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3 janvier

Ne pas vouloir être appelé saint avant de l’être,
mais le devenir d’abord,
alors on le sera appelé avec plus de vérité.
(Règle de Saint Benoît 4,62)



La Règle de Saint Benoît…

RB Prologue 14-20

¹⁴Le Seigneur, cherchant son ouvrier dans la foule du peuple à laquelle il crie, dit encore: ¹⁵« Quel est l'homme qui veut la vie et désire voir des jours heureux ? ». ¹⁶Que si, à cette demande, tu lui réponds: « C'est moi », Dieu te réplique: ¹⁷« Si tu veux avoir la vie véritable et éternelle, interdis le mal à ta langue et à tes lèvres toute parole trompeuse; détourne-toi du mal et fais le bien; cherche la paix avec ardeur et persévérance. ¹⁸Et lorsque vous agirez de la sorte, mes yeux seront sur vous et mes oreilles attentives à vos prières, et avant même que vous ne m'invoquiez, je vous dirai: ‘Me voici.' » ¹⁹Quoi de plus doux, frères très chers, que cette voix du Seigneur qui nous invite? ²⁰Voyez comme le Seigneur lui-même, dans sa bonté, nous montre le chemin de la vie.



… pour chaque jour

[…] aussitôt qu’il entendra et comprendra la question biblique comme lui étant personnellement adressée, (il) prendra nécessairement conscience de ce que cela signifie, lorsque Dieu demande : « Où es-tu ? » (Gn 3,9), que la question soit adressée à Adam ou à quiconque. Quand Dieu questionne ainsi, ce n’est pas pour que l’homme lui apprenne une chose qu’il ne saurait pas encore ; il veut provoquer en l’homme quelque chose qui précisément n'est provoqué que par une telle question, à condition qu’elle touche l’homme au cœur, que l’homme se laisse toucher au cœur par elle.
Adam se cache pour n’avoir pas à se justifier, pour échapper à la responsabilité de sa vie. Ainsi se cache chaque homme, car chaque homme est Adam et dans la situation d’Adam. Afin d’échapper à la responsabilité de la vie vécue, l’existence est transformée en machine à cacher. Et c’est en se cachant ainsi et toujours de nouveau « de la Face de Dieu » qu’il s’enlise de plus en plus profondément dans la fausseté. De cette manière surgit une nouvelle situation qui, de jour en jour, de cachette en cachette, devient de plus en plus douteuse. Cette situation se laisse caractériser avec précision : l’homme ne peut échapper à l’œil de Dieu, mais, en cherchant à se cacher de lui, il se cache de lui-même. Certes, il y a bien en lui aussi un quelque chose qui le cherche, mais il empêche de plus en plus ce quelque chose de le trouver. C’est au milieu de cette situation que tombe la question de Dieu. Elle veut remuer l’homme, elle veut briser sa machine à cacher, elle veut lui montrer où il s’est fourvoyé, elle veut faire naître en lui le grand désir d’en sortir. Tout dépend à présent de savoir si l’homme acceptera de ne pas se dérober à la question. Certes, « le cœur battra » à quiconque quand elle frappera son oreille. Mais la machine lui permet également de se rendre maître de cette émotion du cœur. La voix, en effet, ne s’accompagne pas d’un orage qui met en péril la vie de l’homme ; c’est « la voix d’un silence semblable à un souffle » (die Stimme eines verschwebenden Schweigens) (cf. I Rois 19,12), et il est aisé de l’assourdir. Aussi longtemps que cela se produit, la vie de l’homme ne peut devenir chemin. Quelle que soit la grandeur du succès, de la jouissance d’un homme, quelle que soit l’importance de son pouvoir, quelque colossale que soit son œuvre : sa vie demeure sans chemin aussi longtemps qu’il n’affronte pas la voix. Adam affronte la voix, il reconnaît l’enlisement, il avoue : « Je me suis caché », et c’est là que commence le chemin de l’homme. Le retour décisif sur soi-même est le commencement du chemin dans la vie de l’homme, toujours de nouveau le commencement du chemin humain. Mais il n’est décisif, justement, que s’il mène au chemin. Car il existe aussi un retour sur soi-même infécond, qui ne mène à rien d’autre qu’au tourment, au désespoir et à l’enlisement encore plus profond.
 

(MARTIN BUBER [°1878 – 〸1965], LE CHEMIN DE L’HOMME d’après la doctrine hassidique, Éditions du Rocher, 1999, p. 12-14)








 

 9 février

… Attendre la sainte Pâque avec la joie du désir spirituel.
(Règle de Saint Benoît 49,7)



La Règle de Saint Benoît…

RB 7,62-70 (L'humilité)

⁶²Voici le douzième degré d'humilité: le moine non seulement possède cette vertu dans son cœur, mais encore la manifeste au dehors par son attitude. ⁶³À l'Œuvre de Dieu, à l'oratoire, dans le monastère, au jardin, en chemin, aux champs, qu'il soit assis, en marche ou debout, il aura toujours la tête inclinée, le regard fixé à terre ⁶⁴se sentant à toute heure chargé de ses péchés, il se voit déjà traduit devant le tribunal redoutable de Dieu, ⁶⁵et répète toujours dans son cœur ce que le publicain de l'Evangile disait, les yeux fixés à terre: « Seigneur, je ne suis pas digne, moi, pécheur, de lever les yeux vers le ciel »; ⁶⁶et encore avec le Prophète: « Je me tiens courbé et humilié de toute manière. » ⁶⁷Après avoir gravi tous ces degrés d'humilité, le moine parviendra bientôt à cet amour de Dieu, qui, devenu parfait, bannit la crainte. ⁶⁸Grâce à cet amour, il accomplira sans peine, comme naturellement et par habitude, ce qu'auparavant il n'observait qu'avec frayeur. ⁶⁹Il n'agira plus sous la menace de l'enfer, mais par amour du Christ, par l'accoutumance même du bien et par l'attrait des vertus. ⁷⁰Voilà ce que le Seigneur daignera manifester dans son serviteur, purifié de ses défauts et de ses péchés, grâce à l'Esprit-Saint.

… pour chaque jour

Un Tsaddik enseigne : « Il est dit à la fin de l’Ecclésiaste : ‘Au terme des choses, on entend le tout : crains Dieu !’ Quelle que soit la chose au bout de laquelle tu parviennes, là, à son terme, tu entends invariablement ceci : ‘Crains Dieu’, et ceci est le tout. Il n’existe rien au monde qui ne t’indique une voie vers la crainte de Dieu et le service de Dieu. Tout est commandement. » Mais notre véritable mission dans ce monde où nous avons été placés ne saurait être en aucun cas de nous détourner de choses et d’êtres que nous rencontrons et qui attirent à eux notre cœur ; c’est, au contraire, précisément d’entrer en contact, par la sanctification du lien qui nous rattache à eux, avec ce qui en eux se manifeste en tant que beauté, en tant que sentiment de bien-être, en tant que jouissance. Le Hassidisme enseigne que la joie éprouvée au contact du monde conduit, si nous la sanctifions de notre être tout entier, à la joie en Dieu.

(MARTIN BUBER [°1878 – 〸1965], LE CHEMIN DE L’HOMME d’après la doctrine hassidique, Éditions du Rocher, 1999, p. 22)









 18 janvier

C’est de bon cœur
que les disciples doivent obéir parce que
« Dieu aime celui qui donne joyeusement ».
(Règle de Saint Benoît 5,16)



La Règle de Saint Benoît…

RB 4,1-21 (Les instruments des bonnes œuvres)

¹Avant tout, aimer le Seigneur Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa force.
²Ensuite, le prochain comme soi-même.
³Ensuite, ne point tuer.
⁴Ne point commettre d'adultère.
⁵Ne point voler.
⁶Ne point convoiter.
⁷Ne point porter faux témoignage.
⁸Honorer tous les hommes.
⁹Ne point faire à autrui ce qu'on ne veut pas qu'on nous fasse.
¹⁰Se renoncer à soi-même pour suivre le Christ.
¹¹Châtier son corps.
¹²Ne pas embrasser les délices.
¹³Aimer le jeûne.
¹⁴Soulager les pauvres.
¹⁵Vêtir qui est nu.
¹⁶Visiter les malades.
¹⁷Ensevelir les morts.
¹⁸Secourir qui est dans la tribulation.
¹⁹Consoler les affligés.
²⁰Rompre avec les affaires du monde.
²¹Ne rien préférer à l'amour du Christ.

… pour chaque jour

« Tout ce qu’il t’est donné de faire, fais-le avec toute ta force ! » Voici comment le Baal-Shem interprétait ce verset de l’Écriture : ce qu’on fait, on doit le faire avec tous ses membres, c’est-à-dire : il faut y impliquer également tout l’être corporel de l’homme ; des éléments qui composent sa personne, aucun ne doit rester extérieur à l’action. Quand l’homme devient une telle unité, une unité formée du corps et de l’esprit, l’œuvre qu’il réalise est une œuvre d’une seule pièce. 

(MARTIN BUBER [°1878 – 〸1965], LE CHEMIN DE L’HOMME d’après la doctrine hassidique, Éditions du Rocher, 1999, p. 31)









 11 août

L’abbé témoignera à tous une égale charité… 
(Règle de Saint Benoît 2,22)



La Règle de Saint Benoît…

RB 58,1-16 (La manière de recevoir les frères)

¹On n'accordera pas facilement l'entrée à celui qui vient s'y engager dans la vie religieuse ; ²mais on fera ce que dit l'Apôtre: « Eprouvez les esprits pour discerner s'ils sont de Dieu. » ³Si le postulant persévère à frapper à la porte, et s'il supporte patiemment les rebuffades et les difficultés qui lui sont faites à son entrée, et s'il persiste dans sa demande depuis quatre ou cinq jours, ⁴il obtiendra alors la permission d'entrer. Il passera quelques jours dans le logis des hôtes. ⁵Ensuite, il passera dans le logis des novices, où ils méditent, mangent et dorment. ⁶On lui donnera, pour le conduire, un ancien qui soit apte à gagner les âmes et qui veillera sur lui très attentivement. ⁷Il examinera avec attention si le novice cherche vraiment Dieu, s'il est attentif à l'Œuvre de Dieu, à l'obéissance et aux humiliations. ⁸On lui fera connaître toutes les choses dures et âpres par lesquelles on va à Dieu. ⁹S'il promet de persévérer en sa résolution, alors, après deux mois, on lui lira cette Règle tout au long, ¹⁰et on lui dira: « Voici la loi sous laquelle tu veux militer. Si tu peux l'observer, entre; sinon, tu es libre de te retirer. » ¹¹S'il persiste, on le reconduira au susdit logement des novices, et on se remettra à éprouver de toute manière sa patience. ¹²Au bout de six mois, on lui lira encore la Règle, afin qu'il sache à quoi il s'engage. ¹³S'il persévère toujours, après quatre autres mois, on lui relira encore une fois la même Règle. ¹⁴Si enfin, après mûre délibération, il promet de la garder dans tous ses points et d'observer tout ce qui est commandé, il sera reçu dans la communauté, ¹⁵sachant au surplus que, en vertu de la Règle, il ne lui est plus permis, à partir de ce jour, de sortir du monastère, ¹⁶ni de secouer le joug de cette Règle, qu'après une aussi longue délibération il a été à même de refuser ou d'accepter.

… pour chaque jour

Nous avons entendu que chaque homme doit faire retour sur soi-même, qu’il doit embrasser sa voie particulière, qu’il doit unifier son être, qu’il doit commencer par soi-même ; or voici qu’à présent on nous dit qu’il faut s’oublier soi-même. Pourtant, il n’est que d’y prêter l’oreille plus attentivement pour constater que cette dernière exhortation non seulement s’accorde parfaitement avec les autres, mais qu’elle s’intègre dans le tout comme un élément nécessaire, un stade nécessaire, à la place qui lui revient. Il suffit de poser cette seule question : « Pourquoi ? » Pourquoi faire retour sur moi-même, pourquoi embrasser ma voie particulière, pourquoi unifier mon être ? Et voici la réponse : pas pour moi. C’est ce qui explique également l’exhortation du chapitre précédent : commencer par soi-même. Commencer par soi, mais non finir par soi ; se prendre pour point de départ, mais non pour but ; se connaître, mais non se préoccuper de soi. 

(MARTIN BUBER [°1878 – 〸1965], LE CHEMIN DE L’HOMME d’après la doctrine hassidique, Éditions du Rocher, 1999, p. 42)









 19 janvier

Mettre en Dieu son espérance.
(Règle de Saint Benoît 4,41)



La Règle de Saint Benoît…

RB 4,22-43 (Les instruments des bonnes œuvres)

²²Ne point se mettre en colère.
²³Ne point se réserver un temps pour la vengeance.
²⁴Ne pas nourrir de fausseté dans son cœur.
²⁵Ne point donner une fausse paix.
²⁶Ne jamais perdre la charité.
²⁷Ne point jurer, de peur de se parjurer.
²⁸Dire la vérité de cœur comme de bouche.
²⁹Ne point rendre le mal pour le mal.
³⁰Ne pas faire d'injustice, mais supporter patiemment celles qu'on nous fait.
³¹Aimer ses ennemis.
³²Ne pas maudire ceux qui nous maudissent mais plutôt les bénir.
³³Souffrir persécution pour la justice.
³⁴N'être point orgueilleux.
³⁵Ni adonné au vin.
³⁶Ni grand mangeur.
³⁷Ni endormi.
³⁸Ni paresseux.
³⁹Ni murmurateur.
⁴⁰Ni détracteur.
⁴¹Mettre en Dieu son espérance.
⁴²Si l'on voit en soi quelque bien, l'attribuer à Dieu et non à soi-même.
⁴³Se reconnaître, au contraire, toujours auteur du mal qui est en soi et se l'imputer.


Ms Abbaye de Maredret

… pour chaque jour


Il s’agit du conflit entre trois principes dans l’être et dans la vie de l’homme : le principe de la pensée, le principe de la parole et le principe de l’action. Tout conflit entre moi-même et mes semblables vient de ce que je ne dis pas ce que je pense et que je ne fais pas ce que je dis. Car, de ce fait, la situation entre moi-même et autrui s’embrouille et s’envenime toujours à nouveau et de plus en plus ; quant à moi, dans mon délabrement intérieur, désormais tout à fait incapable de la maîtriser, me voici devenu, à l’encontre de toutes mes illusions, son esclave docile. Par notre contradiction, par notre mensonge nous alimentons et aggravons les situations conflictuelles et nous leur donnons pouvoir sur nous jusqu’à ce qu’elles nous réduisent à l’esclavage. Pour en sortir, une seule issue : comprendre le revirement : tout dépend de moi, et vouloir le revirement : je veux me rajuster.
Mais pour être à la hauteur de cette grande tâche, l’homme doit d’abord, par-delà tout le fatras de choses sans valeur qui encombrent sa vie, rejoindre son soi, il doit se trouver lui-même, non pas le moi manifeste de l’individu égocentrique, mais le soi profond de la personne vivant avec le monde. Et, là encore, toute notre habitude fait obstacle.
Je terminerai ce chapitre par une plaisante anecdote de l’ancien temps qui ressuscita dans la bouche d’un Tsaddik.

Rabbi Enokh racontait : « Il y avait une fois un sot si insensé qu’on l’avait surnommé le Golem. Chaque matin, au lever, c’était pour lui tout un problème de retrouver ses vêtements, une tâche véritablement si ardue pour sa pauvre tête qu’il en hésitait, le soir, à se déshabiller pour se coucher. Mais voilà qu’un soir, prenant son courage à deux mains, il s’empara d’un crayon et d’un bout de papier sur lequel il consigna l’emplacement de chacune des parties de son vêtement qu’il quittait. Au matin, tout joyeux, il se leva et prit la liste : ‘La casquette – ici’, et il s’en coiffa ; ‘Le pantalon – là’, et il l’enfila, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il eût tout revêtu. ‘Oui, mais moi-même, où suis-je donc ?’ se demanda-t-il soudain, tout anxieux, ‘où suis-je donc passé ?’ Et ce fut en vain qu’il se chercha et qu’il fouilla partout : il n’arriva pas à se retrouver. Ainsi de nous », dit le Rabbi. 

(MARTIN BUBER, LE CHEMIN DE L’HOMME d’après la doctrine hassidique, Éditions du Rocher, 1999, p. 38-39)










 4 janvier

Le Seigneur, cherchant son ouvrier dans la foule du peuple crie:
« Quel est l’homme qui veut la vie
et désire voir des jours heureux ? ».
(Règle de Saint Benoît – Prologue 15-16)



La Règle de Saint Benoît…

RB Prologue 21-32

²¹Ceignons donc nos reins de la foi et de la pratique des bonnes œuvres; sous la conduite de l'Evangile, avançons dans ses chemins, afin de mériter de voir Celui qui nous a appelés dans son royaume. ²²Si nous voulons habiter dans la demeure de ce royaume, sachons qu'on n'y parvient que si l'on y court par les bonnes actions. ²³Mais interrogeons le Seigneur en lui disant avec le prophète: « Seigneur, qui habitera dans ta demeure? Qui reposera sur ta montagne sainte? » ²⁴Après cette demande, mes frères, écoutons la réponse du Seigneur; il nous montre la route de cette demeure en disant: ²⁵« C'est celui qui marche sans tache et accomplit la justice; ²⁶celui qui dit la vérité du fond de son cœur, qui n'a pas prononcé de parole trompeuse, ²⁷qui n'a pas fait de tort à son prochain, qui n'a pas accueilli des discours injurieux contre lui. » ²⁸C'est celui qui rejette loin des regards de son cœur l'esprit malin qui le tente, et les suggestions qu'il lui souffle, les réduit à rien, saisit les premiers rejetons de la pensée diabolique et les brise contre le Christ. ²⁹Ce sont ceux qui, craignant le Seigneur, ne s'enorgueillissent pas de leur bonne observance, mais qui, reconnaissant que le bien qui se trouve en eux ne peut venir d'eux-mêmes mais du Seigneur, ³⁰glorifient le Seigneur qui agit en eux, et lui disent avec le prophète: « Non pas à nous, Seigneur, non pas à nous, mais à ton nom donne la gloire. » ³¹De même l'apôtre Paul ne s'est rien attribué du succès de sa prédication, mais dit: « C'est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis », ³²et encore: « Que celui qui se glorifie, se glorifie dans le Seigneur. »


Ms Abbaye de Maredret

… pour chaque jour

Dieu ne dit pas : « Tel chemin mène à moi, mais tel autre n’y mène pas », mais il dit ceci : « Tout ce que tu fais peut être un chemin vers moi, pourvu que tu le fasses de telle manière que cela te conduise à moi. » Mais ce qu’est cette chose que peut et doit faire cet homme précisément et aucun autre, cela ne peut se révéler à lui qu’à partir de lui-même. Ici, en effet, le fait de lorgner ce qu’un autre a accompli et de s’efforcer de l’imiter ne peut qu’induire en erreur ; car, ce faisant, il perd de vue ce à quoi lui seul est appelé. Parole du Baal-Shem : « Que chacun agisse conformément au degré qui est le sien. Si tel n’est pas le cas, cependant, s’il saisit le degré de son compagnon, laissant échapper le sien propre, il ne réalisera ni celui-ci ni celui-là. » Ainsi, le chemin par lequel un homme accédera à Dieu ne peut lui être indiqué par rien d’autre que par la connaissance de son être propre, la connaissance de sa qualité, de sa tendance essentielle. « Dans chaque être, il est un trésor qui ne se trouve en aucun autre. » Mais ce qui est « trésor » en lui, il ne pourra le découvrir que s’il saisit véritablement son sentiment le plus profond, son désir principal, ce qui, en lui, émeut son être le plus intime. 

(MARTIN BUBER, Le chemin de l’homme d’après la doctrine hassidique, Éditions du Rocher, 1999, p. 20-21)











 18 septembre

Que l’abbé ne fasse point acception des personnes
dans le monastère.
(Règle de Saint Benoît 2,16)


La Règle de Saint Benoît…

RB 4,1-21 (Les instruments des bonnes œuvres)

¹Avant tout, aimer le Seigneur Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa force.
²Ensuite, le prochain comme soi-même.
³Ensuite, ne point tuer.
⁴Ne point commettre d'adultère.
⁵Ne point voler.
⁶Ne point convoiter.
⁷Ne point porter faux témoignage.
⁸Honorer tous les hommes.
⁹Ne point faire à autrui ce qu'on ne veut pas qu'on nous fasse.
¹⁰Se renoncer à soi-même pour suivre le Christ.
¹¹Châtier son corps.
¹²Ne pas embrasser les délices.
¹³Aimer le jeûne.
¹⁴Soulager les pauvres.
¹⁵Vêtir qui est nu.
¹⁶Visiter les malades.
¹⁷Ensevelir les morts.
¹⁸Secourir qui est dans la tribulation.
¹⁹Consoler les affligés.
²⁰Rompre avec les affaires du monde.
²¹Ne rien préférer à l'amour du Christ.

✥ ✥ ✥

… pour chaque jour

Et le plus grand des disciples de Rabbi Bounam, celui qui, entre tous les Tsaddikim, fut la figure tragique par excellence, Rabbi Mendel de Kotzk, disait un jour à la communauté rassemblée : « Ce que je demande à chacun de vous ? Trois choses seulement : de ne pas lorgner au-dehors de soi, de ne pas lorgner au-dedans du voisin, et de ne point penser à soi. » Ce qui veut dire : premièrement, chacun doit maintenir et sanctifier son âme propre dans la manière et le lieu qui sont les siens, et ne pas convoiter la manière et le lieu des autres ; deuxièmement, chacun doit respecter le mystère de l’âme de son prochain et s’abstenir de le pénétrer avec une imprudente indiscrétion et de l’utiliser à ses fins ; et, troisièmement, chacun doit, dans sa vie avec soi-même et dans sa vie avec le monde, se garder de se prendre lui-même pour but.

(MARTIN BUBER, LE CHEMIN DE L’HOMME d’après la doctrine hassidique, Éditions du Rocher, 1999, p. 46-47)







 4 septembre

S’obéir à l’envie.
(Règle de Saint Benoît 72,6)


La Règle de Saint Benoît…

RB Prologue 21-32

²¹Ceignons donc nos reins de la foi et de la pratique des bonnes œuvres; sous la conduite de l'Evangile, avançons dans ses chemins, afin de mériter de voir Celui qui nous a appelés dans son royaume. ²²Si nous voulons habiter dans la demeure de ce royaume, sachons qu'on n'y parvient que si l'on y court par les bonnes actions. ²³Mais interrogeons le Seigneur en lui disant avec le prophète: « Seigneur, qui habitera dans ta demeure? Qui reposera sur ta montagne sainte? » ²⁴Après cette demande, mes frères, écoutons la réponse du Seigneur; il nous montre la route de cette demeure en disant: ²⁵« C'est celui qui marche sans tache et accomplit la justice; ²⁶celui qui dit la vérité du fond de son cœur, qui n'a pas prononcé de parole trompeuse, ²⁷qui n'a pas fait de tort à son prochain, qui n'a pas accueilli des discours injurieux contre lui. » ²⁸C'est celui qui rejette loin des regards de son cœur l'esprit malin qui le tente, et les suggestions qu'il lui souffle, les réduit à rien, saisit les premiers rejetons de la pensée diabolique et les brise contre le Christ. ²⁹Ce sont ceux qui, craignant le Seigneur, ne s'enorgueillissent pas de leur bonne observance, mais qui, reconnaissant que le bien qui se trouve en eux ne peut venir d'eux-mêmes mais du Seigneur, ³⁰glorifient le Seigneur qui agit en eux, et lui disent avec le prophète: « Non pas à nous, Seigneur, non pas à nous, mais à ton nom donne la gloire. » ³¹De même l'apôtre Paul ne s'est rien attribué du succès de sa prédication, mais dit: « C'est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis », ³²et encore: « Que celui qui se glorifie, se glorifie dans le Seigneur. »

✥ ✥ ✥

… pour chaque jour

Rabbi Baer de Radoshitz suppliait une fois son Maître, le « Voyant » de Lublin : « Indiquez-moi un chemin universel du service de Dieu ! » Le Tsaddik répondit : « Il n’est pas possible de dire à l’homme quel chemin il doit suivre. Car voici un chemin du service de Dieu, et c’est l’étude de la Loi ; et voici un chemin du service de Dieu, et c’est la prière ; et voilà une voie pour servir Dieu, qui est de jeûner ; et voilà une autre voie, qui est de manger. Il incombe à chacun de bien savoir vers quelle voie le pousse son cœur, et d’embrasser alors celle-ci en y mettant toutes ses forces. »

(MARTIN BUBER, Le chemin de l’homme d’après la doctrine hassidique, Éditions du Rocher, 1999, p. 17)