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 26 juin

Se prévenir d’honneur les uns les autres.
(Règle de Saint Benoît 63,17)



La Règle de Saint Benoît…

RB 19,1-7 (Le maintien pendant la psalmodie)

¹Partout nous croyons fermement que Dieu est présent et que les yeux du Seigneur considèrent en tout lieu les bons et les méchants. ²Mais surtout il faut le croire fermement lorsque nous assistons à l'office divin. ³Ayons donc toujours dans la mémoire ce que dit le Prophète: « Servez le Seigneur dans la crainte. » ⁴Et encore: « Psalmodiez avec sagesse. » ⁵Et: « Je te chanterai en présence des anges. » ⁶Considérons donc comment nous devons nous tenir en présence de Dieu et de ses Anges, ⁷et tenons-nous pour psalmodier de manière que notre esprit soit en accord avec notre voix.



… pour chaque jour

J’ai chanté Vêpres ce soir, à moitié absent car je n’étais pas particulièrement concentré. Mais la force des images et de la musique m’emportait. L’ampleur de nos voix mâles ! Quelle grande force il y avait dans l’air qui envoyait les notes à l’assaut des poutres de bois en coque de bateau, pareille à la voûte céleste. C’était quelque chose de divin et, à la fois, j’en faisais partie en le regardais de l’extérieur sans comprendre. Qui que soit Dieu, Il était là et moi aussi. L’odeur de l’encens montait jusqu’à mes narines et stimulait mon âme. J’étais faible et fort à cet instant : l’immensité de Dieu et son excellence se mêlant à ma petitesse et la maintenant à sa hauteur, la maintenant à l’ouvrage en quelque sorte, en me laissant parvenir, tout aussi invraisemblable que ce soit, à être présent, à être où est la Vie, là où elle se manifeste, inexplicable et superbement présente, imprévisible dans ses myriades de nuances, renouvelée à chaque heure et à chaque minute. 

(JEREMY DRISCOLL osb [°1951 - …], L’Alphabet du Moine – Moments de silence dans un monde qui change, Éd. Salvator, Paris, 2008, p. 83)









 21 mai

L’abbé témoignera à tous une égale charité…
(Règle de Saint Benoît 2,22)



La Règle de Saint Benoît…

RB 4,44-62 (Les instruments des bonnes œuvres)

⁴⁴Craindre le jour du jugement.
⁴⁵Redouter l'enfer.
⁴⁶Désirer la vie éternelle de toute l'ardeur de l'esprit.
⁴⁷Avoir chaque jour la menace de la mort devant les yeux.
⁴⁸Veiller à toute heure sur les actions de sa vie.
⁴⁹Tenir pour certain qu'en tout lieu Dieu nous regarde.
⁵⁰Briser contre le Christ les pensées mauvaises, sitôt qu'elles naissent dans le cœur, et les découvrir à un père spirituel.
⁵¹Garder sa langue de tout propos mauvais ou pernicieux.
⁵²Ne pas aimer à beaucoup parler.
⁵³Ne pas dire de paroles vaines ou qui portent à rire.
⁵⁴Ne point aimer le rire lourd ou bruyant.
⁵⁵Entendre volontiers les saintes lectures.
⁵⁶S'appliquer fréquemment à la prière.
⁵⁷Confesser chaque jour à Dieu dans la prière avec larmes et gémissements ses fautes passées,
⁵⁸et, de plus, se corriger de ses fautes.
⁵⁹Ne pas accomplir les désirs de la chair.
⁶⁰Haïr sa volonté propre.
⁶¹Obéir en tout aux ordres de l'abbé, même si, à Dieu ne plaise, il agit autrement; se souvenant du précepte du Seigneur: « Faites ce qu'ils disent, mais ce qu'ils font, ne le faites pas. »
⁶²Ne pas vouloir être appelé saint avant de l'être, mais le devenir d'abord, alors on le sera appelé avec plus de vérité.

… pour chaque jour

Un homme solide que je connais est en train de mourir. Il est âgé. Sa vie entière a été une lutte, remplie de sa souffrance et de celle des autres. Qu’il soit encore vivant à quatre-vingt-dix ans passés est un miracle. Il a survécu à de douzaines de situations critiques. Il a toujours été fort physiquement et psychologiquement.
Parmi ceux qui meurent lentement, que ce soit d’une longue maladie ou seulement du vieil âge, j’ai vu diverses formes de mort. Certaines sont paisibles et sereines ; d’autres peuvent devenir un combat physique et spirituel acharné. Souvent les personnes fortes sont incapables de mourir facilement. Ce n’est pas par manque de foi. Peut-être cela provient-il de l’habitude. Les personnes qui sont devenues fortes en étant contraintes d’affronter des situations difficiles ont été dans l’obligation d’exercer un contrôle continu pour maintenir la cohérence des situations. Et puisque de fait, la mort est une lente perte de contrôle, de telles personnes peuvent le vivre de façon très difficile. C’est un choc immense et une expérience comparativement nouvelle. Pourtant il faut l’accepter et le vivre bien sûr.
En chacun de nous il y a une lumière, notre moi primordial, qui survit à la mort, en vérité, qui est libéré par la mort parce que ce moi primordial ne peut s’identifier à nos corps même s’il est intimement relié au corps à travers notre vie corporelle. En mourant, il faudrait que nous nous concentrions sur cette lumière primordiale et que nous tendions vers elle. Je veux faire passer ce message à ce vieil homme que j’aime. Et je pense que, quand mon tour viendra, j’aurai besoin que quelqu’un le fasse pour moi. 

(JEREMY DRISCOLL osb [°1951 - …], L’Alphabet du Moine – Moments de silence dans un monde qui change, Éd. Salvator, Paris, 2008, p. 21-22)









 10 avril

L’homme estimera que Dieu, du haut du ciel,
le regarde à tout moment.
(Règle de Saint Benoît 7,13)



La Règle de Saint Benoît…

RB 57,1-9 (Les artisans du monastère)

¹S'il y a des artisans dans le monastère, ils exerceront leur métier en toute humilité, à la condition que l'abbé le leur permette. ²Si l'un d'eux venait à s'enorgueillir de ce qu'il sait faire, se persuadant qu'il apporte quelque profit au monastère, ³on lui interdira l'exercice de son métier et il ne s'en occupera plus, à moins qu'il ne se soit humilié et que l'abbé ne lui ait commandé d'y retourner. ⁴Si l'on doit vendre des ouvrages de ces artisans, ceux qui feront la transaction se garderont bien de commettre aucune fraude. ⁵Ils se souviendront toujours d'Ananie et de Saphire, de peur que la mort que ceux-ci subirent dans leur corps, ils ne la subissent dans leur âme, ⁶eux et tous ceux qui commettraient de la fraude au sujet des biens du monastère. ⁷Pour ce qui concerne les prix, on verra à ce que l'avarice ne s'y glisse pas. ⁸Au contraire, on vendra un peu moins cher que les séculiers, ⁹« afin qu'en tout Dieu soit glorifié. »



… pour chaque jour

Dans la tradition monastique matériel et spirituel ne sont pas des pôles opposés ou les extrémités opposées d’un spectre lumineux. Il est vrai que le spirituel est le plus noble des deux et l’objet de la quête du moine ; mais le matériel est l’instrument de l’Esprit, son serviteur heureux et consentant. Il se transcende lui-même à travers les utilisations que l’on fait de lui. Et ainsi, par souci pour leur environnement matériel, dans chaque tranche imaginable de leurs vies, les moines incarnent et expriment une histoire spirituelle qui serait autrement insaisissable. Cet échange entre spirituel et matériel, entre création et un petit morceau d’histoire, s’épanouit dans des valeurs articulées par la tradition monastique et qui, entre autres choses, affecte l’architecture et toute l’organisation de l’environnement physique. Ces valeurs trouvent leur expression dans la conception de pratiquement tout qui se construit, dans chaque disposition qui est prise, dans chaque décision.

(JEREMY DRISCOLL osb, L’Alphabet du Moine – Moments de silence dans un monde qui change, Éd. Salvator, Paris, 2008, p. 121)









 3 décembre

Avant tout, aimer le Seigneur Dieu
de tout son cœur,
de toute son âme,
de toute sa force.
(Règle de Saint Benoît 4,1)



La Règle de Saint Benoît…

RB 52,1-5 (L'oratoire du monastère)

¹L'oratoire sera ce que signifie son nom. On n'y fera et on n'y déposera rien d'étranger à sa destination. ²Après l'Œuvre de Dieu, tous les frères sortiront dans un profond silence, et ils auront pour Dieu la révérence qui lui est due ; ³de la sorte, si peut-être un frère veut y prier en son particulier, il n'en sera pas empêché par l'importunité d'autrui. ⁴D'ailleurs, si, à d'autres moments, un moine veut faire discrètement oraison, qu'il entre simplement et qu'il prie: non pas avec des éclats de voix, mais avec larmes et ferveur du cœur. ⁵À qui ne se conduirait pas ainsi, on ne permettra donc pas de demeurer à l'oratoire après l'Œuvre de Dieu, de peur, comme il a été dit, qu'il ne gêne autrui.

Ms Abbaye de Maredret

… pour chaque jour

J’ai bâillé à l’église aujourd’hui, l’air complètement hagard et puis je me suis senti un peu coupable. J’ai pensé que je ne me comporterais pas de la sorte en présence de quelqu’un à qui j’étais attaché et que je respectais ou en présence de quelqu’un dont je voulais qu’il ait un bonne opinion de moi. Alors pourquoi étais-je si désinvolte en présence de Dieu ? Mais alors une pensée plus bienveillante a suivi de près la timide manifestation de ma culpabilité. On aurait dit que cette pensée était directement, généreusement envoyée par Dieu. Voici ce qu’elle disait : nous tombons parfois dans cette sorte de désinvolture avec Dieu parce que nous avons une vague notion que Dieu a largement l’habitude de nos fonctions corporelles de toute façon et qu’en vérité, il en est le brillant initiateur. Et donc il peut être acceptable de bâiller davantage lorsqu’on prie que lorsqu’on est en compagnie d’un amant, d’un ami ou de son patron.

(JEREMY DRISCOLL osb, L’Alphabet du Moine – Moments de silence dans un monde qui change, Éd. Salvator, Paris, 2008, p. 38)










 22 août

Qu’en tout Dieu soit glorifié.
(Règle de Saint Benoît 57,8)


Faune & flore au Moulin...

La Règle de Saint Benoît…

RB 65,1-10 (Le prieur du monastère)

¹Bien souvent il arrive que l'établissement du prieur fasse naître de graves conflits dans les monastères. ²Il s'en trouve, en effet, qui, enflés d'un méchant esprit d'orgueil, s'imaginent être de seconds abbés, et qui, s'attribuant une autorité sans contrôle, entretiennent des conflits et causent des dissensions dans la communauté. ³Cela se produit surtout en ces lieux où le prieur est établi par le même évêque ou par les mêmes abbés que l'abbé lui-même. ⁴On voit aisément combien cette manière de faire est absurde. C'est elle, qui, dès le début de son institution, donne au prieur matière à s'enorgueillir. ⁵Elle lui suggère qu'il est soustrait au pouvoir de son abbé, ⁶puisque: « Toi aussi, se dira-t-il, tu as été établi par ceux-là mêmes qui ont institué l'abbé. » ⁷De là surgissent des jalousies, des conflits, des détractions, des rivalités, des cabales, les pires désordres. ⁸Or, si l'abbé et le prieur sont opposés de sentiments, il est impossible que, dans une telle discorde, leurs âmes ne se trouvent pas en danger. ⁹Ceux également qui vivent sous leur conduite, prenant partie pour l'un ou pour l'autre, vont à leur perte. ¹⁰De ce péril sont responsables au premier chef ceux qui se sont faits les auteurs d'un pareil dérèglement.

❋ ❋ ❋

… pour chaque jour

Ma chambre, avec ses fenêtres ouvertes, est envahie par des coccinelles et des doryphores. Cela m’est égal, bien que je souhaite qu’il n’y en ait pas autant. Pourtant ces insectes sont discrets et ont l’air propres, contrairement aux mouches maintenant léthargiques que j’écraserais volontiers de la première jusqu’à la dernière. Cet après-midi d’octobre est magnifique. L’air est clair et chaud. Le soleil au-dessus de la vallée révèle une féerie de couleurs : des vingtaines de sortes de verts dans les champs et les arbres, de merveilleuses gammes de bruns dans d’autres champs et sur les feuilles qui changent de couleur, des jaunes et des oranges et des rouges sur d’autres feuilles, même une belle tache de noir dans un champ voisin qu’on a brûlé hier.

Pourquoi cette vision ne me calme-t-elle pas et ne m’apporte-t-elle pas la paix ? Parce que tout cela passe, je crois, et que même maintenant, presque personne ne le voit. Et même si on le voyait, à quoi bon ? Qu’est-ce que cela veut dire ? À quoi tout cela sert-il ?

Les insectes arrivent dans ma chambre parce qu’ils savent qu’il fera bientôt trop froid pour eux. Cela ne tardera pas. Il n’est pas besoin d’attendre l’hiver. Le froid de l’automne les anéantira. Ici à l’intérieur, avec moi, ils vivront un peu plus longtemps. Mais encore une fois, à quoi bon ? Il n’y a rien d’étonnant à ce que nous ayons mis en place des manières de vivre qui nous rendent insensibles à tout ce qui nous entoure, y compris les uns vis-à-vis des autres. Qui peut absorber autant de mystère ? Qui peut supporter le fardeau que ce mystère représente ? Il y a mille ans, il y a dix mille ans il y aurait eu un après-midi éclatant comme celui d’aujourd’hui à cette époque de l’année. Des insectes seraient entrés en masse avec les premiers froids. Qu’étaient ces jours-là alors ? Qu’est ce jour maintenant ? 

(JEREMY DRISCOLL osb, L’Alphabet du Moine – Moments de silence dans un monde qui change, Éd. Salvator, Paris, 2008, p. 108-109)


Faune & flore au Moulin...





 17 juin

L’abbé, une fois établi,
pensera sans cesse à la nature du fardeau qu’il a reçu,
et à Celui à qui il devra rendre compte de son administration. 
Qu’il sache qu’il lui faut aider bien plus que régir.
(Règle de Saint Benoît 64,7-8)



La Règle de Saint Benoît…

RB 13,12-14 (Comment célébrer les laudes aux jours ordinaires)

¹²Il est entendu que les offices des Laudes et des Vêpres ne devront jamais se conclure sans que le supérieur dise, en dernier lieu, en entier, au milieu de l'attention générale, l'oraison dominicale, à cause des épines de querelles qui ont accoutumé de se produire. ¹³Ainsi, les frères, engagés par la promesse qu'ils font en cette oraison: « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons », se purifieront de ces sortes de fautes. ¹⁴Mais aux autres Heures, il suffira de dire tout haut la dernière partie de cette oraison, en sorte que tous répondent: « Mais délivre-nous du mal. »

✥ ✥ ✥

… pour chaque jour

Quand les disciples de Jésus lui demandèrent de leur enseigner à prier, il leur apprit la prière si familière aux Chrétiens qu’ils utilisent encore aujourd’hui, la prière du Seigneur. On l’appelle de la sorte parce que celui que les Chrétiens appellent Seigneur et Maître la leur a donnée. Jésus répondit à la requête des disciples en disant : « Quand vous priez, dites : ‘Notre Père qui est aux cieux’ » C’est Jésus qui a enseigné cette prière et qui l’exprime de façon unique et complète. Les Chrétiens croient que c’est lui qu’ils prient à travers eux. Ou encore pour le dire de façon différente, ils prient en communion avec lui. En priant avec lui, ils apprennent que le paradis n’est pas tant un lieu qu’une manière d’être. Quand ils disent : « Qui êtes aux cieux », ils ne veulent pas dire « qui est ailleurs » ; plutôt, ils reconnaissent au Père du ciel majesté et souveraineté sur le monde matériel et le cours entier de l’histoire humaine. Son essence est d’être avant la création et il sera encore après la fin du monde. Le paradis est supposé être le « lieu » de notre avenir, où nous sommes destinés à pouvoir partager pour toujours l’essence de Dieu, dans son avant et après. Quand je dis cette prière et reconnais la présence d’un Père dans les cieux, je pénètre mystérieusement en quelque sorte, dans le royaume où je suis destiné demeurer pour toujours, au cœur du flot éternel de l’Amour. Paradoxalement, alors, à ce moment, le paradis se révèle comme intérieur à moi plutôt qu’en quelque sorte désespérément au-delà. Le Christ me fait ce cadeau. Dans le Christ le paradis et la terre sont unis pour toujours. 

(JEREMY DRISCOLL osb, L’Alphabet du Moine – Moments de silence dans un monde qui change, Éd. Salvator, Paris, 2008, p. 142-143)









 20 mai

L’homme estimera que Dieu, du haut du ciel,
le regarde à tout moment.
(Règle de Saint Benoît 7,13)



La Règle de Saint Benoît…

RB 4,22-43 (Les instruments des bonnes œuvres)

²²Ne point se mettre en colère.
²³Ne point se réserver un temps pour la vengeance.
²⁴Ne pas nourrir de fausseté dans son cœur.
²⁵Ne point donner une fausse paix.
²⁶Ne jamais perdre la charité.
²⁷Ne point jurer, de peur de se parjurer.
²⁸Dire la vérité de cœur comme de bouche.
²⁹Ne point rendre le mal pour le mal.
³⁰Ne pas faire d'injustice, mais supporter patiemment celles qu'on nous fait.
³¹Aimer ses ennemis.
³²Ne pas maudire ceux qui nous maudissent mais plutôt les bénir.
³³Souffrir persécution pour la justice.
³⁴N'être point orgueilleux.
³⁵Ni adonné au vin.
³⁶Ni grand mangeur.
³⁷Ni endormi.
³⁸Ni paresseux.
³⁹Ni murmurateur.
⁴⁰Ni détracteur.
⁴¹Mettre en Dieu son espérance.
⁴²Si l'on voit en soi quelque bien, l'attribuer à Dieu et non à soi-même.
⁴²Se reconnaître, au contraire, toujours auteur du mal qui est en soi et se l'imputer.


… pour chaque jour

Notre monde et notre culture sont un monde et une culture qui ont perdu le sens de la nature et la conscience de la présence de Dieu. Bien plus que nous n’en sommes conscients, nous sommes certainement abîmés intérieurement par le génocide et tous les conflits absurdes qui ont marqué le siècle qui s’achève. Comment suis-je supposé me conduire dans ce lieu magnifique où la nature rayonne quand je sais les monstruosités que ma race a perpétré et perpètre encore ? Est-il normal pour moi d’être en vie quand tellement d’autres vies ont été si cruellement fauchées ? Je pense à tous les gens merveilleux que je connais, à la profonde bonté et la beauté unique de chacun d’entre eux. Je ne connais personne qui soit un monstre. Alors qui sont-ils ceux qui sont des monstres ? Comment cela est-il possible ? Les justes sont-ils aussi coupables d’une certaine façon ? 

(JEREMY DRISCOLL osb, L’Alphabet du Moine – Moments de silence dans un monde qui change, Éd. Salvator, Paris, 2008, p. 106)

* Enluminure - Ms Abbaye de Maredret











2 mai

Toutes les fois qu’il y aura dans le monastère
quelque affaire importante à décider,
l’abbé convoquera toute la communauté
et exposera lui-même ce dont il s’agit.
(Règle de Saint Benoît 3,1)



La Règle de Saint Benoît…

RB Prologue 1-7

¹Ecoute, mon fils, les préceptes du Maître et prête l'oreille de ton cœur. Reçois volontiers l'enseignement d'un si bon père et mets-le en pratique, ²afin de retourner par l'exercice de l'obéissance à celui dont t'avait éloigné la lâcheté de la désobéissance. ³C'est à toi donc maintenant que s'adresse ma parole, à toi, qui que tu sois, qui renonces à tes volontés propres et prends les fortes et nobles armes de l'obéissance, afin de combattre pour le Seigneur Christ, notre véritable Roi. ⁴Avant tout, demande-lui par une très instante prière qu'il mène à bonne fin tout bien que tu entreprennes; ⁵ainsi, après avoir daigné nous admettre au nombre de ses enfants, il n'aura pas sujet, un jour, de s'affliger de notre mauvaise conduite. ⁶Car, en tout temps, il faut avoir un tel soin d'employer à son service les biens qu'il a mis en nous, que non seulement il n'ait pas lieu, comme un père offensé, de priver ses fils de leur héritage, ⁷mais encore qu'il ne soit pas obligé, comme un maître redoutable et irrité de nos méfaits, de nous livrer à la punition éternelle, tels de très mauvais serviteurs qui n'auraient pas voulu le suivre jusqu'à la gloire.


… pour chaque jour

La façon dont on peut peut-être condenser le plus justement les valeurs monastiques bénédictines se trouve dans l’injonction qui ouvre la Sainte Règle de saint Benoît : « Écoute. » La vie monastique est une façon de vivre consacrée à l’art entraîné de l’écoute. Saint Benoît dit : « Écoute attentivement, mon fils, les instructions du maître et mets-les en application avec l’oreille de ton cœur. » Considérant le contexte immédiat dans lequel il parle, saint Benoît fait référence aux paroles du Seigneur telles qu’elles sont exprimées dans les termes de la Sainte Règle. Mais au cours des siècles les moines ont appris en écoutant précisément que le domaine de ce qu’ils écoutent ne cessera de s’étendre.

Entre autres choses, les moines écoutent le lieu où ils vivent ; et tout ce qu’ils y font, tout ce qu’ils construisent et organisent, s’efforce d’améliorer cette écoute. Cette écoute vient de l’échange entre le lieu et ceux qui y vivent. Ainsi, par exemple, dans mon monastère l’on écoute, et avec les oreilles du cœur, l’on s’occupe d’une colline, d’un grand nombre d’arbres, de vues magnifiques, de la lumière des heures du jour et de la nuit qui s’écoulent, des saisons et du temps qu’il fait à l’époque de chacune d’entre elles. Et pourquoi ? Parce que les moines sont supposés écouter Dieu partout. Par-dessus tout ils sont là pour l’entendre dans sa parole sainte, les Écritures, que toutes les habitudes monastiques ont pour but de promouvoir et mettre en pratique. Mais cette parole même enseigne aux moines que la création elle-même est déjà message de Dieu. Elle enseigne aussi que puisqu’ils vivent dans le temps, disons un petit moment de l’histoire, les chrétiens sont supposés vivre leur rédemption en construisant et semant, en travaillant et priant, en créant une culture qui exprime leur Bonne Nouvelle sous toute forme qui la célébrera et la partagera.

(JEREMY DRISCOLL osb, L’Alphabet du Moine – Moments de silence dans un monde qui change, Éd. Salvator, Paris, 2008, p. 71-72.)

* Enluminure - Ms Abbaye de Maredret













 27 février

Ne point rendre le mal pour le mal.
(Règle de Saint Benoît 4,29)




La Règle de Saint Benoît...

RB 22,1-8 (Comment dormiront les moines)

¹Les moines dormiront chacun dans un lit à part. ²Ils recevront une literie selon leur genre de vie et suivant qu'en aura disposé leur abbé. ³Si faire se peut, ils dormiront tous dans un même lieu. Si le trop grand nombre ne le permet pas, ils reposeront par dix ou par vingt, avec des anciens qui veilleront sur eux. ⁴Une lumière éclairera le dortoir continuellement jusqu'au matin. ⁵Ils dormiront vêtus, ceints d'une ceinture ou d'une corde. En dormant, ils n'auront point leurs couteaux à leur côté de peur que, pendant le sommeil, ils ne viennent à se blesser tout en dormant. ⁶Que les moines soient toujours prêts. Au signal donné, ils se lèveront aussitôt et s'empresseront à l'envi à l'Œuvre de Dieu, en toute gravité néanmoins et modestie. ⁷Les plus jeunes frères n'auront point leurs lits placés les uns près des autres, mais entremêlés parmi ceux des anciens. ⁸En se levant pour l'Œuvre de Dieu, les moines s'encourageront doucement les uns les autres, afin d'ôter tout sujet d'excuse aux somnolents.

✽ ✽ ✽

... pour chaque jour

a chienne que j’avais quand j’étais enfant avait une taille qui permettait à son museau d’être au niveau de mon lit. Ceci permettait la communication tôt le matin. Il lui était facile de me faire savoir quand elle souhaitait me voir réveillé et debout. Elle fourrait son museau humide sur mon visage et accompagnait le geste de gémissements. Ensuite elle reculait un peu et agitait les pieds dans un mouvement du haut vers le bas, comme si elle trépignait, les griffes de ses pattes produisant un cliquetis sur le carrelage. Le premier coup ne manquait jamais de me réveiller, et elle observait de près les signes révélateurs. Alors je continuais à faire semblant de dormir, et la supercherie évidente la frustrait. Le coup qui suivait était toujours précédé de gémissements et du cliquetis des pattes. Elle y allait plus fort cette seconde fois en commençait aussi à me lécher. Je bougeais un peu, en essayant de rendre mon prétendu sommeil crédible. Mais elle savait, et elle savait que je savais qu’elle savait. Gémissements retenus, cliquetis permanent. Je finissais par me tourner et par la regarder dans les yeux. Tout son corps se mettait à se tortiller à la joie d’une nouvelle journée ensemble.

Cette relation a eu un effet profond sur ma vie, et je veux en porter le témoignage. L’une de mes premières expériences d’appréhension du monde est l’admiration qu’ont suscitée ma chienne et son humour mais aussi l’ingéniosité du Créateur et son humour. Entre autres liens, je suis en relation avec toutes sortes d’animaux qui peuplent cette terre avec moi et souhaitent y vivre. Ils ont de nombreux aspects charmants, et grâce à certains de leurs émissaires, je suis relié à eux tous, appréciant leurs différences et me réjouissant des possibilités de contact. La truffe humide au bout du museau du chien et ses yeux animés – tout le règne animal vient me réveiller pour un jour nouveau dans ce monde qui est le nôtre. 

(JEREMY DRISCOLL osb, L’Alphabet du Moine – Moments de silence dans un monde qui change, Éd. Salvator, Paris, 2008, p. 129-130)

* initiale - Ms Abbaye de Maredret