, s'il le juge à propos. ¹⁰Le lecteur de semaine prendra le "mixte". ¹¹La lecture finie, il prendra son repas avec les semainiers et les serviteurs de la cuisine. ¹²Au reste, les frères ne liront et ne chanteront point chacun à son tour, mais ceux-là seulement qui édifient les auditeurs.

… pour chaque jour

Saint Benoît a encore adopté un ordre juste pour ce passage. Il avait à parler de la nourriture et de la boisson pour le corps, et il commence par parler du lecteur de la table, de la nourriture spirituelle : la nourriture spirituelle l’emporte sur la nourriture du corps, il faut donc, dans l’ordre, la placer avant. En cela il est clair et manifeste qu’un moine, à table, ne doit pas prendre une nourriture corporelle, avant que l’homme intérieur ait pris une nourriture spirituelle. De là vient cette habitude de la lecture au réfectoire. Comme le raconte Cassien au Quatrième Livre des Institutions (ch. 17), les moines cappadociens, les premiers, commencèrent à lire au réfectoire pour les frères qui mangent, afin d’éviter bavardages et disputes, qui surgissent souvent au cours des repas. Les moines égyptiens gardaient une telle sévérité dans le silence, que, tandis qu’ils mangeaient, ils tenaient les yeux recouverts de leurs capuchons ; Cassien écrit :

« Quant aux lectures spirituelles qui sont faites pendant les repas de la communauté, nous savons que cela ne vient pas de la règle des Égyptiens, mais de celle des Cappadociens. Il ne fait de doute pour personne que ce n’est pas tant dans un but de formation spirituelle que pour empêcher les conversations inutiles et plus encore les disputes auxquelles donnent souvent lieu les repas, qu’ils ont voulu prendre cette décision, voyant qu’ils ne pouvaient autrement empêcher des désordres. En effet, chez les Égyptiens, et surtout chez les Tabennésiotes, tous gardent un tel silence que, bien qu’ils soient très nombreux à être assis ensemble pour se restaurer, personne n’ose même parler tout bas, sauf celui qui est à la tête de sa décanie ; et encore, si celui-ci s’aperçoit qu’il est nécessaire d’ajouter ou de retirer quelque chose sur la table, il le fait plutôt savoir par un signal que par la parole. 
Et tandis qu’ils se nourrissent, la règle du silence est gardée avec tant de soin que, les capuchons rabattus sur les paupières pour empêcher le regard d’errer avec curiosité, ils ne regardent rien d’autre que la table et les mets qui y sont posés ou qu’ils y prennent. Ainsi, personne n’a connaissance de la façon ou de la quantité que mange son voisin. »

Il faut considérer ce à quoi le moine fait attention quand il mange ; jusqu’à ce qu’ils aient tout mangé, on doit toujours lire. De nos jours, on ne lit pas seulement pour éviter bavardages et scandale, mais encore pour édifier. 

(HILDEMAR DE CORBIE, Commentaire de la Règle de saint Benoît, Traduction française de Sœur Michèle-Marie Caillard osb d’après le texte latin édité par le Père Rupert Mittermüller osb, Préface par le Père Jean-Pierre Longeat osb, abbé émérite de Ligugé, Saint-Léger Éditions, 2015, p. 467-468)



 






 14 juillet

On n’accordera pas facilement l’entrée du monastère
à celui qui vient s’y engager dans la vie religieuse…
(Règle de Saint Benoît 58,1)



La Règle de Saint Benoît…

RB 35,12-18 (Les semainiers de la cuisine)

¹²Une heure avant le repas, les semainiers prendront chacun, en sus de la portion ordinaire, un coup à boire et du pain ; ¹³de cette façon, à l'heure du repas, ils serviront leurs frères sans murmure et sans trop de fatigue. ¹⁴Mais les jours solennels, ils attendront jusqu'au renvoi de l'office. ¹⁵Ceux qui entreront en semaine et ceux qui en sortiront, se prosterneront, dans l'oratoire, à la fin des Laudes du dimanche, aux genoux de tous, et leur demanderont de prier pour eux. ¹⁶Le sortant dira ce verset: « Tu es béni, Seigneur Dieu, toi qui m'as aidé et consolé. » ¹⁷L'ayant dit trois fois, il recevra la bénédiction. Celui qui entre en charge lui succédera et dira: « Dieu, viens à mon aide, hâte-toi de me secourir. » ¹⁸Ce verset ayant été répété de même trois fois par tous les frères, il recevra la bénédiction et entrera en charge.

… pour chaque jour

C’est une habitude des moines en effet, dans toutes les œuvres tant spirituelles que matérielles, quand ils commencent quelque chose, de dire trois fois ce verset. C’est pourquoi saint Benoît a demandé de le répéter trois fois. Il faut remarquer la force de ce verset, pour mieux y être attentifs lorsque nous le disons. Il a bien dit d’abord « Dieu », et ensuite, « à mon secours », puisque en tout premier lieu, le nom de Dieu doit être prononcé et invoqué, après quoi, il faut demander son secours. Qui demande du secours ? Celui-là qui est engagé dans quelque travail, dans un combat, ou une épreuve : il a donc besoin d’un secours pour poursuivre ou pour en sortir, c’est pourquoi il demande à être aidé.
« Viens » ; Dieu intervient de plusieurs manières : parfois pour punir, parfois pour aider, parfois, qui plus est, pour récompenser. Puisque celui-ci avait besoin d’être aidé, c’est un secours qu’il a demandé.
« Seigneur, hâte-toi de me secourir ». C’est une habitude des prophètes de répéter parfois les mêmes mots avec le même sens, et parfois de reprendre ce même sens mais avec d’autres mots, comme c’est le cas ici : « Dieu, viens à mon aide, hâte-toi me secourir », c’est-à-dire : Seigneur mon Dieu, aide-moi en regardant vers moi. C’est la même chose de dire d’abord « Dieu » puis « Seigneur » et « viens à mon aide », et d’ajouter : « hâte-toi de me secourir » : le sens est le même. 

(HILDEMAR DE CORBIE, Commentaire de la Règle de saint Benoît, Traduction française de Sœur Michèle-Marie Caillard osb d’après le texte latin édité par le Père Rupert Mittermüller osb, Préface par le Père Jean-Pierre Longeat osb, abbé émérite de Ligugé, Saint-Léger Éditions, 2015, p. 443-444)



  






 13 juillet

Qu’en tout Dieu soit glorifié.
(Règle de Saint Benoît 57,8)



La Règle de Saint Benoît…

RB 35,1-11 (Les semainiers de la cuisine)

¹Les frères se serviront mutuellement. Personne ne sera dispensé du service de la cuisine, sinon pour cause de maladie ou pour quelque occupation de grande utilité. ²Par cet exercice, en effet, on acquiert plus de mérite et de charité. ³On donnera des aides à ceux qui sont faibles, afin qu'ils s'acquittent de leur tâche sans tristesse. ⁴Tous auront ainsi des aides, selon que le demandera l'état de la communauté ou la situation du lieu. ⁵Si la communauté est nombreuse, le cellérier sera dispensé du service de la cuisine, ainsi que ceux qui, comme nous l'avons dit, sont occupés à des besognes plus utiles ; ⁶mais tous les autres se serviront mutuellement avec charité. ⁷Celui qui sort de semaine fera, le samedi, les nettoyages. ⁸Il lavera les linges avec lesquels les frères s'essuient les mains et les pieds. ⁹Aidé de celui qui entre en service, il lavera les pieds de tous les frères. ¹⁰Il remettra au cellérier, propres et en bon état, les objets de son office. ¹¹Le cellérier les passera à celui qui entre en semaine; il saura ainsi ce qu'il donne et ce qu'il reçoit.

… pour chaque jour

Le Bienheureux Benoît ordonne que tous exercent le service de la cuisine et il en donne la raison : « Par là on acquiert plus de mérite et de charité ». Le « mérite » évoque la récompense, la « charité », la concorde et l’amour fraternel. Il est bien que le mérite appelle la récompense, car ce service de la cuisine demande de la peine. Ils ne sont pas rares ceux qui désirent exercer une autre obédience plutôt que servir à la cuisine, à cause de la peine. À celui qui a une si grande peine reviendra, auprès de Dieu, une récompense aussi grande.
Là aussi s’accomplit un devoir de charité : « Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites le vous-mêmes pour eux ». En vérité, quand il précise : « que personne ne soit dispensé du service de la cuisine, sauf en cas de maladie, ou si l’on a une occupation de grande utilité », c’est pour bien distinguer : il aurait laissé quelque chose de confus s’il n’avait pas lui-même précisé.
En cas de maladie, cela ne fait aucun doute : celui qui est couché dans son lit, retenu par la maladie, on sait bien qu’il ne peut remplir le service de la cuisine.
À propos de l’occupation de grande utilité, il semble qu’il y ait un doute : il arrive souvent qu’il y ait un motif de grande utilité, cependant la communauté ne le sait pas et, pour cette raison, suppose moins grande cette utilité. Mais il arrive aussi souvent que le motif soit moins utile, et que la communauté n’en sache rien, aussi encourage-t-elle le frère à rester au même endroit, à s’occuper avant tout de l’obédience qu’il exerce, dispensé de l’office de la cuisine. Il faut donc faire attention : s’il le peut, que l’abbé expose à tous ce motif de grande utilité, dans quelle mesure, dans la concorde et la charité fraternelle, le frère est dispensé de la cuisine : alors le frère en sera déchargé. Par contre, l’abbé ne pouvant pas exposer aux frères ce motif qui le dispense de la cuisine, il en résultera plus de discorde entre les frères : il verra qu’il est mieux de renoncer à ce motif, que le frère remplisse son service à la cuisine, plutôt que de mépriser la charité fraternelle ; qu’il garde ce motif de grande utilité pour une meilleure occasion, car la charité est plus importante qu’une action terrestre. 

(HILDEMAR DE CORBIE, Commentaire de la Règle de saint Benoît, Traduction française de Sœur Michèle-Marie Caillard osb d’après le texte latin édité par le Père Rupert Mittermüller osb, Préface par le Père Jean-Pierre Longeat osb, abbé émérite de Ligugé, Saint-Léger Éditions, 2015, p. 437-438)