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pour chaque jour
Menaces et douceurs, il n’est pas difficile de s’adapter selon les
personnes : aux méchants, il doit inspirer la crainte, aux bons prodiguer
des douceurs. Mais quand il doit faire tout cela pour une seule et même
personne, c’est très difficile. (…)
« … Qu’il montre la sévérité d’un maître, et la tendresse d’un
père. » D’autres livres disent : « qu’il montre les
sentiments d’un maître sévère et d’un tendre père. » Selon la première
formulation, cela signifie : qu’il montre parfois les dispositions sévères
du maître, et parfois l’affection d’un tendre père. Selon la seconde :
parfois qu’il montre les sentiments d’un maître sévère, et parfois les
sentiments d’un père tendre ou encore : il doit se montrer parfois maître
sévère, parfois tendre père. Sévère veut dire qui fait peur, cruel :
c’est-à-dire qu’il doit convaincre avec plus de dureté les indociles et les
turbulents.
« Indocile » a trois
sens : d’abord est indocile celui qui ne comprend pas, n’a pas honte de la
peine de l’excommunication. Est encore indocile, celui qui comprend et a honte
de l’excommunication et pourtant, à cause de la violence du péché, il retombe
dans ce péché-là. Enfin est indocile celui qui, comprenant ou ne comprenant
pas, a honte, mais dit cependant ne pas vouloir se plier à la discipline. (…)
« Turbulents ». De même
que le corps peut n’être pas en paix, de même l’esprit. « Le trouble »
du corps, c’est le va-et-vient d’un endroit à un autre. L’agitation de l’esprit
est une instabilité de l’esprit. Il y a quatre manières d’être turbulent :
on peut avoir l’esprit et le corps agités ; l’esprit agité, mais le corps
en paix : dans ce cas on ne peut le reprendre, car on ne sait pas s’il
agit de simulation. On peut avoir l’esprit en paix, mais le corps agité :
c’est bien et c’est pourquoi on ne doit pas l’accuser en raison de son
obéissance, c’est son corps qui n’est pas en paix. Il y a encore deux manières
d’avoir l’esprit et le corps inquiets. Tel a l’esprit et le corps inquiets, à
cause de son obéissance. Le corps de tel autre est agité, cependant son esprit
obéit avec joie : si on ne peut le reprendre, c’est qu’il cache
l’agitation de son esprit sous le vêtement de l’obéissance. (…)
Il y a celui dont le corps et l’esprit sont agités : lui seul peut
être jugé ; s’il n’est pas obéissant c’est parce que l’agitation de son
esprit se manifeste en son corps ; quant à l’agitation de son corps, elle
vient de celle de son âme. Celui-là non plus ne peut pas rester en un même
lieu. Son agitation nécessite qu’il soit repris plus durement.
« Obéissants », c’est
presque une manière de dire « ceux qui écoutent bien », car ce
qu’ils ont entendu avec leurs oreilles, ils l’accomplissent par des actes. On
parle de trois manières d’être obéissants : beaucoup obéissent seulement à
l’abbé et aux autres supérieurs, par crainte ou par flatterie, ou autre chose
de ce genre, et aux autres, ils refusent d’obéir. Leur obéissance n’est pas
pure ; si elle l’était, c’est-à-dire si elle était à cause de Dieu, ils la
montreraient aussi aux autres.
D’autres obéissent seulement à trois ou quatre frères, par flatterie ou
toute autre cause : ils ne veulent obéir ni à l’abbé, ni à tous les autres
supérieurs, mais seulement à ces autres (frères). Leur obéissance n’est pas
pure : ils n’obéissent pas par amour de Dieu. S’ils obéissaient par amour,
ils obéiraient aux autres. C’est pourquoi, il ne faut pas les « supplier
(de progresser) », comme ceux dont il est question plus haut, mais les
reprendre plus sévèrement.
Il y en a enfin qui obéissent, par amour de Dieu, aussi bien à l’abbé ou
aux autres supérieurs qu’à tous les frères : ceux-là seulement on peut les
« supplier (de progresser) ».
(HILDEMAR DE CORBIE [? – v.850], Commentaire de la Règle de saint
Benoît, Traduction française de Sœur Michèle-Marie Caillard osb d’après le
texte latin édité par le Père Rupert Mittermüller osb, Préface par le Père
Jean-Pierre Longeat osb, abbé émérite de Ligugé, Saint-Léger Éditions, 2015, p.
118-121)