3 janvier
La
Règle de Saint Benoît…
RB
Prologue 14-20
…
pour chaque jour
Adam se cache pour n’avoir pas à se justifier, pour échapper à la responsabilité de sa vie. Ainsi se cache chaque homme, car chaque homme est Adam et dans la situation d’Adam. Afin d’échapper à la responsabilité de la vie vécue, l’existence est transformée en machine à cacher. Et c’est en se cachant ainsi et toujours de nouveau « de la Face de Dieu » qu’il s’enlise de plus en plus profondément dans la fausseté. De cette manière surgit une nouvelle situation qui, de jour en jour, de cachette en cachette, devient de plus en plus douteuse. Cette situation se laisse caractériser avec précision : l’homme ne peut échapper à l’œil de Dieu, mais, en cherchant à se cacher de lui, il se cache de lui-même. Certes, il y a bien en lui aussi un quelque chose qui le cherche, mais il empêche de plus en plus ce quelque chose de le trouver. C’est au milieu de cette situation que tombe la question de Dieu. Elle veut remuer l’homme, elle veut briser sa machine à cacher, elle veut lui montrer où il s’est fourvoyé, elle veut faire naître en lui le grand désir d’en sortir. Tout dépend à présent de savoir si l’homme acceptera de ne pas se dérober à la question. Certes, « le cœur battra » à quiconque quand elle frappera son oreille. Mais la machine lui permet également de se rendre maître de cette émotion du cœur. La voix, en effet, ne s’accompagne pas d’un orage qui met en péril la vie de l’homme ; c’est « la voix d’un silence semblable à un souffle » (die Stimme eines verschwebenden Schweigens) (cf. I Rois 19,12), et il est aisé de l’assourdir. Aussi longtemps que cela se produit, la vie de l’homme ne peut devenir chemin. Quelle que soit la grandeur du succès, de la jouissance d’un homme, quelle que soit l’importance de son pouvoir, quelque colossale que soit son œuvre : sa vie demeure sans chemin aussi longtemps qu’il n’affronte pas la voix. Adam affronte la voix, il reconnaît l’enlisement, il avoue : « Je me suis caché », et c’est là que commence le chemin de l’homme. Le retour décisif sur soi-même est le commencement du chemin dans la vie de l’homme, toujours de nouveau le commencement du chemin humain. Mais il n’est décisif, justement, que s’il mène au chemin. Car il existe aussi un retour sur soi-même infécond, qui ne mène à rien d’autre qu’au tourment, au désespoir et à l’enlisement encore plus profond.
(MARTIN BUBER [°1878 – 〸1965], LE CHEMIN DE
L’HOMME d’après la doctrine hassidique, Éditions du Rocher, 1999, p. 12-14)


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