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 21 septembre

Écoute, mon fils, et prête l’oreille de ton cœur…
(Règle de Saint Benoît – Prologue 1)



La Règle de Saint Benoît…

RB 4,63-78 (Les instruments des bonnes œuvres)

⁶³Accomplir, tous les jours, par ses œuvres les préceptes de Dieu.
⁶⁴Aimer la chasteté.
⁶⁵Ne haïr personne.
⁶⁶Ne pas avoir de jalousie.
⁶⁷Ne pas agir par envie.
⁶⁸Ne pas aimer à contester.
⁶⁹Fuir l'élèvement.
⁷⁰Vénérer les anciens.
⁷¹Aimer les plus jeunes.
⁷²Par amour du Christ, prier pour ses ennemis.
⁷³Se réconcilier avant le coucher du soleil, avec qui on est en discorde.
⁷⁴Et ne jamais désespérer de la miséricorde de Dieu.
⁷⁵Voilà quels sont les instruments de l'art spirituel.
⁷⁶Si, jour et nuit, sans relâche, nous nous en servons, quand, au jour du jugement, nous les remettrons, le Seigneur nous donnera la récompense qu'il a promise lui-même:
⁷⁷« Ce que l'œil n'a pas vu, ce que l'oreille n'a pas entendu, ce que Dieu a préparé pour ceux qui l'aiment. »
⁷⁸Or l'atelier où nous devons travailler diligemment avec tous ces instruments, c'est le cloître du monastère avec la stabilité dans la communauté.



… pour chaque jour

VOULOIR LA SAINTETÉ

L'être d'abord. Saint Benoît n'a guère évoqué le portrait du saint qu'il attend de voir se développer chez le moine. Nous pouvons en tout cas deviner qu'il regarde du côté de ceux qui l'ont précédé, les "saints Pères" qui accomplissaient en un jour une tâche que nous étalons sur une semaine (18,25). Ou encore, ceux dont la pratique amène l'homme jusqu'aux sommets de la perfection (73,2), ceux qui enseignent le droit chemin pour parvenir au Créateur (73,4), avec parmi eux le grand saint Basile (73,5).
À voir le respect avec lequel Benoît parle de la "sainte Pâque" (15,1; 41,1; 49,7), comme aussi des "jours saints" (49,3) qui doivent y conduire, on ne risque pas de se tromper en affirmant que, pour lui, la véritable sainteté plonge ses racines dans le mystère pascal. Peut-il d'ailleurs en être autrement pour celui qui demande de ne rien préférer au Christ ? Peut-on avoir quelque intelligence et compréhension du Christ, en dehors de son vécu pascal ? Peut-on s'approcher de la sainteté du Christ sans emprunter son propre chemin ?
L'être d'abord. Qui en jugera ? Mais s'agit-il d'en juger ? S'agit-il d'une sorte d'antériorité chronologique, comme une étape à franchir pour obtenir un label d'authenticité ? Il s'agit plutôt de se tenir à la source, de la laisser produire de tous côtés de nombreux ruisseaux, pour former un jour la grande rivière à laquelle on donnera un nom.
L'être d'abord. Peut-être cela veut-il dire : perdre d'abord sa sainteté pour la trouver. Laisser à d'autres le soin de la nommer, pour autant qu'elle ait besoin d'être nommée. La "logique" de l'Evangile pourrait bien s'appliquer ici aussi. 

(P. NICOLAS DAYEZ osb [°1937 – 〸2021], Commentaire de la Règle de Saint Benoît, Maredsous)









 20 septembre

Tu parviendras avec la protection de Dieu…
(Règle de Saint Benoît 73,9)



La Règle de Saint Benoît…

RB 4,44-62 (Les instruments des bonnes œuvres)

⁴⁴Craindre le jour du jugement.
⁴⁵Redouter l'enfer.
⁴⁶Désirer la vie éternelle de toute l'ardeur de l'esprit.
⁴⁷Avoir chaque jour la menace de la mort devant les yeux.
⁴⁸Veiller à toute heure sur les actions de sa vie.
⁴⁹Tenir pour certain qu'en tout lieu Dieu nous regarde.
⁵⁰Briser contre le Christ les pensées mauvaises, sitôt qu'elles naissent dans le cœur, et les découvrir à un père spirituel.
⁵¹Garder sa langue de tout propos mauvais ou pernicieux.
⁵²Ne pas aimer à beaucoup parler.
⁵³Ne pas dire de paroles vaines ou qui portent à rire.
⁵⁴Ne point aimer le rire lourd ou bruyant.
⁵⁵Entendre volontiers les saintes lectures.
⁵⁶S'appliquer fréquemment à la prière.
⁵⁷Confesser chaque jour à Dieu dans la prière avec larmes et gémissements ses fautes passées,
⁵⁸et, de plus, se corriger de ses fautes.
⁵⁹Ne pas accomplir les désirs de la chair.
⁶⁰Haïr sa volonté propre.
⁶¹Obéir en tout aux ordres de l'abbé, même si, à Dieu ne plaise, il agit autrement; se souvenant du précepte du Seigneur: « Faites ce qu'ils disent, mais ce qu'ils font, ne le faites pas. »
⁶²Ne pas vouloir être appelé saint avant de l'être, mais le devenir d'abord, alors on le sera appelé avec plus de vérité.



… pour chaque jour

AIMER LA MORT ?

Peut-on vivre dans un tel environnement ? Et comment répondre alors à la requête de saint Benoît ? Comment apprivoiser cette voisine envahissante, sinon en l’amenant sur le terrain de l’amour ? Mais, aimer la mort, est-ce possible ?
On ne peut aimer que ce qui est vivant. Pour aimer la mort, il faut en faire une vivante. Elle est une dimension de ma vie, elle en marque certaines limites. À ce titre, elle en fait partie intégrante. Elle circonscrit l’espace à l’intérieur duquel il me faut évoluer. Elle y ouvre une porte aussi. En cela, plutôt que restreindre l’espace de ma vie, elle l’élargit, lui donne une autre dimension, un au-delà. C’est le sens de la résurrection du Christ, point de convergence de toute la vie du moine.
Menaçante, la mort ? Omniprésente certainement. On y est livré tous les jours (RB 7,38) ; elle convoque à la persévérance (RB Prol 50) ; elle marque l’héroïsme de l’obéissance (RB 7,34). Mais si elle se révélait vivante, qui refuserait d’aimer la vie ?
Elle ne peut se révéler vivante qu’à travers une personne vivante, ayant elle-même vécu et traversé la mort. Seul le Christ ressuscité peut ouvrir pareille perspective. Seul il peut introduire la lumière de l’amour dans cet univers réputé ténébreux.
Ne rien préférer au Christ, c’est aussi ne pas lui préférer la mort, puisqu’il est la Vie. 

(P. NICOLAS DAYEZ osb [°1937 – 〸2021], Commentaire de la Règle de Saint Benoît, Maredsous)












 19 septembre

Qui donc que tu sois,
qui te hâtes vers la patrie céleste,
accomplis avec l’aide du Christ,
cette toute petite Règle, écrite pour les débutants.
(Règle de Saint Benoît 73,8)



La Règle de Saint Benoît…

RB 4,22-43 (Les instruments des bonnes œuvres)

²²Ne point se mettre en colère.
²³Ne point se réserver un temps pour la vengeance.
²⁴Ne pas nourrir de fausseté dans son cœur.
²⁵Ne point donner une fausse paix.
²⁶Ne jamais perdre la charité.
²⁷Ne point jurer, de peur de se parjurer.
²⁸Dire la vérité de cœur comme de bouche.
²⁹Ne point rendre le mal pour le mal.
³⁰Ne pas faire d'injustice, mais supporter patiemment celles qu'on nous fait.
³¹Aimer ses ennemis.
³²Ne pas maudire ceux qui nous maudissent mais plutôt les bénir.
³³Souffrir persécution pour la justice.
³⁴N'être point orgueilleux.
³⁵Ni adonné au vin.
³⁶Ni grand mangeur.
³⁷Ni endormi.
³⁸Ni paresseux.
³⁹Ni murmurateur.
⁴⁰Ni détracteur.
⁴¹Mettre en Dieu son espérance.
⁴²Si l'on voit en soi quelque bien, l'attribuer à Dieu et non à soi-même.
⁴³Se reconnaître, au contraire, toujours auteur du mal qui est en soi et se l'imputer.



… pour chaque jour

PAS DE VENGEANCE 

Saint Paul invite ses correspondants à avoir en eux les sentiments qui furent ceux du Christ Jésus (Philip. 2, 5). Il aurait pu dire aussi : n’ayez pas les sentiments qui n’ont jamais trouvé place dans le cœur du Christ.
Les Evangiles ne nous cachent pas les saintes colères de Jésus à l’égard des
Pharisiens, des marchands du Temple et à l’égard de quiconque trompe la vérité. Jamais cependant, au grand jamais, l’instinct de vengeance n’inspire au Christ quelque geste que ce soit. D’aucune manière, la résurrection du Christ n’est une vengeance sur quiconque : ni sur Pilate, ni sur ceux qui ont été les artisans de la mort de Jésus. Celle-ci rachète tout le monde, sans exception.
En s’interdisant le temps de la vengeance, le moine donne donc un enseignement sur le Christ. Ou plutôt, il se laisse enseigner par lui, il se laisse envahir par lui. Nouveau signe de cette préférence absolue que le moine a pour vocation d’accorder au Christ. Le moine donne ainsi un véritable signal de résurrection, il se montre pascal, tel qu’il doit être ou devrait être en tout temps. 

(P. NICOLAS DAYEZ osb [°1937 – 〸2021], Commentaire de la Règle de Saint Benoît, Maredsous)









 18 septembre

Ne préférer absolument rien au Christ ;
qu’Il nous amène tous ensemble à la vie éternelle.
(Règle de Saint Benoît 72,11-12)



La Règle de Saint Benoît…

RB 4,1-21 (Les instruments des bonnes œuvres)

¹Avant tout, aimer le Seigneur Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa force.
²Ensuite, le prochain comme soi-même.
³Ensuite, ne point tuer.
⁴Ne point commettre d'adultère.
⁵Ne point voler.
⁶Ne point convoiter.
⁷Ne point porter faux témoignage.
⁸Honorer tous les hommes.
⁹Ne point faire à autrui ce qu'on ne veut pas qu'on nous fasse.
¹⁰Se renoncer à soi-même pour suivre le Christ.
¹¹Châtier son corps.
¹²Ne pas embrasser les délices.
¹³Aimer le jeûne.
¹⁴Soulager les pauvres.
¹⁵Vêtir qui est nu.
¹⁶Visiter les malades.
¹⁷Ensevelir les morts.
¹⁸Secourir qui est dans la tribulation.
¹⁹Consoler les affligés.
²⁰Rompre avec les affaires du monde.
²¹Ne rien préférer à l'amour du Christ.



… pour chaque jour

LA DOUBLE LOI DE L’AMOUR 

Au moment de déployer la panoplie des instruments dont le moine est invité à se servir, saint Benoît place en tête les deux commandements qui n'en font qu'un. Aimer le Seigneur de tout son cœur, aimer le prochain comme soi-même.
Il confirme ainsi ce que lui-même et ce que d'autres ont dit de sa règle : elle n'est qu'une mise en pratique de l'Evangile, sous la conduite duquel le moine cherche à avancer (Prologue 21).
Il confirme aussi que tout s'enracine dans l'amour, que tout s'édifie à partir de lui et que tout revient à lui. La liste des instruments des bonnes œuvres se termine là où elle a commencé. Ne jamais désespérer de la miséricorde de Dieu. Ne jamais se tenir en dehors du cœur de Dieu, ne jamais s'écarter du feu qui y brûle et qui brûle de nous voir brûler. Chaque instrument ne fait que traduire la double loi qui n'en est qu'une seule. Sans amour, le malade est laissé à lui-même, le mort n'est pas enseveli, le soleil se couche sur la colère, la présence de Dieu n'est pas perçue.
Aime le lien qui t'unit à Dieu et qui te rapproche de ton frère. 

(P. NICOLAS DAYEZ osb [°1937 – 〸2021], Commentaire de la Règle de Saint Benoît, Maredsous)









 7 septembre




La Règle de Saint Benoît…

RB Prologue 45-50 

⁴⁵C'est à cette fin que nous voulons fonder une école où l'on serve le Seigneur. ⁴⁶Dans cette institution, nous espérons ne rien établir de rude ni de pesant. ⁴⁷Si, toutefois, il s'y rencontrait quelque chose d'un peu rigoureux, qui fût imposé par l'équité pour corriger nos vices et sauvegarder la charité, ⁴⁸garde-toi bien, sous l'effet d'une crainte subite, de quitter la voie du salut dont les débuts sont toujours difficiles. ⁴⁹En effet, à mesure que l'on progresse dans la voie religieuse et dans la foi, le cœur se dilate, et l'on court dans la voie des commandements de Dieu, avec la douceur ineffable de l'amour. ⁵⁰Ne nous écartons donc jamais de son enseignement, et persévérant jusqu'à la mort dans sa doctrine au sein du monastère, participons par la patience aux souffrances du Christ pour mériter d'avoir part à son royaume. Amen.



… pour chaque jour

AIMER LES COMMENCEMENTS 

Toute la Règle est comme insérée dans deux mentions du commencement : le Prologue, pour inviter le moine à ne pas s’en effrayer, le dernier chapitre pour rappeler qu’avec la Règle, il y a seulement un commencement de la vie monastique. Pour surmonter les inévitables difficultés des commencements, tout comme pour ne pas être un éternel débutant, le moine doit faire preuve de beaucoup d’amour.
Mais qu’y a-t-il à aimer dans un commencement ? Le moine y retrouve une des grandes vertus monastiques : l’humilité. C’est en réalité la vertu du créateur et toute création suppose un commencement, qui déploiera ensuite toutes ses virtualités. Accepter de commencer, c’est reconnaître qu’il y a quelque chose ou quelqu’un qui n‘est pas encore là. Je ne suis pas tout et je n’ai pas tout immédiatement. Je dois me mettre en route, laisser et faire grandir le désir de Celui que je veux rencontrer.
Le remarque-t-on assez ? La liturgie célèbre essentiellement des commencements : annonciation, visitation, avent, nativité, entrée dans le peuple élu (circoncision), baptême,… Quant à la résurrection, elle recule à perte vue, c’est-à-dire à jamais, ce que nous considérons comme une fin. Quand saint Benoît demande de ne rien préférer à l’Office divin, il demande de ne rien préférer à la célébration de tous ces commencements. Ainsi tout commencement revient-il peut-être à une résurrection.
Quand le moine promet la stabilité, il promet d’aller toujours de commencement en commencement.
 

(P. NICOLAS DAYEZ osb [°1937 – 〸2021], Commentaire de la Règle de Saint Benoît, Maredsous)









 1 septembre

Qu’en tout Dieu soit glorifié.
(Règle de Saint Benoît 57,8)



La Règle de Saint Benoît…

RB Prologue 1-7

¹Écoute, mon fils, les préceptes du Maître et prête l'oreille de ton cœur. Reçois volontiers l'enseignement d'un si bon père et mets-le en pratique, ²afin de retourner par l'exercice de l'obéissance à celui dont t'avait éloigné la lâcheté de la désobéissance. ³C'est à toi donc maintenant que s'adresse ma parole, à toi, qui que tu sois, qui renonces à tes volontés propres et prends les fortes et nobles armes de l'obéissance, afin de combattre pour le Seigneur Christ, notre véritable Roi. ⁴Avant tout, demande-lui par une très instante prière qu'il mène à bonne fin tout bien que tu entreprennes; ⁵ainsi, après avoir daigné nous admettre au nombre de ses enfants, il n'aura pas sujet, un jour, de s'affliger de notre mauvaise conduite. ⁶Car, en tout temps, il faut avoir un tel soin d'employer à son service les biens qu'il a mis en nous, que non seulement il n'ait pas lieu, comme un père offensé, de priver ses fils de leur héritage, ⁷mais encore qu'il ne soit pas obligé, comme un maître redoutable et irrité de nos méfaits, de nous livrer à la punition éternelle, tels de très mauvais serviteurs qui n'auraient pas voulu le suivre jusqu'à la gloire.



… pour chaque jour

ÉCOUTE…  

Écoute. C’est le tout premier mot de la règle, celui qui commande tout le reste.
Il faut d’abord s’en donner les moyens. Écouter, c’est-à-dire faire taire tout ce qui dit le contraire autour de nous. Écraser la tyrannie envahissante du bruit dans toutes les formes, grossières et subtiles, qu’il revêt aujourd’hui. Cela suppose une capacité de s’arrêter, de tourner un bouton, d’éteindre, de prendre les moyens voulus pour laisser la place à ce qui doit être écouté. Redoutable ascèse déjà : il faut créer une cloche de silence dans le règne universel du bruit.
Si saint Benoît demande d’écouter, c’est qu’il y a quelque chose à entendre, quelqu’un plus exactement. Celui pour qui on est là dit quelque chose, il s’exprime, il communique. En tout cas, il a l’intention de le faire. Pour communiquer, il faut être au moins deux ; peut-être même trois, celui qui parle, celui qui écoute et celui qui surgit de cette communication, comme un être nouveau. Le messager, le récepteur et celui que tous deux deviennent quand ils se rencontrent.
Dès l’abord, saint Benoît propose au moine de se glisser dans le dialogue initié par Dieu « le Père », il lui propose de s’en faire l’auditeur, d’être d’abord celui qui va recevoir l’enseignement, avant et afin de devenir ce  « troisième » issu de la communion dans le dialogue ; avant et afin de redevenir ce « troisième » qu’il aurait toujours dû être ; avant et afin de retrouver la communion des volontés que Dieu a proposée dès le début à qui que ce soit.
C’est un véritable combat.
 

(P. NICOLAS DAYEZ osb [°1937 – 〸2021], Commentaire de la Règle de Saint Benoît, Maredsous)










 21 avril

Tempérer tellement toutes choses
que les forts désirent faire davantage
et que les faibles ne se dérobent pas.
(Règle de Saint Benoît 64,19)



La Règle de Saint Benoît…

RB 64,7-22 (L'institution de l'abbé)

⁷L'abbé, une fois établi, pensera sans cesse à la nature du fardeau qu'il a reçu, et à Celui à qui il devra rendre compte de son administration. ⁸Qu'il sache qu'il lui faut aider bien plus que régir. ⁹Il doit donc être docte dans la loi divine, afin de savoir et d'avoir où puiser les leçons anciennes et nouvelles. Qu'il soit chaste, sobre, miséricordieux ; ¹⁰que toujours il préfère la miséricorde à la justice, afin d'obtenir pour lui-même un traitement semblable. ¹¹Qu'il haïsse les vices, mais qu'il aime les frères. ¹²Dans la correction même, il agira avec prudence et sans excès, de crainte qu'en voulant trop racler la rouille, il ne brise le vase. ¹³Il aura toujours devant les yeux sa propre faiblesse, et se souviendra qu'il ne faut pas broyer le roseau déjà éclaté. ¹⁴Et par là nous n'entendons pas qu'il puisse laisser les vices se fortifier, mais qu'il les détruise avec prudence et charité, en adaptant les moyens à chaque caractère, comme nous l'avons déjà expliqué. ¹⁵Il s'efforcera plus à se faire aimer qu'à se faire craindre. ¹⁶Qu'il ne soit ni turbulent, ni inquiet; qu'il ne soit ni excessif, ni opiniâtre; qu'il ne soit ni jaloux, ni trop soupçonneux; sinon, il n'aura jamais de repos. ¹⁷Dans ses commandements, il sera prévoyant et circonspect. Dans les tâches qu'il distribuera, soit qu'il s'agisse des choses de Dieu, soit de celles du monde, il se conduira avec discernement et modération, ¹⁸et se rappellera la discrétion du saint patriarche Jacob, qui disait: « Si je fatigue mes troupeaux en les faisant trop marcher, ils périront tous en un jour. »  ¹⁹Imitant donc cet exemple et d'autres semblables de la discrétion, cette mère des vertus, qu'il tempère tellement toutes choses que les forts désirent faire davantage et que les faibles ne se dérobent pas. ²⁰Par-dessus tout, qu'il observe tous les points de la présente Règle, ²¹afin qu'après avoir bien servi, il s'entende adresser par le Seigneur cette parole au bon serviteur qui avait distribué le froment, en temps opportun, à ses compagnons : ²²« En vérité je vous le dis, le Maître l'établira sur tous ses biens. »



… pour chaque jour

ÉTABLIR UN CLIMAT TEMPÉRÉ
 
Le climat d’un lieu dépend de nombreux facteurs, plus ou moins variables. La température, naturellement, mais aussi l’altitude, le relief, l’humidité, la flore et la faune. Que, par exemple, la température se modifie sensiblement, c’est tout le climat et ses variables qui s’en ressentent, dans un sens ou dans l’autre.
Dans sa communauté, l’abbé est le responsable de cette sorte d’équilibre que nous appelons le climat tempéré, pour évoquer celui des pays où tout se rencontre : le tiède et le frais, le sec et l’humide, le calme et le venteux, la flore et la faune en grand nombre. Equilibre délicat et fécond, qui suppose un soleil qui ne soit ni trop envahissant, sous peine d’engendrer le désert, ni trop absent, sous peine d’amener la banquise.
Tempérer pour que puissent exister en un même lieu les forts, libres d’en vouloir davantage, et les faibles, invités à aller au-delà d’eux-mêmes. Ainsi l’abbé est appelé à être ce soleil, généreux sans tout assécher, retenu sans tout frigorifier. Tempéré, comme la gamme dont le tempérament ouvre la porte à chaque tonalité et autorise le passage de l’une à l’autre. Ainsi encore l’abbé, invité à faire en sorte que chaque tonalité puisse se faire entendre dans la communauté et s’harmoniser avec les autres. Exercice difficile que de s’accommoder ainsi aux caractères d’un grand nombre (2,31).
 

(P. NICOLAS DAYEZ osb [°1937 – 〸2021], Commentaire de la Règle de Saint Benoît, Maredsous)









 3 février

Ce que tu ne veux pas qu’on te fasse,
ne le fais pas à autrui.
(Règle de Saint Benoît 61,14)



La Règle de Saint Benoît…

RB 7,49-50 (L'humilité)

⁴⁹Voici le sixième degré d'humilité: le moine se trouve satisfait de tout ce qu'il y a de vil et de bas; en toutes les occupations qu'on lui donne, il s'estime comme un ouvrier incapable et indigne d'y réussir, ⁵⁰disant avec le Prophète: « J'ai été réduit à rien et je ne sais rien; je suis devenu comme une bête de somme devant toi et je suis toujours avec toi. »






… pour chaque jour

LE MOINE : RADICALEMENT INCOMPÉTENT ? 

Quand il lit ces lignes, le moine doit-il oublier l’affirmation si grandiose et si profonde de saint Irénée : « La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant » ? Mais comment inviter un moine à se montrer vivant et, en même temps, à trouver son bonheur dans de telles extrémités ? Comment faire fructifier un talent, s’il faut se considérer comme un mauvais ouvrier incompétent ?
La personne du Christ donne la réponse à cette question cruciale. Saint Paul l’a dit de façon indépassable. Le Fils de Dieu s’est abaissé jusqu’à passer finalement pour un ouvrier incapable, ayant seulement réussi à mourir sur une croix. Dieu l’a fait péché, dit encore saint Paul, lui faisant trouver son bonheur à partager cette extrémité, la dernière de toutes pour Dieu.
On ne peut lire ce sixième degré qu’avec les yeux du Christ. On ne peut le vivre qu’avec les sentiments du Christ. Le véritable travail du moine, c’est de faire son salut, d’opérer la conversion demandée par le Christ dans l’Evangile. Il sait aussi qu’au regard de toute œuvre, si prestigieuse soit-elle (l’histoire monastique n’en est pas dépourvue), faire son salut dépasse tout en importance. En tout travail, s’estimer incapable de réussir, c’est peut-être d’abord prendre conscience de cette distance. En dehors du Christ, on reste radicalement incompétent pour la franchir.
 

(P. NICOLAS DAYEZ osb [°1937 – 〸2021], Commentaire de la Règle de Saint Benoît, Maredsous)









 4 janvier

Se réconcilier avant le coucher de soleil,
avec qui on est en discorde.
(Règle de Saint Benoît 4,73)



La Règle de Saint Benoît…

RB Prologue 21-32

²¹Ceignons donc nos reins de la foi et de la pratique des bonnes œuvres; sous la conduite de l'Evangile, avançons dans ses chemins, afin de mériter de voir Celui qui nous a appelés dans son royaume. ²²Si nous voulons habiter dans la demeure de ce royaume, sachons qu'on n'y parvient que si l'on y court par les bonnes actions. ²³Mais interrogeons le Seigneur en lui disant avec le prophète: « Seigneur, qui habitera dans ta demeure? Qui reposera sur ta montagne sainte? » ²⁴Après cette demande, mes frères, écoutons la réponse du Seigneur; il nous montre la route de cette demeure en disant: ²⁵« C'est celui qui marche sans tache et accomplit la justice; ²⁶celui qui dit la vérité du fond de son cœur, qui n'a pas prononcé de parole trompeuse, ²⁷qui n'a pas fait de tort à son prochain, qui n'a pas accueilli des discours injurieux contre lui. » ²⁸C'est celui qui rejette loin des regards de son cœur l'esprit malin qui le tente, et les suggestions qu'il lui souffle, les réduit à rien, saisit les premiers rejetons de la pensée diabolique et les brise contre le Christ. ²⁹Ce sont ceux qui, craignant le Seigneur, ne s'enorgueillissent pas de leur bonne observance, mais qui, reconnaissant que le bien qui se trouve en eux ne peut venir d'eux-mêmes mais du Seigneur, ³⁰glorifient le Seigneur qui agit en eux, et lui disent avec le prophète: « Non pas à nous, Seigneur, non pas à nous, mais à ton nom donne la gloire. » ³¹De même l'apôtre Paul ne s'est rien attribué du succès de sa prédication, mais dit: « C'est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis », ³²et encore: « Que celui qui se glorifie, se glorifie dans le Seigneur. »



… pour chaque jour

MOINE SOUS TENTE ?

Lorsque, dans le Prologue de sa règle, saint Benoît évoque le lieu que le moine cherche à gagner durant toute sa vie, pour y habiter, il utilise le mot latin tabernaculum, dont la traduction littérale est tente (rendu ici par demeure). Voici donc le lieu de la stabilité définitive évoqué par la plus souple des façons d’habiter, la plus mobile, la plus transportable, la plus déplaçable. La chose mérite réflexion de la part du moine.
La tente se pose à même le sol, elle embrasse l’ « humus ». Tout naturellement, elle est une école d’humilité ; elle rappelle à l’homme ce qui est inscrit dans le nom même qui le désigne : humus, homme, humanité. Le dit-on assez ? Sous la tente où il habitera dans le royaume, le moine doit encore et toujours être humble devant Celui qui l’est au plus profond de lui-même, rempli de cette humilité qui lui fait ouvrir les richesses de son cœur à qui veut bien les recevoir.
Dans son modèle le plus réduit en tout cas, la tente induit l’intimité, le vivre ensemble, le partage de tout. Intimité avec Dieu : c’est bien ce que le moine recherche, ce pour quoi il vient au monastère, ce qui le motive en toutes choses, ce pour quoi il cherche à passer le seuil de la tente où réside le Seigneur : « Seigneur, qui habitera sous ta tente ? »
Souple, mobile, déplaçable, la tente se montre encore la plus sensible au monde qui l’entoure. Membrane vivante, elle vibre au moindre vent qui la caresse, elle tremble avec la terre, elle en épouse les fragilités, les dangers, les grandeurs aussi. Dans le silence profond de la nuit, elle voisine avec la beauté des étoiles ; au bord de la mer, elle capte le langage des vagues ; au sommet des montagnes, elle fait comme toucher du doigt les vastes paysages. Elle habite l’univers entier.
« Le Verbe s’est fait chair et il a planté sa tente parmi nous. »
 

(P. NICOLAS DAYEZ osb [°1937 – 〸2021], Commentaire de la Règle de Saint Benoît, Maredsous)